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La vérité sur le Louvre

Il n'y a peut-être pas de ville où les articles de Cof, sur tout, en tout et partout, prennent, plus promptement qu'à Paris, possession des esprits. — JjSl province, en cela, nous est bien supérieure.

A Paris, sur chaque événement, sur chaque individu, il nous faut, au mépris d'une idée ré^^chie, une enseigne, quelle qu'elle soit.

Un mot légèrement accepté, rarement contrôlé : voilà qui suffit pour provoquer avec une prodigieuse rapidité le phénomène de cristallisation décrit par Stendhal.

L'opinion publique, indifférente d'abord, habilement circonvenue, dirigée, soutenue par les intéressés, entretenue par les bavards, s'immobilise bientôt et se fige. Le fait le plus mince s'étend, s'enfle et prend une importance imprévue. C'est une fausse tradition, une sorte de fait classigtie nouveau, c'est-à-dire un embarras de plus et

une gêne qui s'imposent, une mauvaise lierbe qu'on aura plus tard, si on l'a laissée prendre racine, toutes les peines du monde à arracher.

Nous avions jusqu'à ce moment bien des questions à l'ordre du jour, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur :

La question romaine,

La question d'Orient,

La question polonaise,

La question américaine,

La question du libre-échange,

La question de la bifurcation ou de la non J)ifurcation des études, etc., etc.

Il faut y joindre, maintenant, la question Campana : la question Campana qui s'éternise, et dans un certain monde, malgré les efforts de quelques esprits lucides, tend à se fausser chaque jour davantage.

Nous essaierons de ramener celte question à sa vérité, à sa simplicité. — Nous avons longuement étudié le Musée Napoléon Ilï (1); les destinées de l'art industriel mis en jeu à ce propos nous préoccupent vivement (2) ; nous avons examiné, à Londres, l'organisation du Musée anglais, que l'on compare si singulièrement aux collections Campana :

(1) Voir le Journal Général de ^Instruction publique, numéro du 17 mai et suivants.

(2) Voir dans l'Opinion Nationale du 8 septembre, l'article : La petite École et les Artistes industriels.

nous avons donc quelques droits à nous prononcer dans cette discussion.

Sans doute il est pénible de sortir du champ paisible des appréciations et des études purement esthétiques, pour se livrer à des argumentations d'un intérêt si peu général eu apparence; mais nous considérons que c'est un devoir pour la critique que de ne point rester immobile dans la région des idées abstraites et de se mêler aux choses de la vie immédiate. 11 nous paraît qu'elle doit, sous peine de stérilité absolue, sous peine d'être abandonnée à ellemême, combattre les chimères partout oii elle les rencontre, aussi bien dans l'application que dans les théories, — dans la direction morale et dans l'administration pratique des arts et des œuvres de l'art.

C'est pourquoi nous nous occuperons de la question Campana.

Et puis n'oublions pas que nous avons, en France, la malheureuse manie des Credo : Credo littéraires. Credo artistiques. Credo politiques; il y en a de justes, il y en a de faux, il y en a de ridicules ; mais ils ont tous une marque commune, la banalité :

L'esprit de Voltaire, La pureté de Racine, Raphaël, le divin Raphaël, Autant de Credo.

Ne laissons donc point, au sujet du Musée Napoléon III,

s'établir un Credo contraire au bon seps, aux réels intérêts de l'art pur et de l'art industriel, et en particulier contraire aux intérêts populaires.

Quelque doulei^r que nous ayons de voir cette propension soutenue par des hommes comme M. Eugène Delacroix, comme MM. Ingres et Léon Renier, résistons au fétichisme singulier qui voudrait nous imposer tous les objets jadis placés, même à titre de rebut, dans les cinq maisons du marquis Campana, comme des objets sacrés.

Ne laissons point s'affirmer davantage le Cr^do-Çofnr pana.

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