LETTRE ADRESSÉE A M. INGRES, SÉNATEUR, MEMBRE DE L'INSTITUT
Palais du Louvre, le 11 octobi'o 1862.
Monsieur et cher Confrère,
J'ai lu, avec autant d'étonnement que de regrets, votre lettre adressée,pendant mon absence, au président de l'Académie des Beaux-Arts, et dont les passages les plus acerbes ont été insérés dans la Correspondance liitcraire du 25 septembre dernier.
Vous témoignez une vive inquiétude de voir disperser la collection Campana; et, dans la crainte qu'il n'en soit distrait le moindre des objets dont elle se compose, fût-il maintes fois répété, fùt-il d'un intérêt nul, fût-il môme une imitation moderne, tous les moyens vous semblent bons pour conjurer ce que vous appelez un irréparable malheur, une atteinte aux plus chers intérêts de l'art, et vous en arrivez à traiter d'une façon inqualifiable l'administration que j'ai l'honneur de diriger depuis treize ans.
Votre âge, votre talent, tant de choses que je respecte en vous, et l'éducation que j'ai reçue, m'imposent de répondre avec réserve aux assertions non fondées que vous mettez en avant ; mais je tiens à vous éclairer sur le véritable élat de la question.
Vous semblez ignorer, Monsieur et cher Confrère, que j'ai été un des plus ardents promoteurs de l'acquisition des collections Campana, et que, du jour où j'ai su qa'elles étaient à vendre, autorisé par ma situation de directeur général des musées impériaux, j'ai supplié l'Empereur, jusqu'à le fatiguer de ma persévérance, de doter le Louvre des immenses trésors qu'elles contenaient.
Quand je fus envoyé à Rome par Sa Majesté pour prendre possession
— sodé ces collections, mon premier soin, aprçs les avoir scrupuleusement examinées, fut d'écrire à l'Empereur qu'elles étaient admirables et qu'elles dépassaient toutes mes espérances. {M. Desjardins, dans sa brochure, veut bien reconnaître que ce sont mes expressions.)
La volonté de l'Empereur, alors exprimée de la manière la plus nette, et qui n'a jamais varié depuis, était que ces collections vinssent enrichir celles de notre Louvre, afin qu'elles se complétassent les unes par les autres, comme cela avait eu lieu déjà pour les nombreuses acquisitions, pour les legs ou les dons importants faits sous son règne.
Dans quel bat aurais-je donc, ainsi qu'on m'en accuse, cherché à amoindrir l'importance du musée Campana ou à démembrer des collections dont je désirais l'acquisition si vivement et depuis si longtemps? Serait-ce parce que le Louvre manque de place pour les recevoir? Mais, Monsieur et cher Confrère, n'avez-vous donc pas compris que c'était un des prétextes spécieux auxquels avaient recours ceux qui voyaient avec tant de regrets leur échapper une administration lucrative, assurément, que de provisoire ils espéraient bien rendre définitive? Rassurez-vous : la place ne manque pas dans les nouvelles constructions du Louvre ; d'immenses galeries ont été ajoutées à celles déjà si nombreuses de notre magnifique Musée, et leur habile architecte, notre confrère M. Lefuel, pourra vous affirmer que ces galeries peuvent contenir, sans rien dissimuler au public, non-seulement la collection Campana tout entière, mais encore d'autres tout aussi importantes, s'il nous était donné de pouvoir les acquérir; car les éléments d'une histoire complète de l'art, que l'on prétend trouver dans le musée Campana, n'existent pas plus là qu'ailleurs, et la réunion de celte collection à celles du Louvre sera incontestablement un acheminement vers ce résultat désiré.
Il était donc inutile de faire tant d'efforts d'imagination pour trouver un local distinct et séparé que l'on pùt affecter à la collection Campana. N'avait-on pas pensé à la reléguer près de l'Ecole de Médecine, à la place du musée Dupuytren, ou au marché de la Vallée, en remplaçant cette halle par un palais? Enfin, on l'eût trouvée bien placée partout, excepté au Louvre,
On a été jusfiu'à dire qu'on ne la verrait pas entrer sans danger dans cet établissement, où d'ailleurs elle serait enfouie et perdue pour l'étude. Mais depuis quand méconnaît-on l'hospitalité du Louvre, la plus large qui soit dans tous les musées du monde? En connaissez-vous où le public entre tous les jours avec plus de liberté, où des facilités plus grandes soient données aux savants, aux artistes et aux industriels?
Les produits français exposés à Londres cette année sont une preuve de ce que j'avance, car les fondeurs, les potiers et tant d'autres fabricants ont eu le bon goût de choisir leurs modèles dans nos galeries des Antiques ou dans celles contenant des objets de la llenaissance.
Revenons, Monsieur et cher Confrère, à ce que vous appelez le démembrement de la collection Campana. Vous avez donc oublié qu'en
demandant au Corps législatif les 4,800,000 francs destinés à l'acquisition et au transport de cette collection, le gouvernement s'était préalablement engagé à ce que les différents musées des départements eussent part au trop plein du musée Campana? Il devenait donc nécessaire de faire des choix; aussi, sur l'ordre de l'Empereur, S. Exc. M. le ministre d'État nomma-t-il une commission composée de :
MM. le Directeur général des Musées, membre de 'l'Institut, président; Mérimée , sénateur, membre de l'Institut ; De Saulcy, sénateur, membre de l'Institut; Ravaisson, membre de l'Institut;
De Longpérier, membre de l'Institut, conservateur des Antiques au Louvre ;
Beulé, membre de l'Institut, secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux- Arts;
De Witte, correspondant de l'Institut ; » Reiset, conservateur des peintures et des dessins au Louvre ; Courmont, chef de la division des Beaux-Arts ; De Viel-Castel (Horace), conservateur des objets du moyen âge
et de la Renaissance au Louvre; VioUet-le-Duc, inspecteur général des édifices diocésains ; Du Sommerard, conservateur du Musée de Cluny; Renier (Léon), membre de l'Institut;
Cornu, ex-administrateur provisoire du Musée Napoléon 111 ; Clément (Charles), attache à cette administration.
(Ces trois derniers n'ont pas cru devoir accepter d'en faire partie.)
M. Darcel (Alfred), attaché à la conservation du Louvre, remplissait les fonctions de secrétaire.
Cette commission, composée d'hommes parfaitement compétents, fit pendant cinquante-trois jours un travail consciencieux, dont le résultat fut soumis à l'Empereur, qui, par un dernier scrupule, pensa qu'il serait utile, avant de donner sa sanction à cette répartition, de prendre l'avis de l'Académie des Beaux- Arts et de celle des Inscriptions et Belles-Lettres, afin que, si quelques objets dignes du Louvre avaient, par hasard,, échappé à l'attention de la Commission, elles se chargeassent de les signaler.
Voilà, Monsieur et cher Confrère, quel a été le résultat de la visite de l'Empereur au palais de l'Industrie, et de quelque manière qu'on ait voulu la commenter, l'expliquer, elle n'en a pas eu d'autre.
Je m'en rapporte assez à votre loyauté pour être convaincu que, si vous aviez prisla peine de venir examiner les choix de la commission, vous leur eussiez donné votre assentiment. Mais vous vous serez laissé impressionner par des personnes intéressées à faire courir les bruits
les plus mensongers. Ce serait à croire qu'elles ont dicté votre lettre, tant j'y retrouve leur malveillance ; car, depuis que l'Empereur a fait connaître officiellement par le Moniteur la destination de ce Musée, auquel il voulait bien donner son nom, une quantité de journaux français ou ét4-angers répètent chaque jour les réclames, les calomnies, les injures de ces mômes personnes déçues dans leurs espérances.
Veuillez, Monsieur et cher Confrère, agréer l'expression de ma haute considération.
Signé : Comte de NIEUWERRERKE, Membre de VInstitut, direcleur général des Musées impériaux.
Ces deux lettres furent publiées le 26 octobre par l'Opinion nationale, qui contenait cinq jours après les lignes suivantes :
« MM les administrateurs provisoires du Musée Napoléon III nous ont adressé, en réponse à la lettre de M. de Nieuwerkerke que nous avons publiée, la pièce suivante.
« Nous regrettons que ces messieurs aient cru devoir recourir au ministère d'un huissier pour nous la faire signifier : un appel à notre courtoisie eût sufïi à leur assurer l'insertion de leur réponse, et elle eût peut-être gagné à être mise sous les yeux du public débarrassée de la forme impérative qu'elle a revêtue en passant par l'étude de M* Gendrier. — E. Pauchet. »
L'an mil huit cent soixante- deux, le vingt-neuf octobre, A la requête de :
<° M. Sébastien Cornu, peintre d'histoire, demeurant à Paris, boulevard dé La Tour-Maubourg, n° 6 ;
2° M. Charles Clément, homme de lettres, demeurant à Paris, rue de Laval, n" 23;
3° Et M. Edmond Saglio, homme de lettres, demeurant à Paris, quai Voltaire, n° 17;
Pour lesquels domicile est élu en ma demeure, j'ai, Paul-Victor Gendrier aîné, huissier près le tribunal civil de première instance de la Seine, séant à Paris, y demeurant, rue d'Alger, n" 14, soussigné, fait sommation à M. Guéroult, rédacteur en chef du journal L'Opinion nationale, ayant ses bureaux à Paris, rue Coq-Héron, n° 8, où étant et parlant à M. Larrieu, administrateur du journal, ainsi déclaré.
De, dans trois jours, pour tout délai, avoir, conformément à l'article U de la loi du 24 mars 1822, à insérer dans le journal l'Opinion nationale, en réponse à une lettre y parue le 27 octobre courant, la lettre dont la teneur littérale suit :
A Monsieur le Rédacteur en chef de l'Opinion nationale,
Monsieur le Rédacteur,
Dans le numéro du 27 de ce mois, votre estimable journal a inséré une réponse de M. le comte de Nieuwerkerke à une lettre adressée par M. Ingres à l'Institut. Dans cette réponse, l'adminislralion provisoire du Musée Napoléon III est attaquée. Permettez-nous donc, à nous qui composions l'administration désignée, de répondre à notre tour et d'établir quelques faits irrécusables.
Au mois de février 18G1, un jeune savant envoyé en mission, M. Heuzey, s'arrêtait à Rome. Là, -il apprenait qu'à l'improviste, sans que les négociations en eussent transpiré, la Russie venait d'acheter un certain nombre d'objets fc^isant partie des collections Campana. A la date du 3 mars, il expédiait à Paris une dépêche télégraphique annonçant ce fait non prévu, car, depuis la saisie du Musée Campana par l'administration du Mont-de-Piété de Rome, saisie remontant à plus de trois ans, le gouvernement pontifical s'était réservé de pouvoir racheter ces collections pour compléter les siennes. Aussi, le gouvernement français avait-il abandonné toute idée antérieure d'achat.
La dépêche de M. Heuzey était suivie de deux lettres de lui, du 6 et du H mars, toutes deux contenant des explications détaillées sur le Musée Campana. Dépêche et lettres passaient sous les yeux de l'Empereur. Au même moment, l'ambassadeur de France à Rome, M. le duc de Grammont, averti par M. Schuetz, directeur de l'Académie, faisait de son côté la même communication.
M. Léon Renier, membre de l'Institut, qui, déjà, avait été envoyé à Rome l'année précédente, fut immédiatement appelé par l'Empereur et chargé d'y retourner afin de savoir à quel prix et comment on pourrait traiter de l'acquisition du Musée. M. Renier, séance tenante, demanda qu'un artiste, M. Cornu, lui fut adjoint; l'Empereur y consentit, et, le 22 mars, les deux commissaires partaient pour Rome sans que le but de leur voyage eût été ébruité. C'était chose nécessaire pour arriver à un résultat; car l'administration du Briiish Muséum de Londres avait à Rome un de ses directeurs, le savant archéologue M. Newton, qui négociait une acquisition.
Le choix de commissaires étrangers à l'administration fut, sans doute, fait en vue du secret, màmcniané et absolu, qui devait présider aux commencements de la négociation.
Deux mois plus tard, M. Clément était également envoyé à Rome pour aider les commissaires à recevoir pièce par pièce les collections définitivement acquises, à faire emballer, à expédier, à accompagner, déballer et classer les huit cent soixante grandes caisses contenant le Musée.
Le contrat d'achat fut signé le 20 mai par M. le duc de Grammont et le cardinal Antonelli. Le 22 mai, M. le comte de Nieuwerkerke arrivait à
Rome; il en repartait le 2 juin sans avoir eu le temps de recevoir le Musée, qui alors était jugé devoir entrer dans les attributions du ministère d'État (\) et, par conséquent, ne relevait plus de son administration.
Au mois dejuin 1861, MM. Cornu et Clément étaient nommés par S. E. le Minisire d'Etat, à titre provisoire, administrateur et administrateur adjoint, et, plus tard, M. Saglio était attaché à l'administration, Le 1" mai 1862, le Musée Napoléon lll, déballé et classé pendant l'hiver, était ouvert, onze mois après la signature du contrat d'achat.
Le public a jugé l'acquisition et l'exposition.
La lettre de M. le comte de Nieuwerkerke nous reproche d'avoir désiré que le Musée Napoléon III ne fût pas réuni au Louvre, et qu'il continuât de subsister comme musée distinct.
Nous ne nous en défendons pas, oui, nous avons dit que ces collections formaient un ensemble d'œuvres tel que l'industrie française pourrait et devrait s'en inspirer, mais que, pour qu'il en fût ainsi, il serait à désirer qu'elles restassent affectées spécialement à ce but, qu'elles servissent à un enseignement pratique, que des cours d'art appliqué à l'industrie, des leçons sur les moyens et procédés antiques, sur la beauté de la forme, toutes choses qui s'enseignent mais se devinent rarement, fussent instituées près de ce Musée-Ecole. Londres a son British Muséum, sa National Gallery, qui répondent à notre Louvre, où le public amateur, le savant, l'artiste, vont admirer les chefsd'œuvre de l'art. Qu'avons-nous qui réponde à son musée Kensington, avec son enseignement appliqué à l'industrie, ses études et ses cours?
Au reste, nous ne revendiquons pas pour nous l'initiative de cette idée d'un Musée-Ecole. Elle fut émise par des artistes etsurtout par des industriels qui se pressaient dans les galeries du Musée Napoléon 111, et qui, dans le courant du premier mois, avait déjà demandé près de six cents cartes d'étude pour examiner et dessiner les bijoux, les émaux, les bronzes, les terres cuites, les vases, etc. de la collection. Cette idée, elle est exprimée par différents organes de la presse, elle inspirait une pétition adressée à S. E. le Ministre d'Etat, et signée par des artistes et des industriels.
Ainsi que le dit M. le comte de Nieuwerkerke, oui, nous eussions trouvé ce Musée bien situé près de VEcole de Médecine, à la place du Musée Dupuytren, si c'eût été possible, parce que là il eût été dans le quartier du travail et de la jeunesse, dont il eût contribué à former le goût, au milieu des collèges et des établissements d'instruction publi-
(1) Sans doute par MM. les administrateurs provisoires, mais personne ne jugeait ainsi après les discussions des Chambres? et c'est ce que reconnaissentouvertement ces Messieurs dans une phrase de cette lettre commençant ainsi : « L'administration ne crut pas devoir se départir de son projet primitif. » ËR. Ch.
que, et surtout attenante à l'école gratuite de dessin destinée aux jeunes industriels. C'eût été la preuve à côté de la démonstration.
Oui, nous trouvions encore le Musée Napoléon III, bien placé au marché de la Vallée, qui va bientôt rester sans destination, et qui, avec peu de frais, sans qu'on eût besoin de remplacer la halle par un palais, en transformant sa construction, pourrait devenir un Musée-Ecole. Là il était toujours à proximité des quartiers d'étude, et plus rapproché encore des centres de l'industrie parisienne.
Enfin, nous eussions cru le Musée Napoléon III très-bien placé près de l'école des Beaux-Arts, en y affectant un des bâtiments voisins. Tout en conservant son caractère et ses cours spéciaux, il fût devenu une sorte d'annexé de ce grand établissement, il eût pu être mis sous la direction supérieure de l'Institut, et alors, comme dans l'antiquité, les arts et l'industrie se fussent inspirés aux mêmes sources, eussent été animés d'un même esprit.
M. le comte de Nieuwerkerke cite avec raison les produits industriels français exposés à Londres et qui ont pris pour modèles les chefsd'œuvre des galeries du Louvre ; mais pour compléter le tableau, n' eûtil pas fallu ajouter qu'à cette exposition universelle, les visiteurs ont constaté et la presse l'a enregistré, que les produits anglais témoignent de progrès rapides, menaçants pour nos industries de goût; que ces progrès, dont se réjouissent les étrangers, parce qu'ils tendent à amoindrir notre suprématie, à restreindre notre marché dans l'avenir, ces progrès sont dus aux enseignements du Musée Kensington et aux quatre-vingt-deux écoles de dessins créées depuis quelques années en Angleterre.
L'idée de la création d'un musée' spécial d'étude, qui se fût peu h peu augmenté et complété, celle idée, formulée par l'opinion publique et que nous ne fimes qu'adopter, ne prévalut pas. L'administration ne crut pas devoir se départir de son projet primitif. Son Exc. le ministre d'État fit savoir que les collections seraient purement et simplement annexées aux collections du Louvre, et nomma une commission chargée de séparer et de répartir les doubles dans les musées des départements, ainsi quHl avait toujours été convenu (1). MM. Léon Renier, Cornu et Clément ne crurent pas devoir en faire partie. En outre M. Cornu, jugeant sa tâche accomplie, donna sa démission le 26 juin. Son Exc. le ministre d'État voulut bien attendre jusqu'au 10 juillet et ne l'accepter que sur les instances réitérées du démissionnaire.
Le 12 juillet, sur un ordre ministériel, M. Clément remit le musée Napoléon III à l'administration du Louvre, qui lui refusa toute décharge, tout recollement contradictoire des objets composant la collection; ce qui moliva de la part de M. Clément une lettre qu'il adressa le lendemain à Soli Excellence le ministre d'État pour décliner la respon-
(1) Ces deux phrases ne sont pas en italiques dans Toriginal. Er. Ch.
sabilité d'une manière de procéder qui ne lui semblait pas régulière.
La commission nommée pour séparer et répartir les doubles fit son travail. L'Empereur a voulu qu'il fût révisé par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et par l'Académie des Beaux-Arts, dont la compétence ne sera révoquée en doute par personne. De semblables juges s'opposeraient certainement, s'il y avait lieu, à la dispersion d'un ensemble si précieux à tant de titres.
« Telle est, Monsieur le Rédacteur, la réponse que nous avions à faire à la lettre que le directeur général des Musées a insérée dans votre estimable journal. Nous nous résumons :
« Initiative unique, personnelle de l'Empereur dans l'acbal du Musée, désir formulé par la presse et par l'opinion publique de la création d'un Musée d'enseignement pratique à Paris, où viennent étudier tant d'arlistes et d'industriels des départemenis (ce désir a été partagé et exprimé par nous) ; démission donnée par M. Cornu plus d'un mois avant la fermeture de l'Exposition, qui devait avoir lieu le 31 août et que l'Empereur a prorogée ; refus de l'administration du Louvre de faire le recollement et de donner reçu du Musée avant la cessation des pouvoirs de M. Clément. Voilà les faits que nous avions à établir dans toute leur sincérité.
« Quant aux imputations calomnieuses contenues dans la lettre, nous passons. Nous avons agi au grand jour, sous les yeux du public; le public nous jugera comme il jugera la réponse adressée au grand peintre qui illustre l'art français depuis soixante ans.
« Agréez, Monsieur le Rédacteur en chef, l'expression de notre haute considération.
« Signé : Séb. CORNU, — Ch. CLÉMENT, — E. SAGLIO.
« Post-scriptum. — M. Léon Renier étant en mission «cientifique à Rome n'a pu joindre sa signature à la nôtre, ce qu'il eût fait sans doute, car il ne s'est jamais séparé de l'administration provisoire du musée Napoléon III.
« A ce que le susnommé n'en ignore, et sous toutes réserves de droit, je lui ai étant et parlant comme dessus, laissé ia présente copie. « Le coût est de 9 fr. 15 c.
R Gendrier. *•
Nous ne dirons que quelques mots de la lettre dont les anciens administrateurs provisoires du Musée Napoléon III ont cru devoir exiger l'insertion dans l'Opinion nationale.
Après l'avoir lue attentivement, nous n'y avons vu que la pleine confirmation de la réponse du directeur-général des Musées à M. Ingres. — Sur un seul point il y a débat et nous n'avons point qualité pour le trancher. — Si l'administration du Louvre a refusé
à M. Ch. Clément de faire le recollement et dœ lui donner un reçu du Musée, nous ne sommes point juge des miotifs de ce refus, et d'ailleurs' c'est une affaire d'administration intérieure dont le public se soucie fort peu (1).
Quant au travail de la commission nommœe pour séparer et répartir les doubles, l'Empereur, en effet, a v^ouluqu'il fût révisé par l'Académie des Inscriptions et Belles-Ltettres et par l'Académie des Beaux-Arts, dont la compétence, dlisent les signataires de la lettre, ne sera révoquée en doute par ptersonne. « De semblables juges, ajoutent-ils, s'opposeraient cerlaiinement, s'il y avait lieu, à la dispersion d'un ensemble si précieuix à tant de titres. »
(1) Cependant, d'après des renseignements que no)us avons lieu de tenir pour exacts, voici ce qui ce serait passé à ce sujet.
Les Zi, 800, 000 fr., votés par les Chambres, ayant éité absorbés par l'achat des collections Campana, par le transport de ces ccoliections à Paris, leur inslallation au palais des Champs-Élysées et l'entretiien d'un nombreux personnel attenant à l'administration provisoire pendanit l'exposition qui avait duré trois mois, il fallait ou clore immédiatement !'< exposition ou en faire supporter la charge à la liste civile, charge considérc'able comme il est facile de s'en rendre compte. C'est à ce parti que l'on s'arirêta. — M. Courmont, chef du bureau des Beaux- Arts, représentant le Ministère d'État, fut chargé, de concert avec MM. les administrateurs provisoire;s du Musée, de livrer possession à M. le directeur-général des Musées imptériaux, représentant la Liste civile.
Lorsque MM. de Nieuwerkerke et Courmont se pnésentèrent à l'administration du Musée, ils ne purent rencontrer l'adminiistrateur principal, qui ne devait se considérer comme relevé de sa missiom qu'après avoir remis entre les mains de l'administrateur définitif les colUeclions dont il n'avait reçu le dépôt qu'à titre provisoire.
11 fut alors convenu entre MM. de Nieuwerkerke, Courmont et Cb. Clément, administrateur adjoint, que les deux premiers, munis du catalogue d'acquisition, feraient eux-mêmes l'inventaire des olbjets, M. Ch. Clément s'offrant d'ailleurs, s'il y avait lieu, à se mettre à leuu- disposition pour tout renseignement que l'ancienne administration eût pu s<eule leur fournir.
Ce recours ayant été nécessaire, on s'adressa à MI. Ch. Clément, qui ne répondit point et ne reparut plus au Musée.
Je n'exprime point un blâme, j'expose un fait.
Le directeur- général des Musées n'a donc point r efusé à M. Clément de faire le récoUement des collections, mais d'un commum accord avec M. Courmont, en l'absence de l' administrateur provisoire prnncipal, qui seul avait les pouvoirs nécessaires pour remettre le Musée à l'acdministrateur définitif, celui-ci prit purement et simplement possession au moni de la Liste civile, en présence du représentant du Ministère d'État.
Les juges, nous avons hâte de le dire, n'ont point pensé qu'il y avait lieu : car l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a confirmé purement et simplement le travail de la première commission, et l'Académie des Beaux-Arts s'est bornée à augmenter le nombre des objets déjà mis de côté pour le Louvre (1).
Les juges ont pensé avec raison que les collections Campana ne réunissaient en aucune façon les éléments d'un musée d'art industriel, destiné à rivaliser avec le musée de Kensington, et que ce musée rival existait cbez nous dans son principe aux Arts-et- Méliers et à Cluny.
Enfin, au nom de l'avenir de l'industrie française et de la liberté dans les manifestations spontanées du goût, nous protestons énergiquement contre celte proposition funeste, attentatoire à toute originalité d'expression esthétique, poursuivie même sur le terrain de Fart ornemental que l'on avait jusqu'à ce jour si profondément dédaigné, nous protestons contre les tendances insidieusement révélées dans le paragraphe que nous allons reproduire de nouveau.
« Nous eussions cru le Musée Napoléon très-bien placé près de l'École des Beaux-Arts, en y affectant un des bâtiments voisins. Tout en conservant son caractère et ses cours spéciaux, il fut devenu une sorte d'annexé de ce grand établissement, il eût pu être
(1) Et à ce sujet exprimons très-nettement notre opinion sur la valeur des choix que l'Académie des Beaux Arts a pu faire. — Si les membres de l'Institut avaient eu à juger une collection d'œuvres contemporaines, malgré certaines préventions de goût et d'école, personne plus qu'eux n'eût été apte à choisir et à désigner les œuvres dignes d'être conservées. — Mais le travail qu'ils ont eu à faire était bien plutôt œuvre d'expert, de peiatre archéologue haiiitué à reconnaître l'authenticité d'un tableau, à distinguer une copie d'avec un original ; il exigeait des connaissances toutes spéciales, purement d'application, — nullement le génie esthétique.
Autre chose est de dire : « Cette œuvre est belle, » et d'affirmer : a Cette œuvre est de tel artiste du quinzième siècle. » — Eh bien, l'homme le plus habile dans cette connaissance historique et pratique de l'art et des artistes, celui qu'à Paris tout le monde vient consulter pour éclaircir un doute sur l'authenticité d'un tableau, M. Reiset, pour le nommer, conservateur des peintures au Louvre, faisait partie de la première commission. C'est pourquoi, il est permis de craindre qu'en ajoutant environ deux cents tableaux à ceux qui avaient été choisis antérieurement, l'Académie des Beaux-Arts ne nous ait dotés malgré nous d'œuvres tout à fait inférieures, de copies médiocres et de pastiches plus ou moins habiles.
mis sous la direction supérieure de l'Institut, et alors, comme dans l'antiquité, les arts et l'industrie se fussent inspirés aux mêmes sources, eussent été animés d'un même esprit. »
Ainsi, il ne suffit pas que l'art soit atteint par ce privilège unique que nous avons déjà signalé, c'est aussi l'art ornemental et l'industrie que l'on songe à mettre sous le joug. C'est alors qu'après avoir implicitement distingué deux principes, un pour l'art pur, un pour l'art industriel, on les réunit à cette occasion!
Les fabricants, heureusement, auront pour eux la force que leur donnera leur intérêt ; et non-seulement eux, mais par eux les artistes industriels sauront voir et éviter le piège.
Quant au débat en lui-même sur le fond de la question Campana, il vient d'être définitivement clos par la noie suivante. ^ # On lit dans le Moniteur du 4 novembre :
A l'occasion de l'installation au Louvre du Musée Napoléon III, qui doit réunir toutes les collections Campana, certains journaux semblent insinuer que la destination donnée à ces objets ne serait point conforme au vœu du Corps législatif. C'est là une erreur complète : jamais il n'a clé question de créer un Musée spécial en dehors du Louvre; au contraire, dans toutes les discussions qui se sont produites sur la demande de crédits pour l'acquisition des collections Campana; il a toujours été établi que ces collections viendraient compléter les richesses artistiques de même nature que renferme le Louvre.
Toute discussion à ce sujet est donc maintenant terminée, nous l'espérons au moins. La question Campana a reçu enfin la solution que depuis 1(B premier jour fious avons constamment souhaitée, une solution logique, libérale et profitable aux intérêts généraux.
Déjà une partie des collections Campana, une des plus précieuses, la série des bijoux, est exposée au Louvre dans la salle qui du grand salon de l'école française moderne conduit à la salle ronde ou coupole de la galerie d'Apollon. Les études commencées au palais de l'Industrie sont depuis quinze jours reprises dans cette salle, où les bijoux ont été immédiatement exposés, en attendant que leur place définitive fût prête au milieu des autres richesses du nouveau Musée Napoléon III.