LE MOINE JA.GOBIN GONKA
L'incertitude n'est pas possible : le moine jacobin est l'un des deux prisonniers de la Tour d'en bas. Le 10 juillet 1680 , en effet, M. de Louvois écrivait h Saint-Mars : « J'ai » reçu avec votre lettre du 4 de ce mois ce qui y étoit joint , n dont je ferai l'usage que je dois. Il suffira de faire confesser » une fois l'année les habitants de la Tour d'en bas. A l'égard n du sieur Lestang (Mattioli) , j'admire votre patience et que f vous attendiez un ordre pour traiter wn fripon comme il le » mérite quand il vous manque de respect ' . »
Et le 16 août il ajoutait :
4( J'ai vu , par votre lettre du 7 de ce mois , la proposin tion que vous me faites de mettre le sieur de Lestang avec >• le jacobin* »
De son côté, le 7 septembre , Saint^Mars répondait : i( Depuis que Monseigneur m'a permis de mettre Mattioli » avec le jacobin dans la Tour d'en bas, ledit Mattioli '... »
Enfin, le 26 octobre 1680, le geôlier disait encore : u Lorsque l'on a mis Mattioli dans la Tour d'en bas avec le » jacobin, j'ai chargé Blainvilliers de lui dire , en hxï faisant » voir un gourdin *. . . »
Le jacobin est donc l'un des deux habitants de la Tour , l'un des fameux merles que Saint-Mars sera chargé de con* duire à Exiles avec tant d'attention dans le courant de l'année suivante. L'autre merle y son compagnon d'infortune, qui ne doit avoir aucun rapport avec lui , est l'homme dont la légende a fait le Masque de fer.
1 Archives nationales, K, 129, et Delort, p. 261.
S P. 125, Y. 643, Mm. Dépôt de la guerre.
3 Archives nationales, R. 129. P. 309^ v. 645, Mss. Dépôt de la guerre.
^ Archives nationales, R. 129. Delort, p. 265.
A cette date il est d'ailleurs facile de se rendre compte du nombre des prisonniers qui se trouTent à Pifj^nerol , et c'est en cela que l'ëtude synthétique des divers prisonniers a étë utile et a mis sur la voie d'une série de faits ignorés jusqu'ici.
Le 10 juillet 1680 , jour où Louvois parle déjà des habitants de la Tour d'en bas, il n'existe plus dans le donjon y je l'ai dit et je le répète, que six prisonniers :
Le numéro I , M. le comte de Lauzun et son valet. (M. Lauzun sera mis en liberté au mois de mars de l'année suivante.)
Le numéro 2 , Eustache Danger , l'ancien valet de Fouquet qui vient de mourir et que , par la même lettre de juillet 1680, Louvois recommande de mettre avec le nommé La Rivière, et de traitera raison d'une livre et demie par jour.
Le numéro 3, Mattioli et son valet, les derniers arrivés de 1679. Ce Mattioli, qui se conduit assez mal, par parenthèse , est houspillé quelque peu à coups de trique , mis en compagnie du jacobin , puis en fin de compte laissé l'année suivante à Pignerol , sous la garde de Yillebois. Il est traité sur le pied de quatre livres par jour jusqu'en 1681 , de deux livres de 1681 à 1694.
Le numéro 4, Dubreuil.
Les numéros 5 et 6, le jacobin et le prisonnier inconnu, les deux de la Tour d'en bas.
Les dépêches du 12 mars 1681 à Saint-Mars «t de juin 1681 à l'abbé d'Estrades confirment en tous points ces conclusions , puisque le geôlier écrit à son voisin de Turin , l'abbé d'Estrades, qu'il compte partir à Exiles avec deux merUs et laisser à Pignerol trois autres prisonniers sous la garde de Villebois, son lieutenant. Or, à cette date, Lauzun est loin; les trois autres prisonniers sont Eustache Danger, Dubreuil et Mattioli ; les deux merles ne peuvent donc être que le jacobin et son voisin de cellule.
En 1676 et 1677, le religiemc jacobin est déjà dans la Tour d'en bas ; les dépêches du 2 mai , des 23 novembre et 23 décembre 1676, des 13 janvier et 21 février 1677, en