LE MOINE JACOBIN DE PIGNEROL
prêtre, et le nom du signataire de la dépêche d'envoi. Que ce soit donc le Père Gonna, de Pignerol, ou un autre jacobin de Turin ou de Lyon , le fait est qu'un prêtre de cet Ordre se trouve enfermé dans la Tour d'en bas du donjon y où il fut assez malmené, par parenthèse, grâce à Saint-Mars qu'il rudoyait fort. « Puisque la menace que vous avez faite » au prisonnier qui est avec le sieur Dubreuil l'a déjà rendu » sage, vous ne devez pas manquer de la lui renouveler de » temps en temps.... » Il parait que l'instrument dont . aimaient à se servir Saint-Mars et son cousin BlainvilHers , quand les prisonniers parlaient trop haut, était ce fameux gourdin qui fut plus tard à la disposition des épaules de
Mattioli Au fond, l'idée de frapper un prêtre inquiétait
la conscience de cet infâme geôlier, qui se voyait probablement rendre dans l'autre monde^ et au centuple, les coups qu'il avait distribués en celui-ci. Mais Louvois, celui qui rit des grillades de Hollandais faites par son aimable ami le duc de Luxembourg, n'est pas homme à s'inquiéter de si peu; il lui répond : « Au surplus de ce que vous » m'écrivez, je dois vous expliquer qu'il est vrai que ceux » qui frappent les prêtres au mépris de leur caractère sont » excommuniés ; mais il est loisible de châtier un prêtre quand
V il est méchant, et que l'on est chargé de sa conduite.. » Pourvu que celui-ci soit autant en sûreté avec le valet de
V M. de Lauzun qu'il l'est avec le sieur Dubreuil, le Roi se » remet à vous de le changer de prison, ou, en cas que vous » jugiez à propos de le laisser avec ledit Dubreuil , de le » faire attacher de manière à ce qu'il ne puisse lui faire du » mal »
Ce fut donc dans la prison de ces malheureux qu'on amen» successivement l'espion et empoisonneur Dubreuil, ainsi que le fameux Mattioli.
« Depuis que Monseigneur m'a permis de mettre Mattioli » avec le jacobin, dans la Tour d'en bas, écrit Saint-Mars à » Louvôis, le 7 septembre 1680, ledit Mattioli a été quatre » ou cinq jours à croire que le jacobin était un homme que
» j'avois mis avec lui poar prendre carde à ses actions
II fut dësabnsé lorsque le jacobin un jour descendit de
» son lit tout nu Moi et mon lieutenant avons vu lears
•} manœuvres, par un trou au-dessus de la porte* »
Quel horrible type que celui de ce geèlîer, qui occupe ses loisirs à rire avec ses lieutenants des misères de ceux cfui sont confiés à sa garde! Digne valet d'un maître h qni il peut sans crainte raconter de semblables infamies!
Au mois d'octobre 1681 , le moine fut enferme à Exiles. C'était l'un des deux merles.
Or, de ce mot merle, employé par Saint-Mars, on a voulu faire un terme injurieux adopté avec intention par le geôlier pour désigner les prisonniers d'Exilés. Dans notre langue Terte moderne, il est vrai, l'expression un beau, un vilain
inerte, a quelque chose de trivial, de choquant. Avait-elle ce sens à l'époque où vivait Saint-Mars? Je ne le crois [tas. Le gouverneur du donjon voulait-il simplement faire preuve d esprit et d'érudition h l'égard de l'abbé d'Estrades? C'est probable. S'est-il servi pour cela d'un terme alors usité, et (]u'on a cherché à expliquer dans l'Investigateur? « Dans le » Dictionnaire de Trévoux, dit à ce sujet M. N. M. de Gre- » noble , on lit au mot Merle : Cet oiseau a tiré son nom de ce » qu'il va seul et sans compagnie, merula quod mera, id est, r sala volitat, comme dit Varron. Dans le Languedoc, à » Marseille, à Nice, le merle bleu, le merle de roche, sont » appelés passa soliiaris, soutitaris, soulitaria. • Je laisse donc aux chercheurs l'appréciation de cette étymologie.
Quant au séjour du moine jacobin h Exiles , je n'en parlerai que pour mémoire. Déjà malade en 1680, le malheureux •devint hydropique, et mourut le 4 janvier 1687 , au moment où Saint-Mars venait d'obtenir le gouvernement des Iles de Lérins.
Le 9 octobre 1 686 , en effet, Louvois écrivait à Saint-^Mars : «J'ai reçu la lettre que vous m'aves écrite le 26 du mois
« P. 319, V. 6$5, Mss. Dépôt de la guerre.