‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs) d'après des documents inédits des archives de la guerre et autres dépôts publicsChapitre 128 sur 170 · MICHEL LB TELLIER ET LA NOBLESSE. M · texte numérisé non relu

MICHEL LB TELLIER ET LA NOBLESSE. M

quia de Loutoîs, entre ce deinier et les çénëraux. Il n'a pas trop de tout son calme et de toute son habileté pour éviter la chute dont lui et son fils sont menacés. La famille Le Tellier, d'ailleurs, est toute-puissante. Depuis l'année 1643 qu'il est entré au secrétariat de ]sk guerre , Le Tellier a su peu h peu établir sa fortune sur une base solide, s'allier aux plus grandes familles , placer ses parents et ses amis dans tous les emplois. L'année précédente son fils Lôuvois a été nommé chevalier de l'Ordre, et son second fils archevêque deKeims à Tàge de vingt^seuf ans. A la cour, il est vrai, un parti important s'agite contre le jeune Louvois, dont les allures quelque peu cassantes et autoritaires ont blessé les vieux chefs des armées de la guerre de trente ans. Les humanitaires et les conspirateurs l'attaquent constamment sous prétexte de blâmer les violences qu'il ordonne. Les ambitieux et les courtisans jalousent sa fortune naissante, s'effrayent de l'autorité de cet intelligent secrétaire d'État , et de le voir devenir premier ministre. Le parti de la vieille noblesse enfin se groupe pour renverser cette progéniture des JLe Tellier, si envahissante h son détriment. Les familles des Gondé et des Turenne ont réuni cette fois leurs efforts ; la catastrophe est donc prochaine. M. Camille Rousset, dans son premier volume de V Histoire de Louvois, a rendu d'une façon saisis^ santé ces combats du jeune secrétaire d'État de la guerre contre les intrigues de cette noblesse toujours prête à 'se souvenir de ses exploits de la Fronde et des cent jours d'Auvergne, toujours disposée à chercher à l'étranger , un appui pour ses prétentions et l'assouvissement de ses besoins sans cesse renaissants. Mais le meilleur moyen de lutter, c'est de lutter de loin, c'est d'éviter ces pièges d'une cour où chaque mot se pèse , où chaque regard s'interprète. Or Louvois est partout à la fois, en 1670 à Turin, en 1671 dans les Flandres, en 1672 sur les bords du lihin. Il ne revient qu'au commence-^ ment de 1673 pour repartir le 1" mai et ne rentrer qu'à la Toussaint. De loin , du reste, il fit bien mieux ses affaires, en préparant les succès de son maître et en laissant son père et

son oncle, M. de Saint-Pouenges, surveiller ses intérêts auprès du Roi.

La crise n*en est pas moins authentique; il faut lire, je l'ai déjà dit, les lettres nombreuses du père et du fils, la correspondance avec Garpatry , pour s'en rendre compte. Mais Louvois joue serré, et cette fois, grâce à son père, il rendra au Roi le plus signalé des services , en empêchant l'exécution d'un infâme attentat contre sa vie, et en le mettant sur la voie des complots qui se trament à Rouen , dans les Flandres, en Provence, dans les "Pyrénées, en Guyenne , dans le Poitou , de concert avec les Hollandais et les Espagnols.

C'est qu'en effet, pour cette fin d'année 1672, et pour la suivante , Louvois entretient partout les correspondances les plus secrètes et les plus suivies.

A Bruxelles , c'est avec la fameuse duchesse de Meckelbonrig (Angélique de Montmorency-Bouteville) , dont les galanteries et les intrigues occupent tant de place dans V Histoire amoureuse des Gaules, Elle avait à cette époque quarante-sept ans., et pourtant c'était d'elle que le 10 juillet 1673 mademoiselle de Scudéry écrivait à Bussy : « Je vis hier n madame de Meckelbourg à l'hôtel de Languedoc. II y avoit n nombreuse compagnie d'hommes et de femmes, et pour elle, » elle étoit sur un lit de gaze bleue et blanche, en vérité plus n charmante que tout ce qu'il y avoit de jeune à la cour. » Elle venait probablement de toucher les arrhes des serrices particuliers qu'elle avait rendus à Louvois.

A Paris, le jeune secrétaire d'État est en relations avec madame de La Baume, une intrigante que Bussy accusait d'avoir laissé prendre copie de son Histoire amoureuse. Cette madame de La Baume n'était autre que Catherine de Bonne, comtesse de Tallart, nièce du premier maréchal de Yilleroy, femme de Roger d'Hostun de Gadagne, marquis de La Baume, et mère du maréchal de Tallart. Elle avait été la maîtresse de Bussy et passait pour une femme perdue de

mœurs '

1 V. 305, Mss. Dépôt de la guerre.

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