‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs) d'après des documents inédits des archives de la guerre et autres dépôts publicsChapitre 131 sur 170 · LE COMPLOT DE 1673. SES INSTIGATEURS · texte numérisé non relu

LE COMPLOT DE 1673. SES INSTIGATEURS

d'éloigner les poudres voisines des maisons que devait habiter le Roi à son passage.

Quels étaient donc les instigateurs de ce complot que Michel Le Tellier et le marquis de Louvois allaient connaître par l'arrestation d'un des chefs de l'entreprise, l'un des agents les plus actifs des Hollandais et des Espagnols, agent et chef qu'ils devaient faire disparaître de la scène du monde, et au moyen des secrets duquel ils pourraient , en rendant un service signalé à leur Roi et maître, tenir en main les secrets de quantité de gens et mettre fin à la cabale que certains personnages de la cour ' avaient soulevée contre eux ?

MM. de Molina, de Lisola, van Buninghen, van Bulen et le marquis de Grave paraissent avoir été accusés le plus volontiers par Louvois de cette machination infernale.

Le 1 1 avril , en effet , Louvois écrivait à l'évéque de Strasbourg : a Vous ne sauriez prendre trop de précautions pour f vous garantir des misérables qui ont intention de vous assas- » siner, ni faire trop de choses pour faire sortir le marquis >' de Grave de Cologne, puisque, .pendant qu'un homme M convaincu de tant d'infâmes projets demeure dans une ville, » elle ne peut passer pour neutre*. «

Le 16 mai, il ajoutait au même personnage : « Le Roi se » remet à M. TÉlecteur de faire ce qu'il jugera à propos sur M l'affaire du nommé van Bulen ; mais Sa Majesté croit qu'il » seroit de méchant exemple de donner grâce à un homme » convaincu d'être entré dans un aussi méchant complot que » celui où il étoit. . . »

M. de Lisola, du reste, ne devait pas moins que MM. de Grave et vsn Bulen, exciter les désirs de vengeance du ministre. Ce dernier, en effet, à quelque temps de là, écrivait : ft II y a de l'apparence que M. de Lisola doit bientôt

< Cette détermination de la noblesse n*a jamais fait de doute. L'afFaire Rohan était déjà préparée à cette époque. Dans les ArchiTes de Simancas se trouve une lettre du Roi à Molina pour correspondre secrètement ayec M. de Louvigny, le frère de Guiche, alors grand prévôt à Valenciennes. Cette lettre si compromettante est du 4 janvier 1673. (Archives nationales.)

2 P. 192, V. 303, Mss. Dépôt de la guerre.

» partir de Liège pour s'en retourner à Cologne. Gomme ce » seroit un grand avantage de le pouvoir prendre, et que » même il n*y auroit pas grand inconvénient de le tuer, pour » peu que lui ou ceux qui seroient avec lui se défendissent , » parce que c'est un homme fort impertinent dans ses disri cours , et qui emploie toute son industrie , dont il ne manque » pas , contre les intérêts de la France, avec un acharnement « terrible, vous ne sauriez croire combien vous feriez votre « cour à Sa Majesté, si vous pouviez faire exécuter ce projet » dès qu'il s'en retournera'. »

De qui Louvois et Le Tellier tenaient-ils cet important secret? L'ambassadeur de Venise prétend qu'on en fiit redevable au Roi d'Angleterre. Or, le Père Hyacinthe, Père provincial des Récollets d'Arras, qui a été l'un des principaux agents dans cette affaire, écrivait, à propos de ce complot, le 31 mars* : « Ledit gentilhomme prie sur toutes choses qu'on » ne sache pas que c'a été le baron d'Aspres, chef des états de « Zélande, qui a donné avis de la conspiration. » Il se peut que le Roi d'Angleterre et notre ambassadeur, à la suite des complots de 1664, de 1668, de 1669, aient tenu la cour de France au courant des rumeurs vagues qui circulaient; mais pour le cas particulier qui m'occupe, j'ai tout lieu de supposer que le point de départ réel est dans cette confidence du baron d'Aspres. Gomme c'est de Bruxelles, d'ailleurs, que les conspirateurs devaient partir, la concordance est plus naturelle. Dès le 6 octobre 1 6.72, en effet. Le Tellier ', alors au secrétariat, écrivait au Père Hyacinthe pour le remer^ cier des avis qu'il avait fait patvenir, et l'engager à faire savoir confidentiellement de qui il tenait lesdits avis. Le 25 novembre, il lui donnait des instructions pour le prier d'envoyer secrètement à la cour un gentilhomme hollandais '. Dans une autre dépêche, il l'engageait à adresser à Paris,

1 P. 113, V. 304, Mss. Dépôt de la ^erre.

2 P. 280, y. 333, Mss. Dépôt de la guerre.

' P. 61, y. 269, Mss. Dép5t de la guerre.

« P. 217, y. 274; p. 320, y. 269, Mss. Dépôt de la guerre.

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