‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs) d'après des documents inédits des archives de la guerre et autres dépôts publicsChapitre 51 sur 170 · LA POPULATION CIVILE DE PIGNEBOL · texte numérisé non relu

LA POPULATION CIVILE DE PIGNEBOL

lurent pas toujours. Les rigueurs des gouverneurs militaires étaient trop dans les habitudes de Tëpoque pour qu'on put les modifier tout à fait ; pour eux, les Pignerolais étaient des vaincus, de petites gens qui devaient se trouver très-satisfaits de se voir houspillés de temps à autre. Les habitants de la ville et de la citadelle formaient donc deux camps bien tranchés, en suspicion continuelle l'un vis-à-vis de l'autre. A chaque instant surgissaient de nouvelles difficultés, que des fonctionnaires prudents comme Loyauté, Yercantière, Falcombel ou Scotia , avaient toutes les peines imaginables à aplanir.

En juillet 1680, le courrier de Louvois fut enlevé à quelques pas de la ville. À peu de jours de là , un ingénieur italien parvint à s'introduire dans la citadelle et à lever le plan de Pignerol. Informé du fait , Louvois bondit. « Il paroit , » écrit-il à d'Herleville le 12 septembre , qu'un ingénieur dé- »» guisé en moine a pris le plan de Pignerol, ayant trouvé » moyen de s'introduire auprès d'un officier de votre gouver- » nement, qui l'a mené partout. Prenez garde que pareille » chose n'arrive une autre fois'. »

Grand émoi dans la place , au reçu de la dépêche ministérielle ; le gouverneur fait procédera une enquête. Et qu'apprend-il? Le coupable est un parent et un homme de Saint- Mars. Louvois s'adresse cette fois au geôlier favori : ^ Le Roi n a été informé que le gouvernement de Milan a reçu le plan T de la ville et de la citadelle de Pignerol des mains du sieur 9 Quadro , qui a été quelque temps au donjon , à montrer les » fortifications à un de vos neveux ; et comme il est impor- » tant au service du Roi que les Italiens ne puissent jamais » avoir aucun commerce dans la citadelle de Pignerol , pas » plus que dans le donjon, Sa Majesté m'a commandé qu'elle r* ne veut plus qu'il y entre qui que ce soit âans ordre ex- » près, et que si vous aviez des soldats ou des domestiques » qui soient Piémontais , Savoyards ou Italiens, son intention

f* est que , sans faire semblant de rien , vous vous en dessai-

1 P. 49, ▼. 644, Mss. Dépôt de la ^erre.

» sissiez en les congédiant, sous le prétexte de leur mauvais » service'. » Il ajoutait, cependant, le S décenoibre : « A n l'ég^ard des trois domestiques de cette nation que vous avez » depuis six ou sept ans, vous pouvez les garder, puisque » vous en êtes assuré *. » Pour le reste de la garnison , la mesure fut appliquée dans toute sa rigueur. Si j*ai parlé de cette aventure, c'est qu'elle explique le départ des Italiens, détail que M. Topin a voulu appliquer au compte de Mattioli, en rendant ce prisonnier solidaire de ce renvoi général, mesure qui avait déjà été ordonnée le 4 décembre 1675 '« quatre années avant l'incarcération de ce personnage.

LES PRISONS DU DONJON DE PIGNEfiOL *•

Puisque j'ai fini avec ce défilé monotone des individus composant le personnel de la ville de Pignerol, il n'est pas sans intérêt de parler du traitement des prisonniers du donjon aux difFérentes époques de leur incarcération. Cet examen évitera bien des redites dans la suite du récit et permettra de mieux classer les didtérentes parties de mon travail.

Le donjon de Pignerol se composait de trois grands corps de bâtiment rectangulaires flanqués de cinq tours : les autres côtés étaient formés par des murailles s'élevant à pic au milieu de la citadelle, qui surplombait elle-même la ville, les grandes et petites tenailles, ainsi que la Tour du diable. Les bâtiments donnaient intérieurement sur la cour du donjon et extérieurement sur des enclos plantés d'arbres, aboutissant aux fossés. La première tour, celle marquée 5 sur le plan et située la plus au nord, servait de chapelle. Dans les parties élevées de cette tour se trouvaient des loges communiquant avec les appartements de M. de Saint-Mars, et où MM. Fouquet et Lauzun pouvaient venir entendre la messe sans être vus.

1 il novembre 1686. P. 187, ▼. 646. Mss. Dép6t de la gaerre.

2 1680. P. 101, V. 647, Mgs. Dépôt de la guerre.

3 p. 96, V. 431, Mss. Dépôt de la guerre.

* Voirie Plan.

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