BOUCHERAT
u Le Roi étant informé des pratiques du nommé Cardel » pour V exécution du dessein par lui prétendu fait di attenter à » la personne de Sa Majesté^ et voulant qu'il soit procédé ex- » traordinairement tant contre ledit Cardel que autres qui » se trouveront ses complices ;
» Sa Majesté, étant en son conseil, a ordonné et ordonne » que par le sieur de La Beynie , conseiller ordinaire en son » conseil d'État, qu'elle a commis et député , il sera procédé » à l'interrogatoire dudit Gardel et du nommé des Valeurs, » arrêté avec ledit Cardel , le procès extraordinairement in- » struit, fait et parfait auxdits Cardel , des Yalours et ses com- V plices, jusqu'à jugement définitif exclusivement , pour ce » fait, vu et rapporté audit conseil estre par Sa Majesté, n pourvu pour le jugement dudit procès ainsi qu'il appartien- » dra et ce qui sera ordonné par ledit sieur de La Reynie pour » l'exécution du présent arrêt, sera exécuté nonobstant oppo- » sition ou applications quelconques , et sans préjudice d'i- » celles, dont si aucunes interviennent. Sa Majesté s'est >• réservé la connoissance et icelle interdite à toutes ses autres »- cours et juges.
» Expédié à Versailles, le 17 novembre 1685.
w BoUCHERAT ' . «
Paul Gardel était donc depuis un mois à la Bastille , lors-
^ Archives nationales, E., 1828 ; p. 515-517.
que, le 19 avril 1689, LouTois écrivait à M. de Saint-Mars : « M. de Seignelay a eu ordre du Roi de vous envoyer un » homme qui doit être conduit aux îles Sainte-Marguerite par » le fils du sieur Auzillon. Sa Majesté m'a commandé de vous » avertir qu'elle désire que vous le gardiez avec toutes les » précautions nécessaires , pour que qui que ce soit ne sache » quil est entre vos mains,- vous me manderez de mois en » mois comme il se gouvernera. Au surplus , c'est un » homme qui a mérité la mort et qui ne peut être traité trop » sévèrement, s'il fait la moindre difficulté de se contenir » dans les bornes que vous lui prescrirez'. » L'ordre royal était ainsi conçu :
« Versailles, 18 ami 1689.
n Monsieur de Saint-Mars, j'envoye aux isles Sainte-Mar- » guérite le nommé Cardel, cy-devant ministre de la religion » prétendue réformée, pour y estre détenu pendant toute sa » vie , et je vous escris cette lettre pour vous dire que mon » intention est que vous le receviez , que vous le fassiez metw tre dans l'endroit le plus seur qu'il se pourra , et qu'il soit » soigneusement gardé , sans avoir communication avec qui » que ce soit, de vive voix ou par escrit, sous quelque pré- » texte que ce soit. Et la présente, etc*. »
De son côté , M. de Seignelay adressait à MM. de Besmaus et de Saint-Mars des instructions détaillées pour le départ et l'arrivée de ce personnage.
M, de Seignelay à M. de Besmaus,
« 18 avril.
» J'ay chargé le sieur Auzillon d'un ordre de prendre le » ministre Cardel et le conduire au lieu qui luy aura esté » indiqué. Le Roy m'ordonne de vous dire de faire en sorte » que personne ne sache ce quil est devenu ^ et, pour cet » effet , Sa Majesté veut que vous le fassiez remettre audit » Auzillon à dix heures du soir, lorsqu'il ira le prendre. »
1 p. 104, y. 846, Mss. Dépôt de lafluerre.
s Registres de la maison du Roi, 0' 34, Archives Dationales.
M. de Seignelay à M, de Saint^Mars.
« 18 avril 1689.
» J'ajoute à la lettre du Boy que Sa Majesté ne veut pas n que rhomme qui vous sera remis soit connu de qui que ce » soù, et que TOUS teniez la chose secrète, en sorte qu'il ne » vienne à la connoissance de personne quel est cet homme. » Vous luy ferez fournir la subsistance et son entretien sur un )» pied médiocre , et je vous prie de me mander à quoy le » tout pourra se monter par an , afin que j'y pourvoye ' . »
Paul Gardel quitta probablement la Bastille le 20^ et arriva aux îles dans les premiers jours du mois de mai, car, à la date du 24 , le ministre répondait à Saint-Mars :
a Lorsque vous aurez quelque chose à me faire savoir con- » cernant le prisonnier que le sieur Auzillon le fils vous a w remis par ordre du Boi , vous pouvez vous servir de la pré- » caution de mettre double enveloppe à vos lettres afin que n personne que moi ne puisse avoir connoissance de ce qu'el-^ » les contiendront. Vous devez régler la subsistance de ce , y> prisonnier sur le pied de quinze sols par jour '. »
Le Masque de fer et Paul Gardel furent donc les seuls prisonniers confiés à la garde du célèbre geôlier pendant l'année 1689.