PRISON]\IER MYSTERIEUX DE
seleur. Au milieu de cette foule de dépêches, il y a un point noir pour M. Loisele:ur, et c'est à ce point que le judicieux écrivain veut voir surgir peut-être la solution du prisonnier masqué.
« J'ai bien des fois regretté, m'écrivait M. Loiseleur, le « 20 mars 1870, de n'être pas dans la position favorable où » vous vous trouvez pour puiser aune source dont l'accès est " assez difficile. Vous faites aujourd'hui le travail que j'aurais » voulu pouvoir faire, et vous élucidez ce que je n'ai pu » qu'apercevoir.
» J'ai lu avec grand soin votre premier article. Permettez- » moi devons soumettre, dans l'intérêt même de votre succès " et de la solution cherchée, un point qui, dans mon esprit , » semble soulever quelque difficulté. Vous faites la brève » analyse des pièces relatives au prisonnier d'Exilés, à ce » personnage que M. Topin considère, départi pris, comme » insignifiant.
» Pourquoi omettez-vous la dépêche de Louvois à Saint- » Mars du 20 septembre 1681, que j'ai donnée dans mon » article de 1867 (p. 267 de la Revue), et que M. Topin a » reproduite à la note de sa page 335? C'est celle où il » dit : « Le Roy ne trouvera point mauvais que vous alliez ') voir de temps en temps le dei^nier prisonnier que vous » avez entre les mains, lorsqu'il sera étably dans sa nouvelle » prison. »
» Serait-ce que vous n'avez pas trouvé cette missive? ou » que vous la jugez insignifiante? ou que vous la réservez « pour plus tard? ou, enfin, que vous adoptez l'interpréta- » tion que M. Topin a donnée? Vous savez que, pour lui, ce » dernier prisonnier, c'est Catinat. Je doute que cette expli-
» cation fantaisiste résiste à l'examen Il faut donc trou-
» ver une autre solution. Cette explication est peut-être fort
» simple , mais il est utile de la découvrir »
En me permettant de reproduire la lettre particulière que M. Loiseleur a bien voulu m'écrire, j'ai cru indiquer d'une manière plus complète la nature de son observation.
Je vais donc essayer d'élucider cette partie du débat au moyen de pièces nouvelles. '
Il en est des projets comme des idées, ils reviennent sans cesse sur l'eau. Depuis leur secret voyage en Piémont, en 1670, Louvois et Vauban n'avaient pas renoncé à leurs desseins sur la forteresse de Casai, regardée comme un point militaire d'une grande importance. La mésaventure de l'abbé d'Estrades en 1679 et l'arrestation de Mattioli à l'heure de l'exécution du premier projet sur Casai, n'avaient rien modifié aux intentions de la cour de France sur cette place de guerre. C'était un désagrément, un temps de repos, mais non un renoncement définitif.
Dans les dépêches diplomatiques, en effet, on annonçait que l'on n'avait jamais eu la moindre velléité de possession sur ce point du Piémont, que toute cette histoire n'était que pure calomnie, qu'il y avait bien eu des commencements de pourparlers, et dans un but simplement éventuel et parfaitement évasif. Mais parler politique, c'est mentir le plus effrontément du monde , paraît-il , car tout en même temps on envoyait à Turin MM. le marquis de Pianesse et de la Trousse pour traiter du mariage du jeune duc avec une princesse de Portugal , et obtenir la bonne volonté de la cour de Savoie en vue de la cession de Casai. On donnait également de nouvelles instructions à l'abbé Morel , qui se rendait auprès du duc de Mantoue. Quant à l'abbé d'Estrades, relégué au second plan , il ne restait à Turin que pour empêcher les cours étrangères de croire le renvoi de cet agent causé par l'insuccès de sa première négociation. Du reste, il ne devait pas rester longtemps à son poste, et l'année suivante Louvois parlait déjà au marquis de Pianesse de la nécessité du remplacement de ce personnage.
Interrompu momentanément, le travail diplomatique relatif à la possession de Casai fut repris plus vivement que jamais pendant l'biver de 1680 à 1681. Dès le 11 février 1681, Louvois, qui étaiten correspondance réglée avec Pianesse par l'intermédiaire unique de Saint-Mars, annonçait au marquis