VII. LES VALETS DE MM. FOUQUET ET DE LAUZUN
De valets attachés aux prisonniers de Pignerol, il y en a sept, dont quatre successifs pourFouquet, deux pour Lauzun, et un septième pour Mattioli. Mais être valet d'un détenu du donjon , du temps de Saint-Mars, c'était être prisonnier soimême, au même titre du reste que le gouverneur, ce qui tendrait à prouver que la liberté , tant recherchée par les hommes, n'est qu'une liberté relative, et qu'elle réside plus dans la possibilité d'en jouir que dans la réalité de sa possession.
Si donc je m'occupe des valets de Fouquet et de Lauzun, c'est uniquement pour signaler leur existence et éviter des alibis et des questions de chiffre de prisonniers. Ces valets couchaient dans un même lit et dans une chambre voisine de celle de leur maître. Ils recevaient cinquante livres de ^ages par mois, plus l'habillement; enfin ils étaient nourris par les soins du gouverneur, moyennant une indemnité correspondante de cinquante livres par tête d'individu.
Il est inutile de parler ici des domestiques de M. de Lauzun , puisqu'ils furent mis en liberté avec le comte en 1681. Ceux de Fouquet présentent plus d'intérêt. Tout d'abord le surintendant n'eut, à son arrivée h Pignerol, qu'un valet qui tomba malade à la Pérouse et fut changé (15 octobre 1665). Son remplaçant fut également fort souf-
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frant en 1666, pour la plus grande gêne de Saint-Mars, obligé de faire le service et de réclamer un second valet , ce qu'on accorda à partir du 1-4 février 1667. Ces deux valets étaient Champagne et Honneste. A la suite de la tentative d'évasion et de l'envoi du sieur de Valcroissant aux galères , survint le nommé La Rivière ; puis, comme Champagne fut mis également à la porte, Saint-Mars demanda à prendre un de ses prisonniers, celui de 1669, enfermé dans la tour, et qui répondait au nom d'Eustache Danger.
Que devinrent ces deux valets? Eustache Dauger mourut à Pignerol. Son camarade La Rivière fut-il plus heureux? Obtint-il sa liberté? Tout porte à le croire , car, en résumé , son crime n'était pas bien grand, celui d'avoir entendu les conversations de MM. Fouquet et de Lauzun. Lauzun parti, La Rivière n'était plus guère dangereux, et c'est alors probablement que notre homme, se voyant oublié , réclama. En effet, le 16 avril 1684, Louvois écrivait a Saint-Mars, alors à Exiles : « Il y a longtemps que vous ne m'avez parlé de » vos prisonniers. Je vous prie de me mander comment vous " les gouvernez et comment ils se portent. Mandez-moi aussi » ce que vous savez de la naissance du nommé La Rivière et « de Uaventure par laquelle il fut mis au service de feu » M. Fouquet. » Que répondit Saint-Mars? Que devint ce La Rivière? Quel était son vrai nom? Je n'ai pu le découvrir, mais il est plus que probable que notre homme fut simplement chassé de Pignerol , comme ses prédécesseurs en service forcé.