VERRES ORNÉS DE BAS-RELIEFS
Les verres à bas-reliefs forment un groupe considérable qu'il importe de diviser pour mieux le dominer. En se plaçant au vrai point de vue, on obtient d'ailleurs plus qu'une simple classification. Une série de petits tableaux qui se suivent logiquement et chronologiquement viennent s'offrir au regard. Les plus anciens se rattachent, par un fil encore saisissable, aux peuples qui ont cultivé, les premiers, l'art de la verrerie; les plus i récents touchent aux confins du moyen âge. Nous allons en retracer le cadre et résumer les traits essentiels de chaque type.
A les prendre par ordre de date, ce sont les flacons à panse prismatique qui réclament tout d'abord notre attention. Là aussi il s'agit de verres moulés. Le corps du vase se compose de six panneaux, six carrés oblongs, bordés d'une double frise de feuilles ou de godrons ' . La frise inférieure réunit la panse au culot ; elle arrondit les angles ; l'autre forme une espèce de coupole qui sert d'attache à l'anse et de support à l'embouchure2. Chaque face a son ornement. Sur les exemplaires qui viennent de Phénicie, on voit presque toujours deux grenades , alternant avec deux cédrats et deux grappes de raisin3. D'autres représentent des vases : un cratère, une amphore, trois aiguières de formes variées, une coupe chargée de fruits4 ■ ou les
i. Il exisie un flacon à panse octogone, orné de rosaces, de palmettes, de disques entourés de losanges, etc. Vente chypriote du 19 janvier 1875.
1. Je laisse les variantes de côté. Plusieurs de ces flacons n'ont pas d'anse, et d'autres ont ia coupole lisse
3. Voir p. 23 (vase au Musée judaïque du Louvre). J'en connais quatre, en paie blanche opaque, trouvés à Tortose, et un cinquième, venant de Chypre (collection du comte Serge Stroganoff).
4. Verre bleu opaque de la collection Henderson. — Vente chyprioie du i5 décembre 1873.
symboles du culte bachique : syrinx, flambeaux en sautoir, patère à libations, vases à vin (pl. IV, 16. XXVIII, 1 14) '. Une troisième catégorie se rapporte aux exercices de la palestre ; car le disque, le strigile, la couronne de feuilles qui y figurent, ne laissent pas de doute sur la destination de ces flacons *. Une seule fois on voit à la place des symboles quelques masques de divinités romaines : de Saturne, je crois, de Mercure ailé et d'un dieu imberbe3. Le décor de ce genre de verres n'est donc pas choisi au hasard; il obéit à une règle; il forme un ensemble. Que ce soit la nature qui l'inspire, que ce soit la religion ou la vie publique, l'artiste ne suit qu'une idée à la fois, tout en multipliant les images qui peuvent la rendre. Et remarquons que la plupart de ces idées et de ces images ont leurs racines dans le sol grec. Même là où le sujet se distingue le moins des motifs chers à l'art sémitique, il n'est pas certain que les verres aussi soient d'origine sémitique. Ils sont grecs de style et de conception. Fabriqués à Sidon, comme c'est probable, ils ne sauraient être antérieurs au siècle d'Alexandre, et s'ils portaient des noms d'artistes, les légendes seraient en langue grecque. Naturellement, cette théorie ne s'applique pas aux verres ornés de masques; ces derniers sont de l'époque des Antonins,
A côté des flacons prismatiques, il existe toute une famille de verres qui s'y relient par leur ornementation. Voici un gobelet avec sa double ceinture de fraises ou d'arbouses en relief4. Voilà un verre à panse carrée et de couleur jaune d'ambre; chaque face est décorée d'un masque placé entre quatre anneaux 5. Puis cette ampulle en pâte bleue (pl. IV, 21), où un rang d'arbres, séparés par des dithyrses, soutient des plants de vigne fi. La fantaisie du verrier se meut volontiers dans le même cercle; elle ne déroge pas aux traditions reçues , et bien rarement un autre motif vient se glisser parmi ces types pour ainsi dire consacrés. Je citerai un vase de la collection Slade7, où les dauphins et d'autres poissons prennent leurs ébats au-dessous d'une couronne de lierre. A Trêves et dans le cimetière de Saint Calliste à Rome, on a trouvé des coupes chrétiennes ornées de poissons et de coquillages 8; un fragment de la collection Gréau porte un collier de coquilles; un flacon à huile, du Musée du Louvre, a sur chaque face une palme en relief. Encore faut-il que la forme du verre se prête à de telles innovations , l'art antique étant l'ennemi du contre-sens. La gourde, par exemple, avec ses valves, sa panse lenticulaire, ne supporte tout au plus que deux rosaces (pl. IV, 19)9 . Moins exclusive, l'amphore aime les frises de godrons, les
1. Les verres de la collection Charvet viennent, l'un de Syrie (pl. IV, 18; pâte violacée; anse en pâtes opaques blanche et brune) ; l'autre d'Athènes (pl. XXVIII, 114; pâte bleue). — Voir Slade, n" 179-181 ; pl. col. V,2. 3.— Cesnola, Cj-prus, pl. 3.