VERRES A DÉCOR GÉOMÉTRIQUE
aux plissures du godron et à ses saillies arrondies
que les Grecs comparaient à un rang de massues (TO^plapo7îaW). Quant aux vases côtelés (vasacostilata), ils sont innombrables. Les côtes (costulœ), faibles ou saillantes, serrées ou espacées, droites ou penchées, cormennent surtout à l'amphore (pl. XX, 90), à la patère (pl. XVIII, 86), à la coupe multicolore (pl. VII, 39. XXIX, ,20. ,2r) -, où parfois on les remplace par des baguettes en torsade. Une carafe d'Amiens (pl. XVI), du galbe le plus élégant, à la panse conique, à l'anse plate et munie d'une attache appendiculée, porte aussi son réseau de nervures; mais c'est par exception, car je n'en ai pas rencontré ailleurs. II en est de même d'une fiole blanche de la collection Temple, dont les éperons présentent une saillie telle qu'ils ressemblent à des croissants posés de champ sur le corps du vase *.
L'étude des verres à décor linéaire est intimement liée à l'étude delà cérameutique. Les traits de comparaison abondent, et ils n'ont pas échappé auxauteurs anciens. Damle Banquet des Sophistes', on parle d'Alexandrie et de ses verriers qui imitaient les vases de terre de toute provenance, car les mêmes besoins créent les mêmes goûts. Entrons un instant dans une de nos grandes collections de vases peints, celle de l'Ermitage par exemple, pour vérifier le fait et en constater la portée.
M. Stcphani, qui a dressé le catalogue de cette collection, compte jusqu'à trois cents variétés déformes Eh bien! sur ces trois cents, plus d'un tiers ont servi de modèle aux verriers. Je serais surpris s'il en était autrement de la poterie gallo-romaine 5.
Quelques vases à vernis rouge ou noir, c'est-à-dire de ceux qui sont indubitablement gallo-romains, nous aideront d'ailleurs à mesurer le degré précis dans lequel les verriers se sont rapprochés des céramistes. 31 s'agit des poteries dont la panse, conique, sphérique ou cylindrique, a reçu des renfoncements qui lui donnent l'aspect d'un vase
1 . Un bol côtelé, en verre vcrdàtre, trouvé â Grues Vendée) en i iSl)2, est orné de dentelures jaunes et d'une légende (EVTVCIIIA) en pâte blanche rapportée. Fillon, Art de terre, p. it|G. — Devillc, pl. tili. Les coupes multicolores se trouvent surtout en Toscane, plus rarement dans le Midi de la France.
2. Comparez cependant le vase de Dieppe, publié par Cochet, Nurmaiidie sont., p. 8 1 'pl. II, 1 7^.
3. Athénée, XI ,784 : Kit*™-:^^. li a[ à> 'Mifrtipïa tt]ï Saî.ov, |icinfjpu3[i'Ï3'/TEî soM.aï; ras TTSixiXaiç (vulg.
ï.aTaxoiA[îc[iivoij xEpoi«u -rijv «êdv |ii|ieù|Atvoi.
4. Die Vasensammlung der hais. Ermitage (St-PétcrsboLtrg, 1869), t. II, pl. i-ii.
5. Delà poterie gauloise ; élude sur la collection Charvet par Henri du Clcu/iou (Pari-, 1872'.
à côtes. On connaît beaucoup de verres de ce type, des gobelets à quatre, cinq, six ou huit compressions longitudinales, parfois très profondes et s arrêtant vers le milieu de la panse ou un peu au-dessous du bord (pl. XIV, 81. 82. XX.VII, 1 1 1 ; vignette, p. 52). Leur coupe horizontale serait une rosace avec autant de feuilles qu'il y a de renfoncements. L'ampulle et le lécythe aiment la même ornementation (pl. XIII, 74), et j'en ai vu dont les dépressions sont si fortes qu'il peine il reste un tube pour y introduire le liquide. En terre, les vases de cette famille ont les parois excessivement minces; ils rappellent les deux amphores du temple d'Erythrcs, qui ne se distinguaient que par cette qualité et qui étaient le résultat d'une gageure entre le maître et le disciple. La pâte vitreuse a la légèreté d'une plume. C'est que le verrier ne se contente pas de reproduire, tant bien que mal, une forme donnée ; il vise à la copie exacte, à la même ténuité des parois. L'imitation est aussi complète que possible.
Mais ces renfoncements ont, eux aussi, leurs variétés. Ils ne sont pas toujours tracés dans le sens de la longueur, et bien des vases, ampulles (pl. VII, jj. IX, jo. 5 1) ou verres à boire, ont des dépressions circulaires, faites à l'aide d'un crochet de fer à vive arête. C'est un continuel effort, une verve qui s'exerce sans relâche à tirer parti du moindre motif qui se présente.
On pourrait grossir ce chapitre en y admettant les verres bosselés, annelés (pl. VI, 34. XII), canaliculés taillés à facettes ou ceux qui sont tarés par des linéaments gravés à la pointe. Mais nous aurons l'occasion d'y revenir.
11 ne me reste donc qu'un seul genre de décor à citer, la torsade moulée, qui fait l'ornement de trois magnifiques aiguières, découvertes à Beauvais, en i86j, dans le tombeau d'une jeune fille. Ces vases, de forme conique, sont des chefs-d'œuvre d'élégance et de goût {pl. XIX); ils n'ont leurs pareils dans aucune collection. Les anses se composent d'une série d'anneaux, tressés en filigrane. On a trouvé dans le même cercueil un Grand Bronze de Postumj (voir U phnehe en regard du titre) qui peut servir à déterminer l'époque de l'inhumation, la fin du m* siè:Ie. C'est aussi l'âge des colonnes en torsade et des sarcophages ornés de rainures en spirale, l'âge des premiers monuments chrétiens. La collection Charvet est particulièrement riche en verres de cette famille; ceux de Luxembourg (pl. XVII), de Montmerle (pl. XXVII, 1 10), de Vaison (pl. XVIII, 87), constituent un ensemble qui réunit toutes les nuances du genre et qui prouve combien l'art romain, alors en pleine dégénérescence, avait encore de séve et de retours vers le passé.
Ucvillc, pi. 3<j.