‹ La verrerie antiqueChapitre 74 sur 145 · Namur , i'ublicatiuns de la Soc.arch.de Luxent · texte numérisé non relu

Namur , i'ublicatiuns de la Soc.arch.de Luxent

des rivières au verre vcrdàtre. Le teint d'une jeune fille leur rappelle l'éclat de la pâte vitreuse et si, du temps de Pline, on apprécie surtout le verre blanc, c'est qu'il a la transparence du cristal de roche2. A leur tour, les peintres grecs ont souvent représenté des verres. Fausias de Sicyone, un des contemporains d'Apelles et un des premiers maîtres dans l'art de la perspective, essaya avec succès de reproduire par la couleur un verre translucide. Dans le sanctuaire d'Esculape, à Épidaurc, on montrait un tableau de lui: l'Ivresse portant une coupe à ses lèvres ; les traits de la déesse restaient visibles à travers les parois du vase. Quant aux peintres d'Herculanum et de Pompéies, ils manquent rarement l'occasion d'ajouter des carafes ou d'autres récipients vitreux à leurs Natures mortes 3.

Ces verres s'appelaient crystalla ou crystallina depuis la fin du itr siècle. A Rome, le connaisseur n'achetait que ceux dont la pâte était affinée avec soin; une bulle, une strie, le moindre nuage blessait son goût délicat 4. Mais, plus tard, le mot cristal s'appliquait à tous les verres sans distinction de leur couleur. Un traité grec de la basse époque, intitulé ïlotvjcriç y.pu7raWJ.mv, ne donne que des recettes pour la coloration des pâtes 5.

Comme ii n'y a plus d'inconvénient à révéler les secrets des anciens, je dirai ce que renferme ce curieux opuscule.

11 indique deux matières colorantes : l'œuf et le sang de poule. Avec le blanc d'œuf on fabrique du verre jaune (/.'/rpivoç, ô XE-j-ojisvoç [iîpovîx.-^) ; le verre blanc (cwnîpoç) se fait avec le jaune de l'œuf; la coque et ses pellicules produisent le vert d'eau (-pàïtvoe,) ; le bleu {^iiz-ic,, 6 A£-|-d;i.Evoç /.ûavoç) s'obtient avec le sang d'une poule noire; enfin, du mélange de ces quatre éléments naît le rouge cinabre (xivaêaptç). Il est vrai que le simple bon sens s'achoppe à ces bizarreries; mais cela ne les empêche pas d'avoir des racines profondes. Elles sont tout à fait dans l'esprit de l'antiquité, et bien des recettes que les naturalistes grecs et romains nous ont transmises, présentent le même aspect.

En Occident, on voyait plus juste. Le continuateur d'Héraclius savait que le rouge (galienum), le vert, le jaune safran, s'obtenaient avec des oxydes ". Malheureusement, à part ces quelques notes, nous n'avons rien de précis sur la question. On doit supposer que les verreries du moyen âge avaient reçu en ligne directe les traditions de l'antiquité; dans quelle mesure ? intactes ou affaiblies ? C'est une étude à faire.

Au sortir de leurs tombeaux, la plupart des verres sont revêtus d'une patine. II est

bourg, t. VIII, ii5li (pl. I, l). — Le même. De lacrymatorîis, sive de lagenulis laaymanim propinquorum colligendts apud Romanos aplatis (Lurîliburgi, i855). Le titre suffit pour donner une idée de la brochure. — Bonner Jahrb. XXII I, i HS.

t. Voir p. 4. — On peut y ajouter un passage de l'Anthologie grecque, 1. V, 36, 7.

Maximus tamen liouos in candide translucen- (fins, quam proxttma crystalli similitudine. Pline XXXVI, 198. — Strabon les appelait XfwraMkEfxWit-

Page 1