‹ La verrerie au XXe siècleChapitre 20 sur 83 · VERRES DE COULEURS · texte numérisé non relu

VERRES DE COULEURS

La production française du verre à vitre coloré est le fruit de l’ensemble des expériences faites par Leviel, en Bohême. Un échange multiple d’idées sur l’art de la verrerie a eu lieu entre l’Autriche (Bohême) et la France depuis plusieurs siècles et principalement au xixe siècle.

Au chapitre du vitrail, nous avons cité Bontemps comme ayant retrouvé et appliqué en France, à la verrerie de Choisy-le-Roi, les formules ou recettes de certains verres de couleur, notamment les verres rouges. Depuis, on a découvert aussi le verre jaune à l’argent.

Puis les verres marbrés, obtenus en mélangeant un verre verdâtre coloré par l’oxyde de 1er, à un verre rouge coloré par l’oxyde de cuivre; le résultat est une sorte de marbre « ou verre marbré » .

Opaline laminée.

Voulant constituer pour les installations sanitaires de grandes surfaces continues, résistantes, imperméables, d’un nettoyage facile, la Société de Saint-Gobain a étudié la composition d’un verre très dur, inaltérable, pouvant se couler en grandes surfaces, telle est l’opaline. Elle se distingue des opalines ordinaires, marmorites, etc., par sa teinte spéciale, blanc azuré, par son extrême dureté, qui la rend difficile à travailler, mais lui assure une grande résistance à tous les agents exté-

1. Le verre et le cristal, J. Henrivaux, pages 664 à 675. — 2e édition, 1897 (Dpnod).

rieurs. Dans beaucoup de cas, les parois des salles d’opérations, salles de bains et douches, cabinets de toilette... etc., peuvent être formées

fiÿ, 4b

d’une seule plaque d’opaline laminée fixée au moyen de simples agrafes

2e PARTIE : PRODUCTION ET MANIPULATION

ou couvre-joints. De longs couloirs étroits et obscurs, d’un entretien coûteux ont été transformés de la façon la plus heureuse par des revêtements d’opaline en grandes surfaces, toujours faciles à tenir propres au moyen d’une simple éponge ou d’un linge.

Les phares d’Eckmülilet de l’Aiily ont ôté entièrement revêtus à l’intérieur d opaline, de même que les passages souterrains de la gare du Nord à Paris et de la gare de Saint-Denis. L’apparition de ce produit a de toute façon donne un nouvel clan à 1 emploi des revêtements vitrifiés.

Dans ces dernières années, V opaline laminée de Saint-Gobain a été employée entre autres installations :

Au Laboratoire des Agriculteurs de France.

Au Laboratoire des Mines.

Aux salles d’opérations de divers hôpitaux.

Pour les instruments de précision (socles de balances, etc.).

A l’Assistance publique.

Pour l’Industrie laitière.

Dans les Brasseries.

Pour les tableaux de distribution des installations électriques.

Certains décorateurs ont émaillé l’opaline et ont ainsi transformé l’opaline industrielle, blanche, opaque, de teinte uniforme, en oeuvres artistiques. Tels sont les ornements qui décorent l’hotel de M. Morin, rue de Babvlone, à Paris, panneaux de revêtement qui ont été exécutés par M. Galand (fig. 44).

La « Marmorite ».

Depuis l’antiquité, on a coloré le verre par différents procédés.

On a produit le marbrage du verre à vitre et des glaces coulées, notamment en déposant à leur surface non encore solidifiée, des filaments ou des parcelles de verre de couleur, relativement fusible.

On a obtenu également du verre à vitre et des glaces opaques de teintes diverses; mais le résultat cherché était l’obtention d’une coloration uniforme ; les taches ou les veinages qui apparaissaient par hasard constituaient des accidents de fabrication.

Un ingénieur belge, d’origine française, a cherché à produire du

verre coloré, veiné dans toute l’étendue de sa masse et il a découvert des procédés de fabrication permettant d’obtenir à volonté des veinages variés à l’infini donnant absolument aux produits les caractères physiques du « marbre » tout en leur conservant toute la supériorité résultant de leur constitution chimique.

Le brevet français relatif à cette invention a été déposé le 1er mai

Valeur commerciale.

L’extension commerciale de la marmorite ou « marbre coulé » a été, dès le début de la vente, considérable.

C’est ainsi qu’à Bruxelles, où le produit a été lancé d’abord, plusieurs magasins sont ornés d’enseignes, souvent de très grandes dimensions, en « marmorite ».

Beaucoup de devantures de boutiques en sont entièrement recouvertes.

La gravure au jet de sable permet d’obtenir des effets esthétiques inattendus. Certaines parties ainsi creusées et matées sont peintes ou métallisées. Parfois des sujets compliqués et de véritables compositions artistiques s’y encadrent.

Les formes bizarres que l’on est convenu de comprendre dans les applications de 1’ « Art moderne » donnent, lorsqu’elles sont bien saisies, à la « Marmorite » un caractère en parfaite harmonie avec la solidité de la masse.

Un résultat fortuit est le développement que l’emploi de la « Marinorite » a imprimé à la vente des glaces noires.

Celles-ci, connues depuis longtemps, étaient peu demandées, tandis qu’aujourd’hui leur application à des usages analogues à ceux de la « Marmorite » a produit une extension considérable de leur vente.

Nos grandes villes de France qui ont été les premières à montrer jusqu’où peut aller l’art d’aménager les étalages des magasins, ne voudront pas refuser à ces étalages les cadres dignes d’eux qu’il est maintenant aisé de leur procurer.

Nous avons eu l’occasion de constater que dans un projet récent de convention entre quatre glaceries russes, on estimait que la vente de la « Marmorite » en Russie assurerait un bénéfice net annuel de 50.000 roubles, soit d’environ 130.000 francs.

2e PARTIE : PRODUCTION ET MANIPULATION

Aventurine

On fabriquait autrefois à Venise, l’aventurine à paillettes d’or (cuivre). A la suite des études de MM. Frémy, Hautefeuille, Clemendot, on peut reproduire cette aventurine. M. Touvier, de la maison Stumpf, Touvier et Violet en exposait des échantillons magnifiques à l’Exposition de 1900.

Pelouze a inventé également, il y a environ vingt-cinq ans, l’aventurine à paillettes vertes, paillettes de sesquioxyde de chrome.

Pâte de verre.

Les anciens tiraient du verre de très jolis effets, et le maniaient d’une façon surprenante. Ils parvenaient à modeler le verre à froid comme de l’argile. Certains de leurs verres exhalaient une odeur qui leur était propre, certains autres possédaient la malléabilité des métaux; ils se bossuaient quand on les jetait à terre, et pouvaient ensuite être redressés au marteau sans se briser.

Des légendes se sont formées à ce sujet.

Pétrone raconte que Tibère fit trancher la tête à un artisan « dans la crainte que le secret de fabrication de la pâte de verre, une fois connue, on ne fasse pas plus de cas de ce produit que de la terre.

Haudicquer de Blancourt prétend que Richelieu fit condamner à la prison perpétuelle un ouvrier qui lui présenta une pièce en verre malléable.

De nos jours, le gouvernement mit à la disposition d’un artiste inventeur, Henri Cros, un atelier à la manufacture de Sèvres, pour lui permettre de poursuivre ses études sur une pâte de verre dans laquelle, on peut, suivant l’inventeur, enfoncer impunément des clous, sans l’écailler ni l’altérer par des fissures.

Les premières pièces, exposées au Salon de 1891, présentaient certains défauts, mais en 1900 on a pu admirer un grand nombre de pièces qui ressemblent — comme aspect — à certains médaillons retrouvés dans les ruines de Pompéï. Une fontaine murale, dont les diverses parties représentent l’histoire de l’eau est une œuvre absolument remarquable

(1) Nous avons décrit ces pièces, pages 17 et 18 de notre étude sur la verrerie à disposition de 19C0.

A l’Exposition de 1900 on remarquait encore des revêtements en pâte de verre. Puis à l’Exposition de Saint-Pétersbourg et au Salon de

Fig. 45. — Cios : Figures et masques eu pâte de verre (Musées de Sèvres et du Luxembourg).

1901 des vases de diverses .formes en pâte de verre fabriqués par M. G. Desprez à la glacerie de Jeumont.

Ces objets sont remarquables et voici comment un critique d’art, M, Roger-Milès s’exprimait, l’an dernier, sur ces produits :

« J’ai réservé pour la tin les pâtes de verre translucide et de verre

2e PARTIE : PRODUCTION ET MANIPULATION

« polychrome de M. Georges Despret, en collaboration avec M. JNicolet. « L’an dernier déjà, j’avais remarqué ces coupes, ces petits vases, d’une « matière si précieuse, à travers laquelle la lumière, en se jouant, allu- « mait les plus douces et les plus délicieuses teintes qui se puissent « rêver : cette année à côté du verre translucide, voici des pâtes de verre « polychrome ; il faut examiner ce masque égyptien qui porte leur der- « nière découverte : il semble que le sang coule sous la peau, que la « matière s’anime, que l’épiderme sous le doigt, va provoquer de la « chaleur : c’est de l’art oublié, perdu, qui ressuscite soudain, avec quelle « mystérieuse séduction d’aspect! Je crois que le difficile problème des « pâtes de verre est résolu : translucide ou opaque, M. Despret peut « nous dicter les lois de son comport dans le feu, et nous devons attente dre beaucoup de son effort de savant et d’artiste.

Page 1