‹ La verrerie au XXe siècleChapitre 49 sur 83 · PARTIE : DÉFAUTS DU VERRE · texte numérisé non relu

PARTIE : DÉFAUTS DU VERRE

un grand nombre de cas on puisse imaginer des mélanges qui ne soient pas susceptibles de se résoudre en un agrégat de substances cristallisées.

Une seconde théorie, plus rationnelle, a été proposée en 1830, par J. -B. Dumas; ce savant a considéré la dévitrification comme une cristallisation du verre due à la formation de composés définis infusibles à la température existante au moment de la dévitrification et impliquant, dans la plupart des cas, la formation d'un résidu amorphe correspondant à un mélange chimique dont les éléments, soit combinés, soit isolés, ne sont pas connus à l’état cristallisé.

1? Il admet que cette infusibilité relative est le résultat, tantôt delà volatilisation alcaline, tantôt d’un simple partage dans les éléments du verre ; les alcalis passent alors, d’après lui, dans la portion qui conserve l’état vitreux.

Pour M. Dumas, les éléments cristallisés ne préexistent pas dans le verre et ne se forment qu’au moment de la dévitrification.

Pour d’autres auteurs, le verre, malgré son homogénéité apparente, contient déjà dans sa masse des composés définis s’en séparant au moment delà cristallisation.

D’après cette opinion, le verre dévitrifiô aurait une constitution identique à celle qu’il présente à l’état fondu ; ce serait une sorte de dissolution des éléments cristallisables faite à une haute température dans une matière dissolvante avec conservation de la molécule cristalline au sein du dissolvant.

Benrath a discuté la question de savoir quel était le dissolvant en question et lui a attribué les compositions suivantes :

Na O. Ca O. 6 Si O2.

Ma O. Ca O. 4 Si O8.

Mais nous ferons remarquer que, même en admettant l’assimilation du verre aux dissolutions, il serait impossible d’attribuer aux deux silicates précités le rôle que l’on a voulu leur donner ; en effet, dans les cas de cristallisation complète qui ont été cités précédemment, l’agent dissolvant n’a pu présenter cette composition, surtout d’une façon constante; il a dû présenter des compositions incessamment variées pendant la durée de la cristallisation et, en dernier lieu, être identique au minéral qui a cristallisé postérieurement à tous les autres.

Ainsi donc, il faut écarter l’idée d’un dissolvant unique et commun à tous les verres, en un mot, d’un verre normal.

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Un second point très intéressant de la question est celui de savoir dans l’hypothèse précédente, si ce sont véritablement les minéraux cristallisés par l’effet de la dévitrificalion qui sont en dissolution dans le verre.

La comparaison avec les dissolutions aqueuses tout à fait légitime dans le cas qui nous occupe, ne parait pas justifier cette manière de voir. On sait, en effet, par des expériences variées, qu’en général les sels en dissolution n’ont pas la composition de ceux que l’on obtient par une cristallisation de la matière dissoute.

Les expériences faites au moyen de ladyalise, l’étude des refroidissements produits par la dissolution des sels, enfin l’examen des substances solubles douées delà polarisation rotatoire justifient parfaitement cette conclusion.

Les études des pétrographes contredisent aussi l’opinion que les éléments définis, compris dans une sorte de dissolution au sein d’un verre homogène, soient identiques à ceux que révèle une cristallisation par dévitrification.

Comme exemple, nous citerons ce fait qu’un verre ferrugineux agit très peu sur l’aiguille aimantée, tandis que si l’on soumet ce verre à un recuit qui amène sa dévitrification, on y fait naître aisément des cristaux microscopiques de fer oxyduléet alors la matière est devenue fortement magnétique.

On peut donc dire que le fer oxydulé ne préexistait pas, mais qu’il a pris naissance parla dévitrification.

Ainsi, tout en admettant que le verre est un mélange de corps à composition définie, dont les molécules plus ou moins complexes offrent des groupements déterminés propres à chacune d’elles, nous pensons (jue les molécules en question sont différentes, dans la plupart des cas, de celles qui entreront ensuite dans la constitution des cristaux du verre dévitrifié.

Les phénomènes que présente le sucre de canne suivant qu’il est cristallisé ou fondu, c’est-à-dire à l’état de verre ou dissous, vont nous permettre de faire ressortir avec plus de netteté l’interprétation que nous venons d’exprimer au sujet de la composition intime du verre.

Le sucre cristallisé est dépourvu de polarisation rotatoire ; il possède, au contraire, cette propriété, soit quand il est à l’état de sucre d’orge, soit quand il est dissous; ce fait montre déjà la similitude des verres et des dissolutions ; il montre, en outre, que le réseau moléculaire qui appartient aux cristaux est détruit dans les cas de dévitrification ou de dissolution.

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