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I. — La Verrerie

L’origine de l’industrie du verre en Allemagne peut bien remonter

aux Romains ; en tout cas, les débuts de cette industrie dans nos contrées ont été remarqués par une découverte bien remarquable pour cette époque. Elle consiste dans la substitution à la soude naturelle, employée jadis exclusivement par les Romains, de la potasse que les verriers allemands retiraient des cendres des fourneaux chauffés au bois. Le sable siliceux nécessaire se trouvant en Allemagne en beaucoup d’endroits, la nouvelle industrie fut de suite à même de travailler exclusivement avec des produits du pays, et c’est là précisément l’explication de son rapide et constant développement.

Au moyen Age, l’exploitation minière produisait toutes sortes d’oxydes métalliques ; et c’est grâce à leur emploi dans la fabrication des verres colorés que la verrerie put atteindre, dans cette voie, un si haut degré de perfection ; la richesse et l’éclat des coiffeurs des vitraux des églises du moyen Age démontrent encore de nos jours l’exactitude de ce fait.

C’est dans le xixe siècle que la science vint pénétrer les anciens procédés de la verrerie et son appui fit réaliser à cette industrie, comme à tant d’autres arts anciens, des progrès énormes.

Les travaux de Schwartz apportèrent une réglementation dans la composition des verres, jadis si variable et, pour ainsi dire, dénuée de toute base ; ils permirent aux chimistes de connaître et de juger la constitution du verre, et le domaine de la verrerie fut ainsi débarrassé des procédés de l’empirisme grossier et de ses conséquences trop souvent lâcheuses. C’est alors que s’ouvrit l’ère de la fabrication raisonnée des verres résistants.

Par suite du grand développement de l’industrie de la soude, la potasse, presque exclusivement utilisée d’abord, fut en grande partie remplacée par la soude, et cela principalement pour la verrerie ordinaire. La soude, à son tour, dût céder le pas au sulfate. Mais la grande chaleur que nécessitait l’emploi de ce dernier ingrédient ne pouvant être produite dans les fours des anciens verriers amena l’abandon de ces fours. Le déboisement croissant de l’Allemagne, ne permettant plus d’employer dans la plupart des contrées le bois comme moyen de chauffage, accélérera cette modification. Les difficultés, créées par les circonstances, furent entièrement levées par l’invention due à Siemens, des générateurs à gaz avec récupération de chaleur. Cette méthode de chauffage rendit possible dans l’industrie du verre l’emploi de combustibles de qualité très inférieure, riches en scories, tels que le lignite et autres. Elle permit de les utiliser complètement, avec la plus grande

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économie, tout en donnant des températures qu’il eut été impossible d’atteindre avec les anciens fours. Les résultats de ce nouveau procédé de chauffage se firent vite sentir ; on obtint une clarification plus parfaite du verre, et l’industrie de la verrerie fut à même de se développer dans des contrées où l’absence de bons combustibles la faisait végéter, et qui même, dans certains cas, lui en avait interdit complètement l’entrée. Enfin l’adoption de ce système de chauffage à gaz avec récupération fut suivie de celle des fours à cuves, grâce auxquels on peut rendre continue la fusion du verre, jadis intermittente. De là, une nouvelle économie et une meilleure utilisation de la chaleur. Ce dernier perfectionnement ne peut cependant entrer en ligne de compte qu’autant qu’il s’agit de la préparation ininterrompue d’une très grande quantité de verre de même espèce, comme cela a lieu dans la fabrication des bouteilles et du verre à vitre.

Il n’est pas étonnant que dans ces conditions le chauffage à gaz à récupération, qui a déjà produit de grands bouleversements dans beaucoup d’autres industries, se soit si rapidement et si complètement implanté dans l’art de la verrerie.

Aux constructions Siemens, qui sont les plus répandues, s’est adjoint toute une série d’autres dispositifs qui ont déjà fait leurs preuves.

Le chauffage au gaz ayant acquis une très grande importance dans l’industrie du verre, il n’est pas sans intérêt de se rendre compte du degré d’extension des générateurs à gaz à récupération dans les verreries. On ne possède sur ce sujet aucun relevé officiel ; l’auteur de cette esquisse a donc essayé de retirer des données sur l’extension et l’augmentation du chauffage à récupération, dans les verreries allemandes, de certains renseignements privés puisés dans l’industrie de la verrerie pendant les années 1893 et 1898. Il en résulte les chiffres suivants : Il y avait en 1893, sur un total de 312 verreries, 255 fours à gaz en fonction ; en 1898 le relevé de 324 verreries a donné un total de 320 fours à fusion, chauffés au gaz. On a donc un notable progrès à enregistrer. Parmi ces 320 fours, il y en avait 187 établis d’après le système de Siemens ; 53 verreries utilisaient des fours à cuves de diverses constructions.

La matière première la plus importante de la verrerie est le sable siliceux que l’on trouve en Allemagne, en quantité inépuisable, dans beaucoup d’endroits. Sa teneur en oxyde de fer est d’une importance capitale; en effet, la préparation d’un verre absolument blanc ne peut se faire qu’avec des sables complètement exempts de fer, la moindre

quantité de ce corps se traduisant par une coloration verdâtre. Comme les sables les plus purs se trouvent dans les environs d’Aix-la-Chapelle, dans la Lusace et la Silésie, c’est précisément dans ces contrées que la verrerie est la plus prospère. L’industrie chimique fournit aux verreries des sels alcalins. Quant à la troisième matière première, très importante aussi, les pierres calcaires, on les trouve partout d’une pureté suffisante. Enlin pour la cristallerie, on se sert d’oxyde de plomb ou minium. On appelle verres demi-cristal, des verres qui contiennent de la chaux et de l’oxyde de plomb, et auxquels on ajoute parfois encore, depuis quelque temps, de la baryte. On utilise spécialement ces sortes de verres dans la fabrication des objets en verre moulé.

La fabrication du verre à bouteille, fortement coloré par suite de sa grande richesse en fer, demande une matière première très bon marché. C’est pour cette raison que l’on ajoute très souvent pendant la fusion divers minéraux, spécialement de ceux riches en alcali, comme le granité et le trachyte.

Les verres colorés sont préparés à l’aide d’oxydes métalliques ou d’autres substances colorantes. Le petit nombre des verreries allemandes, dans lesquelles on prépare des verres colorés, est compensé par l’excellence des produits qui en sortent mais qui, même en Allemagne, ne jouissent pas du renom qu’ils méritent. Les substances colorantes jouent aussi un certain rôle dans la fabrication du verre blanc, puisque celles-ci sont utilisées pour corriger les petites colorations produites par le fer. L’emploi exclusif pour cet usage du peroxyde de manganèse a été remplacé dans ces derniers temps avec beaucoup de succès par celui de sélénium et des sels de didymium.

On forme toujours les verres creux soufflés, d’après l’ancien procédé de soufflage à la canne par la bouche. Cependant nombre d’essais ont été tentés pour introduire le soufflage mécanique ; mais ils n’ont eu jusqu’à présent que peu de succès. La nouvelle méthode de moulage de Siévert provoque l’attention générale.

En principe, on verse une certaine quantité de verre sur un fond métallique perforé, puis on renverse l’appareil ; le verre par son propre poids, tombe et aspire de l’air par les trous de la plaque, l’on aide ce soufflage en faisant arriver continuellement de l’air comprimé. D’après ce procédé, on peut préparer des vases en verre de dimensions énormes, impossibles à atteindre précédemment. Une modification de ce procédé consiste à faire reposer la masse de verre liquide pendant ce soufflage sur un support d’amiante humide.

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L’industrie du verre à vitre est particulièrement très développée dans le Royaume de Saxe, la Silésie et dans la Lusace. Le procédé bien connu consiste à fabriquer des grands cylindres en verre, ensuite à les fendre dans le sens de la longueur, puis à les développer en les expo" sant à la chaleur d’un four. Dans quelques usines de Bavière, on fabrique aussi du verre en tables très épaisses que l’on aplanit par un polissage ultérieur.

La fabrication des véritables glaces de grandes dimensions se fait sur des tables en fonte, sur lesquelles on étend, au moyen d’un rouleau, de grandes masses de verre ; on les achève par un polissage de leur surface. Les deux plus grandes glaceries d’Allemagne qui se trouvent l’une à Stolberg, près d’Aix-la-Chapelle, et l’autre à Waldhof, près de Mannheim, sont la propriété d’une société française.

Comparée à la fabrication du verre creux soufflé, l’importance de l’industrie du verre moulé est proportionnellement dans le môme rapport que celle des glaces coulées vis-à-vis du procédé de fabrication du verre en tables. Le développement du verre moulé a été dû principalement à l’influence américaine, mais cette industrie s’est implantée solidement en Allemagne et, dans beaucoup de verreries, elle est rattachée à celle du verre soufflé. Cette branche de l’industrie n’a pu se développer avec succès que depuis l’adoption du chauffage à gaz qui a donné les températures capables de produire la liquéfaction complète du verre et, par suite, sa clarification.

L’industrie du cristal et du verre demi-cristal ne s’est pas développée en Allemagne autant que l’on aurait pu s’y attendre.

Parmi les quelques usines, très importantes cependant, qui se sont consacrées à la cristallerie, la plus considérable est située en Lorraine. La création en remonte à plus d'un siècle. Elle est due, à l’instar de celle de quelques autres usines de la Sarre et de la Moselle, à l’initiative française. La grande verrerie près de Cologne et celle de Silésie, bien connue sous le nom de Verrerie Joséphine, pourraient bien être considérées comme les verreries les plus importantes qui ont été créées par des entreprises allemandes.

Récemment, la reprise de la fabrication de verres artistiques, en cristal à base de plomb, corrodés, taillés, gravés et chargés de teintes multicolores a de nouveau remis le vrai cristal en lumière et démontré l’impossibilité de le substituer par le verre demi-cristal.

Quoique la production des différentes branches mentionnées de la verrerie soit supérieure à celle de la branche vouée spécialement aux

instruments scientifiques, cette dernière n’en a pas moins acquis une importance tout à fait remarquable par suite des progrès extraordinaires réalisés en Allemagne dans la fabrication de cette verrerie spéciale.

Dans cette catégorie rentrent, d’une part, tous les verres employés en optique, et d’autre part, les verres inventés récemment en Allemagne et créés spécialement pour les travaux chimiques et physiques .

L’Allemagne produisait déjà à la fin du siècle dernier des verres d’optiques, et c’est notamment la verrerie fondée dans ce but, en Bavière, par Frauenhofer qui jouissait de la plus grande renommée. Mais, malgré sa grande activité, la production du pays ne parvenait pas à couvrir les besoins de la consommation, et l’on était obligé d’iinporter en grande quantité le flint et le crownglass d’Angleterre et de France.

Lorsque l’on se rendit compte qu’un plus grand perfectionnement de tous les instruments d’optique ne pouvait être atteint que par la production d’une plus grande variété de verres optiques, on créa, sur l’initiative du professeur Abbe, un institut spécial dirigé parle Docteur Schatt, à Iéna, et subventionne par le gouvernement prussien, dans le but nettement défini de rechercher les constantes physiques des verres de compositions différentes . Les succès remportés par le « laboratoire technique de la verrerie », furent tels qu’il se transforma en peu de temps en une verrerie de premier ordre qui fournit actuellement, presque dans le monde entier, les éléments nécessaires aux travaux délicats d’optique. Une série de verres, remarquables par leurs constantes optiques, totalement différentes de celles connues jusqu’à présent, furent le résultat des innombrables essais faits dans cette voie. Il faut surtout citer les verres à la baryte. L’importance acquise par ces verres dans la construction des instruments d’optique a été exposée dans les notices concernant la « mécanique et l’optique » et la « photographie ».

Le laboratoire industriel de la verrerie Schatt ne mit pas) exclusivement ses innovations au service de l’optique; avec le même succès, il s’efforça de rechercher des verres spéciaux pour la construction des appareils de physique et de chimie. 11 fallait, avant tout, trouver des verres ne présentant pas le grave inconvénient de déplacer l’échelle thermométrique ; ce problème fut résolu et, actuellement, les différentes sortes de verre d’Iéna pour thermomètres possèdent cette qualité. Le verre pour appareils, connu sous le nom de verre d’iôna, répond au but précédent et aussi aux exigences les plus grandes, de ré-

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sistances aux agents chimiques. Enfin la verrerie Schatt a créé un verre au barosilicate qui joint à son avantage de se laisser facilement manier au chalumeau, celui d’une forte résistance et d’une difficile fusibilité.

On ne doit pas passer sous silence que, dans cette voie, les découvertes inappréciables de Schatt ont souvent trouvé un appui dans les travaux du môme ordre d’idées de l’Institut physique de l’Etat à Berlin. Mais elles ont certainement aussi contribué pour une part importante au développement général de l’industrie du verre en Allemagne. Quoiqu’il en soit, on est obligé de reconnaître partout que les propriétés des verres destinés à un but chimique ont subi une amélioration considérable.

La présence de la baryte et de l'acide borique dans certains verres d'usines, qui travaillaient précédemment d'après des recettes héritées de leurs prédécesseurs, montre que ces usines prennent maintenant modèle sur la verrerie d'Iéna et tendent à perfectionner leurs produits.

Rappelons à propos des verres d'optique une industrie particulière qui couvre les besoins d’une consommation considérable : l’industrie des verres de montres et des verres à lunettes. Ces verres sont découpés, pour la plupart, dans des ballons, afin de réduire à son minimum la main-d’œuvre de la taille. Cette industrie a son siège principal en Lorraine et dans le Palatinat bavarois. Sa production est si considérable qu’il a fallu lui trouver des débouchés sur les marchés étrangers.

En 1899 on comptait en Allemagne 330 verreries proprement dites et 445 ateliers, occupés à la transformation du verre manufacturé en objets divers. La plus grande partie de ces exploitations se trouvent en Prusse, en Bavière et en Saxe. Le nombre des verreries proprement dites atteignait, dans ce pays, les chiffres respectifs 201,41 et 30 ; tandis que celui des ateliers de transformation était de 103,269 et 29. Le total des ouvriers occupés dans toutes les branches de la verrerie allemande était 65,231, répartis comme suit : 38,247 en Prusse, 8,922 en Bavière, et 7,063 en Saxe.

Les chiffres suivants relevés par toutes les productions de l’industrie des verres, feront mieux ressortir l’importance et la variété de cette industrie en Allemagne.

A. Productions de L’année 1897 .

Nombre de tonnes.

Valeurs en marcs.

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