MAISON DE VERRE
M. Ch. A. Gauthier l'habile architecte, auquel l'Exposition universelle de 1889 a procuré l'occasion de donner de nouvelles preuves de son talent original et primesautier, a bien voulu nous fournir une étude intéressante de l'emploi du verre dans la construction, sous les formes les plus diverses et souvent les plus inattendues.
Il peut être instructif de rappeler les progrès successifs que le verre a permis de faire accomplir aux conditions de l'habitation, en les modifiant d'une façon conforme aux mœurs et aux habitudes modernes.
Le verre n'a été employé tout d'abord dans la construction que comme objet de décoration; il permettait en effet d'obtenir des images polychromes du plus brillant éclat dont les vitraux des xic xne et xnie siècles, qui nous restent, et sont en France les spécimens les plus intéressants.
De son emploi dans la composition des vitraux, à celui beaucoup plus étendu qui peut en être fait pour l'obtention des pièces destinées à éclairer les habitations, il n'y avait qu'un pas que le prix élevé du verre plan de dimensions suffisantes n'a permis de franchir que tardivement.
Les progrès réalisés dans la seconde moitié de ce siècle, en permettant de fabriquer le verre et de le fournir économiquement sous les formes les plus variées et dans des dimensions beaucoup plus considérables ont rendu possible son application à la fabrication de pièces de construction auxquelles il eût été impossible de penser jusque-là. Nous voulons parler en particulier des planchers et toitures, ou employé en
Comble. — Parties rampantes, exécutées en fer et verre. — Pignons, exécutés en fer et briques de verre.
Plafonds transparents de la cour, exécutés en verres de couleur et fer avec parties pendantes pouvant éclairer électriquement.
Plafond transparent du portique, exécuté en verres de couleur et menuiserie.
1er étage. — Cour intérieure et portique : Pans de fer avec remplissage en verre, décoration en verres de couleur et menuiserie ajourée, revêtements en verres de couleur, plancher en fer et verre .
Rez-de-chaussée. — Cour intérieure et portique: Vasques d'épandages avec adduction d'eau par tuyaux en verre. — Pans de fer avec remplissage en verre, décoration en verres de couleur, revêtements en verre, plafond et planchers en fer et verre.
Sous-sol. — Piscine avec adduction d'eau par tuyaux en verre. — Vasques d'épandage en verre. — Salles de bains, salon de repos avec revêtements en verre, cloisons mur et plafond en fer et verre.
épaisseur suffisante et de forme convenable, le verre permet à la lumière de s'introduire dans les profondeurs les plus reculées et jusqu'ici le plus souvent inaccessibles.
Pour la construction des murs on emploie le verre, soit en masses compactes, soit en pièces soufflées et formées de façon à en permettre un assemblage facile dans une carcasse de fers d'angles réunis entreeux par des bandes de fer plats. Les briques ou dalles de verre sont posées verticalement, adossées et jointes à l'aide de mastic, On constitue de cette façon une double paroi dans l'intérieur de laquelle on fait circuler, l'hiver, de l'ai]' chaud; et l'été, de l'air comprimé qui s'y détend et provoque le refroidissement.
Dans ces parois, sont généralement logés les fils électriques et téléphoniques, les conduites d'eau, etc.
Par l'emploi de matériaux en verre, on obtient des surfaces lisses et inaltérables, d'un nettoyage facile, en même temps qu'un isolement parfait qui place les habitants à l'abri des variations de température de l'air extérieur.
On fait en outre, des canalisations de toutes espèces, utilisées soit pour l'adduction de l'eau, soit pour l'évacuation des liquides résiduaires de toute nature .
M. Ch. A. Gauthier a rassemblé, dans les plans ci-annexés. les diverses applications dont il vient d'être question, en les groupant de façon à montrer l'intérêt qu'elles présentent au point de vue de l'hygiène et de la commodité.
Partout l'air, la lumière, les lavages rendus faciles, les impuretés des parois rendues visibles, telles sont les conditions que l'emploi du verre permet seul de réaliser et qui établissent bien nettement le rôle que peu et doit jouer le verre comme coopérateur et agent principal de Phygiène.
Une application du genre de celle dont nous venons déparier a été
faite récemment par M. le docteur Van der Heyden, médecin hollandais, établi depuis plusieurs années au Japon.
Il a eu l'idée d'utiliser la propriété que possèdent les solutions salines de laisser passer les rayons lumineux à l'exclusion des rayons calorifiques provenant d'une source lumineuse quelconque.
Pour cela il divise les murailles de sa maison de verre en panneaux métalliques dans lesquelles on enchâsse de doubles plaques de verre, de façon à former des cloisons étanches, qu'on remplit de la solution saline convenable, d'une façon analogue à celle dont l'eau est introduite dans un aquarium.
Des cheminées d'aérages convenablement disposées servent à la ventilation d'hiver et à celle d'été.
Cette application est intéressante, car on comprend que de semblables constructions permettent de rendre de grands services dans les pays chauds, où une différence de quelques degrés serait très utile et très favorablement appréciée.
On n'a aucun renseignement sur le nombre des applications qui ont pu en être faites .