I. — Urnes cinéraires
(Formes i à 6 du tableau de morphologie générale.)
Les auteurs anciens désignent par les termes de ollœ cineraria:, ollcc ossiiariœ, les vases d'argile ou de verre dans lesquels les Romains renfermaient les cendres de leurs parents défunts (i). Les coutumes funéraires n'obligeaient pas les survivants à adopter une forme spéciale de récipient rituellement consacrée. On découvre des incinérations dont l'urne est un vase quelconque ayant servi aux usages domestiques. Les urnes cinéraires en verre sont de formes très variées. Sporadiquement, les os calcinés du mort ont été déposés dans des récipients formes7, 8, 13, dans des bouteilles à panse prismatique (2), dans des canthares, dans des vases plastiques (urne en forme de poisson, découverte à Coningsheim, signalée par Montfaucon) ; mais le plus souvent les ollo! cincrariœ de verre appartiennent aux tyjDes i à 6 du tableau de morphologie générale. Ces types ont primitivement servi de vases à provisions (on en a la preuve par quelques exemplaires du musée de Naples qui contenaient, lorsqu'ils furent mis au jour, des restes de fruits, de vin
(i) Ti'Olla, chez les anciens, était uti récipient d'usage domestique d'assez grande dimension, destine à contenir toute sorte de provisions solides et liquides. I,e ternie d'olla, appliqué à un pot, existe encore dans la langue espagnole nioderne {Olh podrui'i) (voy. Dictionnaire des Antiquités de Saglio, t. IV, prcmii'-re partie, p. 171).
(2) Une grosse urne à panse hexagonale a été publiée par F. Moreau dans l'.'l Iburn Caranda, pi. 2, nouvelle série. Elle a été découverte le ii octobre 1880, au cimetière de Brény Aisne). .\u milieu des cendres qii^elle contenait, on a recueilli un bronze de Domitien (51 à 96).
DESCRIPTION GÉNÉRALIv DES TYPES.
et d'huile). Plus tard, principalement dans l'Ouest européen, ils furent exclusivement réservés aux usages funéraires. Ils constituaient,
l^G. II. — Couvercles d'urxes cixér.ures : A. Séguret (183S). Musée d'Avignon, n" S. — B. Vaison (1842). Musée d'Avignon, n" 9. — C. Poitiers. Musée de Saint-Germain, n" 30304.
surtout au ii^ siècle, les récipients normaux des incinérations de la classe aisée de la société (i). Leur aire géographique est assez étendue ; elle comprend la Gaule entière jusqu'aux bords du
FiG. 12.
OPERCui-ni DE TERRE CUITE. — Couvercle d'uiie unie cinéraire trouvée à Reims. Collection Morin-Jean, à Paris.
Rhin (2), la Grande-Bretagne, l'Espagne, l'ItaHe et le nord de l'Afrique (3).
(x) Beaucoup d'entre eux sont parvenus jusqu'à nous en excellent état de conservation, parce que les Romains avaient l'habitude de les enfermer, soit dans ime cuve de pierre à opercule (fig. 332), soit dans luic amphore de terre cuite coupée par le miheu, soit dans une boîte formée par des tuiles.
(2) Beaux spécimens découverts à Cologne (Bonncr Jahrbuchcr, 1906, p. 392, pi. XXII) et à Strasbourg (Straub, Le cimetière gallo-romain de Strasbourg, tombe 87, p. 69, pi. II).
(3) Nombreux spécimens découverts à Carthage.
Bien que la Grèce, la Syrie et l'Egypte n'aient livré aux fouilleurs que très peu de ces récipients, il n'en est pas moins vrai qu'un assez grand nombre de ceux découverts en Occident doivent être considérés plutôt comme des produits d'exportation alexandrine que comme des vases de fabrication indigène.
Les types i, 2 et 3 sont souvent bouchés à l'aide d'un couvercle {operculum) de verre surmonté d'un bouton pour faciliter la prise
FiG. 13. — Urxe de vereb s.\ns anse (à l'intérieur : ossements calcinés, lampe d'argile et fond de fiole de verre ayant subi l'action du feu). Environs d'Arles. Musée de Saint-Germain. Salle XV, n° 8351.
FiG. 14. — Oll.\ cinerajîi.i des environs d'Arles. Musée de Saint-Germain. Salle XV, n" 8350.
(pi. 4 et fig. II). Ces opercula sont des copies, plus ou moins fidèles, des couvercles d'argile des poteries grecques : pyxides, amphores, loutrophores (fig. i6). Les ollœ de verre ne sont pas toujours pourvues d'un couvercle de même matière.
On en trouve dont l'opercule consiste soit en une tuile posée à plat sur l'embouchure, soit en un bol de terre cuite placé sens dessus dessous, soit en un couvercle destiné primitivement à un récipient
DESCRIPTION GÊNÊRAIJ' DEvS TYPES.
qui n'était pas en verre [couvercles de plonil) (i), d'argile (2)].
Forme i. — Olla sans anses. — Panse globulaire dont le profil décrit une belle courbe ; embouchure ourlée type i, fig. 6 et 7.
Pas de pied (base très simple constituée par une dépression ménagée sous la pause). Couvercle à bouton (fig. 13).
Voila I est une copie, en verre, des urnes d'argile déjà en usage
Fig. 15. — Urne cixéraike. — Poitiers (ciniclicrij des Dunes). Musée df VHntd de Ville, à Poiliers.
à l'époque gauloise (période dite La Tène III). Le verrier s'e.st inspiré du céramiste jusque dans la forme du couvercle (fig. 12).
Toutes les ollœ se rattachant à la forme i présentent les mêmes caractères généraux, mais n'appartiennent pas à un modèle unique, figé, invariable.
(i) Une unie forme i, recouverte d'un opercule de plomb gravé, a été trouvée à Vitry-le-Frauçois [Fontaine Serniaize] en 1851. (Collection Pierpont-Morg.'VX, ancienne collection J. Gréau; voy. Froeh- NER, CoUeclion J. Gréau, n" 1531, pi. 274). Une autre urne à couvercle de plomb figure a\i Jlusée National bavarois à Munich (n" 1189).
(2) Une unie forme î, recueillie à Vaison, décrite plus loin (p. 50, note i), avait un couvercle d'argile.
Elles diffèrent en cela des récipients modernes qui sortent de fabriques où la main de l'ouvrier joue chaque jour un rôle moins grand, où la machine et le moule créent mécaniquement des milliers d'objets d'vine monotonie désespérante.
Elles varient beaucoup dans les détails ; quelques-unes s'éloignent très sensiblement du type primitif (fig. 14). Sous les Antonins, maints exemplaires sont munis d'un pied annulaire.
La pâte vitreuse des urnes forme i n'est pas toujours de la même
Fig. 16. — I,ouTRornoRi-;s de teiuœ cuite GRECQUES. — Types à figures rouges : A. Du Vs. av.J.-C. — B. Du iv°s. av. J.-C. — Musée (V Athènes.
l'iG. 17. — Urne cinér.mre. — AIiisù' de Saitil- Germain. Salle XV, n° 264S9.
qualité. Celle des pièces les plus anciennes, des olhr du Romain I, a été soufflée à haute température ; elle est assez épaisse et fortem.ent colorée en bleu-verdâtre comme toutes les verreries alexandrines. Celle des urnes de la fin du ii*^ et du iii^ siècles est ordinairement moins pure ; elle est quelquefois remplie de buUes d'air ; elle est jaunâtre, verdâtre, souvent même incolore.
L,es o/lcr forme i deviennent rares à partir de la seconde moitié
DESCRIPTION GÊNÉRAIvE DES TYPES.
du iii*^ siècle, mais ne disparaissent qu'à l'époque constantinienne, en même temps que la coutume de l'incinération.
Forme 2. — Olla à anses établies dans deux plans parallèles. — Panse globulaire ; col large relié à la panse par des courbes plus ou moins moelleuses. Anses en M (Voy. p. 36, pi. 2, i ) partant de l'épaule du vase et montant verticalement jusqu'au-dessous du
AjolinjM>)-
Pio. 18. ITrn-e crxÉR.URE. — Poitiers (cimetière des Dunes). — Muuc de Saint-Germain. .Salle X\',
rebord de l'embouchure. Pied fondu dans la panse. Couvercle à bouton (fig. 15 et pi. 4).
Ce type d'urne emprunte sa forme à la loidrophorc d'argile des
Grecs (fîg. 16).
La loutrophorc grecque est un va'^e analogue à l'amphore, mais muni: 1° d'anses qui, dans leur forme et dans leur disposition, rappellent celles des cratères ; 20d'un pied aussi haut que le vase lui-mêm€. Voila forme 2 est la copie d'une loutrophore dont on a supprimé le grand pied. On peut la considérer comme le terminus d'un type
de vase qui était déjà en voie de formation dans la céramique du viii*^ siècle avant notre ère (i), qui a atteint sa plus grande perfection aux v*', iv^ siècles avant Jésus-Christ (fig. i6) et qui, à l'époque romaine, s'est transmis du répertoire des potiers à celui des souffleurs de verre.
Parmi les divers modèles d'urnes de verre se rattachant au type no 2, nous signalerons comme particulièrement remarquables : les
Fig. 19. — Urne cinér.'ure, découverte à Fig. 20. — Urne cinéraire trouvée eu Gaule. — Musée Ruffieux, eu 186S. — Musée de Lyon. du Louvre. E. D., 1527.
ollcB à anses (p. 36, pi. 2, ty^e ■/) (fig. 17) et les urnes dont les anses en M se développent au détriment de la panse (fig. 18 et 19) (2).
L/'olla 2 et ses variantes sont très répandues en Occident dès le miUeu du ifi^ siècle de notre ère, comme le prouvent les nombreux exemplaires de Pompéi. Dans les premières années du n^ siècle, leur col se détache moins nettement de la panse et se rétrécit vers la partie supérieiure.
(i) Vases de style géométrique dipylien. Voy. Collignon et Couve, Catalogue des Vases peints dit musée national d'Athènes, pi. XVI, n" 348.
(2) Il est intéressant de remarquer que les anses des loutrophorcs grecques se sont développées de la même façon • assez basses dans les spécimens du v' siècle (A, fig. 16), elles s'allongent dans les exemplaires du rv« (B, fig.tô).
DESCRIPTION GÊNÊRAIvE DES TYPES.
Forme 3. — Olla à anses établies daits nu même plan.
Panse
FiG. 21. — Urne cinér.ure. — Musée de Saint-Germain. Salle XV, u» 31778.
globulaire dont le dessous est aplati pour assurer la stabilité du réci-
FiG. 22. — Urxe cinér.\ire. -^ Musée d'Avignon.
pient. Col court. Anses p. 36, pi. 2, type y. d'un style vigourevix, posées l'une en face de l'autre, dans un même plan (fig. 20, 21 et pi. 5).
LA ^-ERRERIE EN GALXE SOUS Iv'E:MPIRE ROMAIN.
C'est la façon dont les anses sont placées dans les amphores grecques de terre cuite.
lycs ollœ forme 3 sont contemporaines des urnes formes i et 2.
FiG. 23. — Urne CINÉRAIRE. — Poitiers. Musée de Saint-Germain. Salle XV, n" 30318.
Ce que nous avons dit sur la qualité de la pâte vitreuse des urnes forme i s'applique aux formes 2 et 3.
Une olla forme 3, recueillie à Vaison (Vaucluse), dans la vigne de M. Guyon, doit être mentionnée à part, en raison des objets qu'elle contenait. C'est une urne de 16 à 18 centimètres de hauteur, munie d'un gros.sier couvercle d'argile. A l'intérieur du vase étaient des ossements calcinés, une ampoule de verre sans intérêt et une figurine
FiG. 24. — Urne ciNÉR.'iiRE A cotes ex relief. — Musée de Coblence.
funéraire égyptienne, un oushabti de terre émaillée mesurant 11 centimètres et demi de longueur (i).
Forme 4. — Panse ovoïde. Pied fondu dans la panse. Anses type [j.
(i) Ce curiem; mobilier funéraire, conservé à Paris, au musée Guimet, a été décrit, avec figure, par M. E. GuiMET, dans la Revue Archéologique, t. XXXVI, année 1900 : Les Isiaques delà Gaule.
DESCRIPTION GENERAIvE DEvS TYPES.
(pi. 2, p. 36) . — Couvercle à bouton. L'application, à une olla cineraria, d'anses dont la forme est empruntée à la technique du métal, est un fait assez rare qui mérite d'être signalé. Iy'o//cr, que nous reproduisons
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