SCENE HUITIÈME
OCTAVE
Il suffit, madame ! (a pari.) Ah ! ma foi tant pis, puisqu’il n’v a plus d’autre moyen.
HERMINE
Eh bien! monsieur?
OCTAVE, hésitant.
Eh bien!., madame, (a pan) D'ailleurs, il doit être là...
HERMINE
Eh bien?
OCTAVE, descendant arec résolution.
Eh bien! non, rtiadame... je ne partirai pas!
HERMINE, surprise.
Tous ne partirez pas?...
OCTAVE
Non, madame... sans avoir au moins dissipé les préventions injustes qui m’ont aliéné votre amitié... une amitié d’enfance qui m’était si chère et que je croyais inaltérable.
HERMINE
Mais, monsieur...
OCTAVE
Car vous m’aimiez autrefois,. Avez-vous oublié les beaux jours de notre jeune âge? .. Leur souvenir ne m’a jamais quitté, moi!... Votre mère était sieur de la mienne. Accuedli dans sa maison comme un fils, j’étais traité par vous , comme un frère.
HERMINE
Ce temps est loin de nous.
OCTAVE
Il me semble que c’était hier! (a part). M’écoute-t-ilau moins? (Haut) Nous avons grandi côte à côté!... En môme temps que les années faisaient, de moi un homme, de vous une jeune tille, elles voyaient croître une amitié tendre et confiante qui semblait ne devoir lin ir jamais !
HERMINE
Ne rappelez pas ces souvenirs!... (Elle s’assied sur le fauteuil
à l’extrême droite. )
OCTAVE , b part.
On dirait qu’elle s’émeut! (liant.) Et pourquoi ne pas rappeler ces gracieuses images d’un passé regretté. Parce qu’elles diffèrent trop, n’est-ce pas, de ce triste présent... En effet, j’ai peine à reconnaître aujourd’hui la jeune fille confiante et rieuse du temps jadis...
HERMINE
Monsieur!...
OCTAVE, de pin» en plu» tendre.
Alors, vous ne m’appeliez pas : monsieur!.,. Vous me disiez Octave... Tout était commun entre nous. Mes joies faisaient vos joies, vos peines étaient mes chagrins!... Pourquoi n’est-ce plus ainsi?
HERMINE
Ah! pourquoi...
OCTAVE
Oui, pourquoi? {a part.) Elle se trouble! (Haut.) C'est qu’un jour, un tiers s’est placé entre nous, un jour... vous vous êtes mariée...
HERMINE
Monsieur, je ne vois pas quel rapport mon mariage peut avoir avec...
OCTAVE
Votre 'mariage!.., mais c’est de lui que vient tout le mal...
HERMINE
Que dites-vous?
OCTAVE
Oui... si je me suis plongé dans une vie de désordres, c’était pour oublier vos froideurs, vos dédains... Vous me demandez pourquoi j’ai gaspillé ma vie!... Eh bien! quand je vous aurai dit que vous ne m’aimiez pas et que je vous aime, Hermine, je vous aurai tout dit.
HERMINE, dans le plus grand trouble, se ierant et passant.
N’achevez pas... sortez d’ici, monsieur!
SCÈN'E HUITIÈME
OCTAVE *
Hermine !...
HERMINE
Assez, monsieur, assez! Épargnez-moi cet aveu tardif de votre amour.
OCTAVE, à pari, stupéfait.
Tardif!... Alors si j’étais venu plus tôt?...
HERMINE
D’un amour désormais outrageant... Et quelles tristes preuves invoquez-vous? Vos désordres, vos folies, dont vous le rendez complice... Quoi?... l’on aime une femme, on n’a pas su s’assurer de ses sentiments...
OCTAVE, part, même jeu.
Où allons-nous?...
On l’a laissée se marier, et l’on va gaspiller près de vingt autres une vie qu’on aurait dû lui consacrer... Et c’est aimer cela?... Ah ! le pauvre amour !... et qui veut qu’on le plaigne! Ne serait-elle pas plus à plaindre la femme qui aurait fait d’un rêve de jeune fille sa pensée constante et l’espoir de toute sa vie ?
OCTAVE, à part.
Aïe!... dans quel guêpier m’a-t-il fourré?
hermine.
Qui, poussée par sa famille, délaissée de celui qui aurait dû la comprendre, se serait mariée à regret.
OCTAVE, à part. . . ,
Eh bien! s’il n’est pas content!
HERMINE
Une femme enfin, qui luttant sans cesse contre ses souvenirs... cherche à oublier dans une vie austère, à expier par des pratiques pieuses, cet amour... source de tant de pleurs, de tant de combats...
* Hermine, Oui ire.
:ïo
OCTAVE, k part.
Qu’est-ce qu’il attend, pour faire sa scène?
il i; n m i n e .
Oh! cette femme-là serait véritablement à plaindre !... car elle aurait souffert, car elle aurait aimé.
OCTAVE, ahuri.
Je vous en conjure, Hermine, ne mo dites pas que vous m’aimiez...
HERMINE
Moi?... j’ai dit...
OCTAVE
Ce serait me donner des regrets éternels.
HERMINE, remontant.
Non!... ne croyez [tas !... Ah! partez, partez, monsieur !
OCTAVE
Partir!... (a part.) Imbécile! mari, va! (Haut.) Partir quand vous m’aimez!... (A part.) Ah! le voilà! (n se jette à ses pieds. Hermine! (Marthe parait, les aperçoit et pousse un cri.)
MARTHE
Ah! (Elle tombe assise près de la porte du fond.)
OCTAVE
C’est Marthe!
nERMÙNE.
Je suis perdue! (Elle s’enfuit à gauche, Octave h droite, Marthe reste sur ua fauteuil- la tète dans ses mains.) %,