‹ La vertu de RosineChapitre 19 sur 22 · LE DERNIER RENDEZ-V0J · texte numérisé non relu

LE DERNIER RENDEZ-V0J

Ce jour-là y on déjeuna gaiement , selon la coutume, chez Edmond La Boche, deux par deux, comme les vers alexandrins, gui se becquètent par la rime.

Au dessert, vers deux heures, on apporta une lettre à l'étudiant.

— Un cachet noiri dit-il.

-— C'est égal, dit la voisine, c'est tout de même une lettre d'amour, car c'est uns lettre de femme. Voyez, messieurs, voyez plutôt l'écriture.

Un étudiant en médecine, qui avait bu plus que de coutume, et qui commençait à y voir double, saisit la lettre sans façon, et déclara qu'il allait la lire tout haut à Tauguste assemblée.

— Je te défends de briser le cachet I dit Edmond La Roche.

Mais les femmes qui étaient là prirent le parti du lecteur extraordinaire.

— Il la lira I dirent-elles en enchaînant Edmond La Roche dans leurs bras.

— Gela nous donnera des leçons de style, dit Tune.

— Dis plutôt des leçons de vertu! s'écria Tauti*e; car on sait qu'Edmond La Roche est uq homme à sentiments invraisemblables.

L'étudiant en médecine était monté sur une chaise : il demanda le silence et déploya la lettre avec gravité.

— Tambours de Gupidon, battez aux champs I dit-il en imitant le roulement du tambour.

Et il lut à haute voix, en indicpianf les curiosités de Torthographe :

• C'est v/n aUieu, voila pour quoi fai le courage t devons écrire. Jevoullaiz allé jusque chez vous; a mais-, ce que je veux vous dire, je ne veux le a dire qu'a vous , et j'aurais fait saîidoutte encore a quelle que rancontre qui mût empêché de parlé» « Quant je sonje que nous demev/rons presque porte « a porte ^ et que nous somme si loin lun de l'autre! a Vint marche me séparait du bonnev/r. Je ne veux oc pour tant pas amporté mon secret la haut. Je vous « aime... je vous ai aimé... Si je savait que mon a souvenir vov^ fut cher, je mourrais consolée. Mon « pauvre cœur demandait à vivre, et il demandait e si peu ! battre un instant sur le votre, et mourir

« Tai été bien maleureuse, je vous aimais, et vous « aimié tout le monde. Cet égale, je remerci Dieu € de vous avoir rancontré. Si vous ne mavez pas c oublié, car a peine savé vous mon nom, venez me ft voire. Je suis au dessoiLS de vous, oui, dans le c mime hôtel, au n® 13, et vous au n* 17/ Je vous t ai rancontré vint fois ; mais vous ne mavé pas

• vue, car vou^s nétié pas seul. Je vous âttandré « jusquau soir, jusqua demain matin. Demain ma- « tin^ il serait trot tart, et je partirais sans un der- « nier adieu.

t Pour toiU Vamowr que j'ai eu pour vous, ap-

• porté moi des mollettes. Vous savé , ces pauvres « chères petites fleurs qui vom ont arrêté un joui « sur le pont au Change.

c Rosine. »

La lecture de cette lettre fut d'abord coupée de

cris moq[ueurs et d'éclats de rire. Edmond La Roche se moquait et riait comme les autres, ne sachant pas d'où lui venait cet adieu. Mais, tout à coup, quand il reconnut Rosine, il se détacha violemment des trois femmes qui Tenchaînaient, se jeta avec fureur sur l'étudiant en médecine et ressaisit la lettre d'une main convulsive.

— Rosine I Rosine! d t-il en portant la main à son cœur.

Et il s'élança dans l'escalier, sans prendre le temps de mettre son chapeau.

La clef du no 13 n'était pas à la porte.

Il sonna, il sonna encore, il arracha la sonnette : on ne^ rjépondit pas.

Il descendit les trois étages.

— Mademoiselle Rosine? demanda- 1 -il au

portier.

*-Vous savez où, lui répondit-on. Au troi-

sième, la première porte à droite. Mais, j'y pense, mademoiselle Rosine m'a dit de vous remettre la clef, si vous la demandiez.

Edmond La Roche prit la clef et remonta d'im Irait. Son cœur battait violemment guand il ouvrit la porte.

Uu demi-jour pénétrait à peine par les jalousies. RosiiiE était couchée sur son lit, que protégeaitun clirist d'ébène. Elle semblait se cacher la figure dans lâs mains.

— Rosine, vous pleurezl dit Edmond La Roche eu alknt doucement à elle.

Rosine ne l'entendit pas.

Il fmba agenouillé devant le Ut et lui saisit la maiii.

— mon Dieul s'écria-t-il avec effroi.

11 souleva Rosine et la regarda d'un œil égaré.

— Rosine! Hosine I c'est impossible ! répondez* moi...

Rosine ne répondit pas.

Presque au même instant l'escalier retentit de cris et de rires.

C'étaient les convives d'Edmond Laroche, qui ravalent suivi pour assister à son rendez-vous. Il voulut se jeier à leur rencontre et les précipiter dans l'escalier; mais, anéanti par sa douleur, il n'eut pas ia force de faire un pas. D'ailleurs, il soulevait toujours Rosine, il ne voulait pas laisser retomier cette Manche et chère tête sur l'oreiller.

A ce spectacle, l'étudiant en médecine pâlit et se trouva dégrisé

— La pauvre femme ! dit-il en s'approchant du lit avec respect.

Les trois femmes se turent, pareillement saisies de respect. Edmond La roche ne disait pas un

mot, il ne détachait pas ses yeux de la morte.

— Qu'y a-t-il? demanda Tune des femmes.

— n y a, dit l'étudiant en'médecine après avoir examiné la morte, il y a que cette belle fille s'est empoisonnée.

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