LA ROBB DB SOIE A TRENTE SIX -VOLANTS
ODOÎque Rosine n'eût point ThaLitude de cher cher à surprendre les secrets, un matin, ayant à parler à Georgine, elle s'arrêta à la porte du boudoir, un peu retenue, il est vrai, par la crainte d'importuner. Elle entendit prononcer son nom. Georgine était avec son ancienne compagne d'a- Tentures, mademoiselle Olympe, qui lui parlait 4'une promenade à Saint-Germain.
Toid ce que Rosine entendit :
—Oui, ma chère, M. Octave, celui-là qui fleurit
tous les jours sa boutonnière d'un camellia, depuis qu'il a vu Rosine, en est affolé; il veut à toute force la prendre pour sa maîtresse.
— Quelle idée !
— Gomme il espère que tu seras favorable à ses nrojets, il te donne ce bracelet.
— Crois-tu que les pierres ne soient pas fausses?
— Es-tu béte ! Octave est un homme comme il Ëiut. C'est décidé , n'est-ce pas? nous allons toutes les trois à Saint-Germain, où ces messieurs ont une maison de campagne; attiffe Rosine avec coquetterie, fais-la coiffer et donne-lui ton collier de perles fausses.
Rosine s'éloigna avec indignation.' Elle comprît que, grâce à sa figure et à sa pauvreté, sa vertu ne serait nulle part à l'abri ; que le mauvais esprit la reconnaîtrait et la suivrait toujoiuis, soit qu'elle se couvrit de haillons, soit qu'elle se couvrit
de soie, de dentelles et de bijoux. Elle se mft à pleurer.
— Je n'irai pas à SaintrGermain , dit-elle en essuyant ses larmes.
 peine avait-elle dit ces paroles, que Georgine, Tenant à elle, lui ordonna de se coiffer et de s'habiller pour l'accompagner dans une pro« menade à la campagne.
— Hâtez-vous , ajouta Georgine ; mettez ma
robe de soie lilas à triple carillon. A propos , j'ai
là un collier de perles qui vous ira bien ; je vous
le donne.
Disant cela, Georgine passa le collier au cou d6
Bosine, qui ne savait que répondre. La pauvre
fille alla dans ie cabinet de toilette dont elle avait
fait sa chambre, bien résolue à ne point s'habiller.
liais eUe ne put s'empêcher de voir un peu dans
une glace quelle figure elle faisait avec le coUier.
— Hélas I dit-elle, c'est dommage, car cela me va si bien t
Hosine voulut détacher le collier ; mais le dia* ble y avait mis la main ; elle demeura longtemps devant le nûroir, égarée par mille songes fée* hques.
— Pourquoi dirais-je non? murmura-t-elle.
Dieu m'en voudra-t-il parce que j'aurai pris un peu de place au soleil?
£t conune elle songeait au complot formé contre elle :
— Non, non, jamais à ce prix-là I
Elle saisit le collier et le jeta sur lé tapis.
— Eh bien, Rosine, avez-vous fini? lui cria sa maîtresse.
— Oui, madame. — Que vais-je devenir? se demanda Rosine. — Une idée 1 c'est Dieu qui me l'envoie !
Elle ouvrit une armoire où elle avait déposé ses pauvres habits.
— Hélas ! dit-elle en les dépliant, est-ce cpie je pourrai jamais remettre ces habits-Ià? c'est impossible I on me suivrait dans les rues. Est-il croyable que je sois venue ici avec ces haillons?
On ne perd jamais l'habitude du luxe, mais on se déshabitue si vite de la misère ! Rosine soupira.
— ma mère ! dit-elle en baisant sa robe d'in* dienne avec respect.
— Eh bien, vous êtes donc folle ? dit Georgine sur le seuil ; je vous attends. Que signifie tout ce désordre?
— Je ne puis pas parvenir à m'habîller, dit Rosine.
«- La niaise I Voyons, laissez -vous faire.
Olympe, viens donc à notre aide.
Lés deux amies s'empressèrent d'habiller Rosine. En moins de dix minutes, elle fut parée de la tête aux pieds.
— Vous voilà belle comme une mariée , dit Olympe.
— Une mariée I murmura-t-elle tristement.
Mademoiselle Georgine ne craignait pas de faire le mal. Avec cette belle idée qu'elle avait été changée en nourrice, elle espérait qu'au jour du jugement dernier sa sœur de lait porterait le poids de ses péchés, tandis qu'elle recueillerait la récompense des vertus de la mère de famille, car l'autre s'était mariée et faisait souche.
Mademoiselle Georgine , mademoiselle Olympe et Bosine sortirent toutes les trois, préoccupées de sentiments divers. Elles descendirent à la rue
Saint-Lazare, devant aller à pied jusqu'au che* min de fer. Les deux amies se prirent par le bras ; Rosine les suivit, d'abord pas à pas, ensuite à légère distance : bientôt, fière et résolue, elle s'envola comme un oiseau gui recouvre la liberté.
Où alla-t-elle ?
Elle descendit la rue Laffitte. Sur le boulevard, ne sachant plus son chemin, elle s'approcha d'un Auvergnat et lui demanda tout en rougissant, connue si elle lui eût confié im secret :
— Où est la rue de la Harpe?
Mais, quand Rosine arriva devant la rue de là Harpe, elle s'arrêta, croyant qu'elle n'aurait pas le courage d'aller plus loin.
— Mon Dieu ! dit-elle en regardant l'hôtel de Paris, si je ne vais pas là, où irai-je?
Elle avança lentement, pâle comme la mort.
aveuglée par mille visions flottantes. Elle ne remarqua pas un élégant coupé à deux chevaux en station devant l'hôtel, ce qui était un événe* ment dans la rue. Les étudiants venaient d'ou« vrir leurs fenêtres pour chercher à découvrir le secret de cette visite aristocratique. Ils avaient déjà échafaudé vingt romans fort compliqués dont leur voisin était le héros.
Avant d'entrer, Rosine leva la tête, comme si son regard dût avertir Edmond La Roche. Elle fixt très-confuse de voir aux fenêtres toutes ces figures insouciantes couronnées d'un nuage de fîimée.
Elle avait à peine regardé qu'elle se dit ?
— n n'est pas à la fenêtre.
Elle avança le pied sur le seuil de la porte. Elle était éblouie et ne savait plus bien oiù elle allait.
Au pied de l'escalier, elle demanda d'une voix étouffée M. Edmond La Roche.
— Numéro 17, lui répondit-on.
Elle s'égara durant quelques minutes; elle monta d'abord trop haut, elle redescendit trop bas ; enfin le numéro 17 frappa ses yeux dans l'ombre conmie des traits de feu.
— S'il n'était pas seul 1 dit-elle avec terreur. Elle écouta. Cet hôtel de la rue de la Harpe
est un des pluis agités du quartier, — à toute heure du jour, — souvent à toute heure de la nuit, — on y vit bruyamment ; ce n'est pas dans le pays latin que l'étude et l'amour aiment le silence. Rosine entendit donc des cris, des chansons, des éclats de rire. Il lui fut impossible de reconnaître si l'on parlait dans la chambre d'Edmond La Roche.
Enfin , eUe frappa légèrement et écouta avec
anxiété ; on la fit attendre ; elle allait frapper
une seconde fois, quand elle distingua un bruit
de pas.
Presque au même instant Edmond La Roche,
vêtu d'une longue robe de chambre à la chinoise, ' Tint ouvrir en homme tout disposé à renvoyer la ' visite à des temps meilleurs.
— C'est moi, dit-elle naïvement.
D ne reconnut pas la marchande de violettes ^ j sous sa brillante métamorphose.
^ . Toute consternée par un pareil accueil, Rosine ' i n'osait pas entrer.
^ — Je suppose, dit l'étudiant, que vous vous ' . trompez de porte, il y en a tant ici ; permettez- ^ moi de vous indiquer votre chemin.
— Mon chemin ? est-ce que je le sais moi- ^ Imême? Pardonnez-moi de venir pour si peu :
Toilà, monsieur, une pièce d'or que vous avex
oubliée, il y a huit jours, sur mon évenfaîre...quand j'étais bouquetière sur le pont au Ghangei
Tout en disant ces mots, Rosine prit la petite pièce et la présenta à Edmond La Roche, qui ne comprenait encore que vaguement.
Comme elle avait reculé d'un pas, un rayon de lumière viot frapper sa figure.
— Ah I c'est vous, dit Edmond La Roche avec un sourire inquiet ; comme vous êtes devenue belle I Est-il possible! je n'y comprends rien; mais i Paris est-ce qu'on a le temps de comprendre?
n prit la main de Rosine et la conduisit deux portes plus loin.
— Où allons-nous? demanda timidement la jeune fille.
•» Attendez, répondit-il en frappant ; que ceci ne vous inquiète pas. C'est mon meilleur ami,
LA VERTU DE lOSINE 87
car je ne suis pas seul, j'ai une visite dans mon cabinet. — Eh bien ! — on ne répond pas. Diable!
Edmond attendit en silence, sans tàt)p s'impatienter, quelques secondes encore.
^ Hais, monsieur, expliquez-moi...
— Tant pis, poursuivit-il, comme se parlant à lui-même, retournons par UL
n reconduisit Rosine à la porte de sa chambre, n entra et dit à une jeune dame qui était avec lui:
^ Passe dans mon cabinet de travail, j'ai là un ami qui a un secret à me confier.
n revint à la porte.
-* Entrez, dit-il à Rosine.
EUe entra sur la pointe des pieds.
— Tenez, asseyez-vous devant le feu. Gomme TOUS êtes joHé ! morbleu ! quels atours 1 on ne change pas si subitement sans quelque baguette
euchantée. — Ah I fille d'Eve, qael a donc été le démon ? — Je vous en veux beaucoup de n'être pas venue me charger du soin trop doux de vous habiller ainsi.
Edmond La Roche disait toutes ces choses sans parler trop haut, d'un air tout à la fois curieux et distrait.
— Ecoutez-moi, dit Rosine, car il faut que vous sachiez toute la vérité. Ne commencez point par me condamner. Ces beaux habits qui vous offusquent ne sont pas à moi.
Elle baissa la tête pour cacher sa rougeur.
— Vous me raconterez cela plus tard, dit Edmond La Roche.
— Non, tout de suite, car vous avez l'air de douter...
— Allons, allons, se dit Tétudiant avec un peu d'impatience, cela devient trop édifiant.
Elfe va me raconter Tétemelle histoire ou'elles racontent toutes. Encore , si Caroline n*était pas là, je pourrais bien prendre le loisir d'écouter.
— J'aurai bientôt fini, poursuivit tristement Rosine. Vous ne connaissez pas madame de Saint- Georges? J'ai passé huit jours chez elle sans savoir où j'étais. Voyez à mes habits ce qu'elle voulait faire de moi : on m'appelait déjà la mariée. Ces habits que j'ai là sont ma première^ mais ma seule faute. Ils ne sont pas à moi, mais je n'ai jamais eu la force de reprendre ceux que je portais quand vous m'avez rencontrée. On voulait me parer pour un autre, j'ai gardé les habits et je suiB venue ici.
On n'avait jamais conté ime histoire avec une plus simple éloquence. C'était la vérité qui pariait.
— - Oh! oh ! pensa Edmond La Roche en regardant la porte de son cabinet. Voilà un jour de noces qui se présente mal.
— C'est Dieu qui m'a conduite, pourstuTit Rosine en rougissant. — N'est-ce pas, moa<sieur, que vous me sauverez? car je vous aime, vous.
Disant ces mots, elle baissa la tâte et essaya ses larmes.
Edmond La Roche lui prit la main, la regarda avec admiration, et, avec l'accent d'un cœur profondément ému, il lui dit :
— Vous voulez que je vous sauve? C'est bien : je vous aimerai.
Un silence suivit ces paroles. Rosine porta la main à son cœur comme pour empêcher Têtudiant d'entendre qu'il battait fort.
— Voyez, reprit le jeune homme, voilà notre
LA VBRTU DE BjOflIifE 9t
nid. Tout te que j*ai est à vous, poursuivit-il en raillant on peu.
Il indiquait du doigt quelques meubles surannés d'hôtel garni.
— Mais, reprit-il en traînant son unique Êiuteuil devant Rosine, que £aiut-il pour être heu« i«ux?Du temps à perdre. Le bonhem-, c'est le temps perdu de la jeunesso.
IBS JEUX DE l'amour ET DE J&A DESTINAS
Rosine ne voulut pas s'asseoir ; elle s'approcha de la cheminée et présenta ses pieds devant le feu.
Elle regardait à la dérobée la chambre de l'étudiant. C'était ime chambre garnie — - d'hôtel garni : un lit, un fauteuil^ une chaise, ime commode et ime table. Des livres de droit étaient épars depuis la porte jusqu'à la fenêtre ; deux gravures anglaises ornaient les murs revêtus i'xm papier bleu, à légers ramages. Le manteau
de la cheminée était sillonné de pipes ; la commode était chargée de chiObns, de cravates cl de gants. Le désordre de cette chambre attestait un esprit distingué et paresseux qui n'avait pas trop de temps pour étudier, pour rêver à sa fenétiis ou pour vivre.
«— Ah ! pensait Rosine, comme je serais heureuse de mettre ici tout à sa place !
Edmond La Roche, tout inquiet qu'il fût, ne se lassait pas d'admirer la jeune fille.
— Que vous êtes jolie I je ne saurais vous dire combien je suis heureux de vous voir si près de moi! Ces beaux cheveux ondes, conune il me serait doux de les dénouer !
Disant cela, le jeune homme dénoua adroitemeiit le chapeau de Rosine. Elle leva les yeut et le regarda tendrement. Ce regard trop doux troubla violemment Edmond La Roche ; il oublii^
qa'il n'était pas seul avec Rosine ; il allait la saisir à la ceinture et Tappuyer sur son cœui* quand ^m léger bruit se fit entendre.
Q regarda la porte de son cabinet.
— n y a quelqu'un ici I dit Rosine en pâlissant. Ah 1 monsieur, il fallait ne pas m'ouvrir la porte.
L'étudiant garda le silence. Deux sentiments opposés vinrent agiter son cœur, n ne savait plus comment accueillir cette belle fille qui, dans toute sa candeur charmante, venait se réfugier sous son toit. L'amour n'aime pas toujours à prendre ce qu'il a sous la main» Edmond La Roche eût été heureux d'entraîner Rosine le jour où il la rencontra dans la rue des Lavandières. On est accoutumé, par tradition, à ces aventureslà dans le pays latin ; mais, quand par hasard on rencontre ime passion plus grave et plus digne, on se réveille aux nobles instincts, on sent
tressaillir son cœur, on s'élève jusqu'au divin sentiment. Le jeune homme ressentait pour Rosine plus d'amour que de passion ; il songeait qu'il lui serait plus doux de la protéger que de la perdre.
Rosine, se détachant de la cheminée, s'était tournée vers la porte d'entrée sans perdre de vue la porte du cahinet.
— Cependant, pensa Edmond La Roche, comme elle l'a dit dans sa sainte ignorance, l'amour seul peut la sauver. Avec un autre, c'est une fQle perdue, avec moi...
— > Je m'en vais, dit Rosûie.
La porte du cabinet s'ouvrit brusquement. Une jeune dame, fort élégamment vêtue, vint droit à Rosine.
Celle-ci s'arrêta.
— mon Dieu I je suis perdue I murmura-t-elio.
Et elle se laissa tomber presque évanouie dans les bras d'Edmond La Roche.
La jeune dame lui fit respirer des sels.
— - Ne tremblez pas ainsi, mademoiselle, revenez à vous.
L'étudiant soutenait Rosine dans ses bras.
— Oh ! madame, dit-elle en rouvrant les yeux, je suis bien coupable; pardonnez- moi I... Si j'avais su...
Elle se détacha tout à fait d'Edmond.
— Maintenant, je sens que j'aurai la force de m'en aller.
— Pauvre fille I dit la jeune dame d'un air sympathique, oùirez-vous?
— Où j'irai? c'est vrai ; je ne sais pas où j'irai ; mais je ne veux pas rester ici plus longtemps.
Elle regarda toiur à tour le jeune homme et la
jeune dame.
— Pourtant je suis |)Ius jolie, pensa-t-^Ue.
— Vous ne comprenez pas du tout, car je suis la sœur d'Edmond.
— Sa sœur I vous êtes sa sœur f
Rosine se jeta tout éperdue dans les bras de la nouvelle venue, soit parce qu'elle était la sœur de celui qu'elle aimait, soit parce qu'elle n'était pas sa maltresse.
— Oui, je suis sa sœur, et vous voyez que j*ai raison de veiller sur lui. Ne vous offensez pas. Vous êtes une noble fille qui courez à votre perte ; c'est moi qui vous sauverai, et non Edmond, qui se perdrait avec vous. Je vais vous emmener dans mon coupé ; je suis bien sûre que mon mari m'approuvera. Je ne sais pas encore ce que vous ferez chez moi; mais, soyez tranquille, vous n'y serez pas une servante ; j'imagine que vous savez coudre, lire, jouer avec les enfantsi
les miens vous amuseront, et vous les amuserez, en attendant que je vous trouve quel(iue chose digne de vous.
— Je vous remercie, madame, dit Rosine avec reconnaissance, mais aussi avec tristesse; je suis prête à vous suivre et à aller où il vous plaira.
Rosine leva timidement les yeux sur Edmoni La Roche.
— Adieu, lui dit-elle ; oubliez que je suis venue
— Adieu, dit-il en lui pressant la main. Peutêtre, poursuivit-il en regardant sa sœur d'un air railleur, peut-être Rosine fera-t-elle bien d'attendre ici le sort que tu lui prépares.
-—Allons, Edmond y ne rions pas de choses sérieuses.
— C'est assez comme cela, ma chère Caroline.
Tu m'as fait beaucoup trop de sermons aujour*
d'hui. Encore, si tu ne m'avais fait que des sermons I Mais je te pardonne, car Bosine est mie fille plus digne d'haJbiter sous ton toit que sous le mien.
Il embrassa sa sœur, pressa encore la main de Rosine et rentra sans les conduire, craignant d'être en spectacle pour les étudiants de Thôtel.
n alla ouvrir sa fenêtre pour voir encore Rosine; quand elle monta dans le coupé, il s'imagina qu'elle lèverait la tête conune par dernier signe d'adieu ; mais elle se blottit dans son coin sans oser faire un mouvement.
Dès que la voiture s'éloigna, il ressentit cette vague tristesse qui nous saisit quand nous voyons partir pour un long voyage une personne aimée, n dînait toutes les semaines une ou deux fois chez sa sœur ; il pensa d'abord à y aller ce jourlà ; mais il fut retenu par une autre compagne
d'aventure ; car il ne vivait pas en anachorète ; depuis six semaines il avait une maîtresse fort connue dans le pays latin sous le nom de la Folie Amoureuse.
La sœur d'Edmond veillait sur lui avec la sollicitude d'une mère. N'ayant pu le décider à habiter chez elle, rue Laffitte, elle venait de temps en temps le surprendre le matin, sous prétexte qu'elle passait dans le voisinage. Elle avait épousé un banquier très-célèbre à la Bourse et à l'Opéra, — M. Bergeret. — Déjà quelques-unes des aventures de M. Bergeret avaient éveillé la curiosité des conteurs de chroniques. C'était im homme aimable, sans esprit, mais ne manquant ni d'entrain ni de bonnes façons. Ce jour-là, il avait dit à sa femme qu'il serait retenu fort tard par les caprices du trois pour cent.
Madame Bergeret fit dîner Rosine avec elle et
102 £A VERTU DE ROSIME
ses enJEants. Elle lui promit que le lendemain elle s'occuperait de l'habiller plus modestement. La figure n'était pas en harmonie avec le cadre. Rosine avait hâte de se dépouiller de ce luxe de hasard gui, loin de l'embellir, tuait plutôt sa beauté. Le soir, madame Bergeret lui donna une petite chambre où Edmond s'était quelque» fois couché au temps des bals de l'Opéra. Rosine s'y endormit heureuse, avec cette réflexion un peu embarrassante :
— Si, pourtant, j'étais à cette heure rue de la Harpe I