SCENE XV
Cl ID AMI S.
J'avoûray que j'aimois ta malstresse autrefois,
Je l'aimois, quand l'Hymen la rangea sous ses lois.
Mais, quedis-je ?Je sens que mon cœur l'aime encore,
Et, pour te dire plus, je sens que je l'adore ;
Mais le temps est mal-propre à découvrir mon feu,
Et je n'espère pas en obtenir l'aveu.
Beatrix.
Je prétens vous servir de la bonne manière, Si vous me secondez.
Clidamis.
Dy-moy, que faut-il faire ?
Beatrix.
Montrez-luy que les biens de défunt son épous, Selon toutes les loix, n'appartiennent qu'à vous. Je pense, pour cela, qu'il seroit nécessaire De faire promptement venir un commissaire.
Clidamis.
Ce seroit l'offenser; je ne te croiray pas, Et je doy ménager de si charmans appas.
Beatrix.
Par bienséance, il faut qu'on la croye contrainte De vous souffrir l'ardeur dont vostreâme est atteinte, Et qu'elle oppose enfin ces raisons aux censeurs Qui font profession de critiquer les mœurs.
Laissez -moy faire après.
Clidamis.
Tenez-moy donc parole.
BlATRIX.
Allez, je vous promets de bien jouer mon rôle. Ne perdez point de temps. Enfin, par mon moyen, Ma maîtresse pourra conserver tout son bien.