La vicomte de Launay
Ce volume fait suite à celui qui a paru, en 1843, sous ce titre : lettres parisiennes.
Les LETTRES PARISIENNES sont l'iustoire de Paris en 1836, 1837, 1838 et 1839.
La CORRESPONDANCE PARISIENNE, que nous publions en 1853, est l'histoire de Paris en 1840, 1841, 1842, 1844, 1845, 1847 et 1848.
C'est-à-dire l'histoire du Paris qui ^échappe à l'Histoire.
L'Histoire qui se complaît à buriner les batailles, les victoires, les revers, les gloires, les fautes, les persécutions des règnes qui se suivent, ne s'arrête pas à crayonner les usages, les modes, les futilités, les ridicules, les travers, les prétentions des époques qui se succèdent.
Mais la preuve que ces ombres sont nécessaires au tableau, c'est le grand et durable succès qu'ont obtenu les lettres parisiennes. Un succès non moins durable et non moins grand attend la correspondance PARISIENNE, car toutes les qualités qui, dans
le premier volume, étaient en germe, ont acquis, dans le second volume, la plénitude de leur développement. L'indépendance d'esprit est une colline d'où l'on voit de haut et de loin; ce qui le prouve, c'est que les événements qui se sont accomplis en 1848 sont prévus et annoncés, en 1847, dans la CORRESPONDANCE PARISIENNE , avec Une précision surprenante. La vérité y est impartialement dite à tous et sur tout : — à qui déchoit et à qui grandit ; à qui combat, à qui succombe, à qui triomphe; aux royalistes dont l'aveuglement pousse la Royauté à sa perte, et aax républicains dont la surdité entraîne la République à sa ruine ; la vérité y est dite telle qu'il ne serait plus possible maintenant de l'écrire; aussi, du jour où la liberté, qui est un droit, n'a plus été qu'une tolérance, le vicomte Charles de Launay a du s'exiler du feuilleton et se condamner au silence.
Où la liberté n'existe plus pour les partis, la liberté n'existe plus contre eux.
'Où la compression a tous les droits, la raillerie n'en a plus aucun.
Alors, l'histoire qui plaisante et qui passe, l'histoire vivante, n'a qu'à se taire pour laisser parler l'Histoire qui juge et qui reste.
Le premier se moque de la puissance du second et l'envie.
Le second se moque des grands airs du premier et les imite.
Tous deux se méprisent également, et cela précisément à cause de leurs bonnes qualités. Le premier dit du second : qu'il est nouveau ! — le second dit du premier : qu'il est vieux! — comme si cela n'était pas un mérite que d'avoir des années et des racines ; comme si ce n'était pas un avantage que d'avoir de la sève et de l'avenir î
Dans le premier, on a de l'esprit ; mais on ne s'en sert que pour son plaisir ; c'est pourquoi on y aime, on y flatte, on y attire les gens d'esprit.
Dans le second, on fait de l'esprit, et l'on s'en sert pour parvenir ; c'est pourquoi on déteste les gens d'esprit.
L'un est un atelier où se forgent toutes les machines nouvelles, où tous les principes se remanient, oii toutes les réformes s'élaborent.
L'autre est un sanctuaire où toutes les religions de la société sont scrupuleusement conservées ; nous disons scrupuleusement conservées, nous voudrions dire chaleureusement défendues, mais ce ne serait pas exact. Les gens du faubourg Saint-Germain, comme tous les gens extrêmement polis, pèchent par Tindifférence, et c'est un tort.
Les hommes qui possèdent un grand pouvoir n'ont pas le droit d'être indifférents et dédaigneux ; la paresse est un crime dans une époque comme la nôtre ; bouder, ce n'est pas plaider. Mais, rassurons-nous. Nos grands seigneurs se font honneur depuis quelque temps de copier les grands seigneurs anglais ; ils les ont déjà imités dans leurs élégantes manières, leurs laquais pou-
COUlllibPONDANCE l'ARIîSlENNi:. 3
dréts, Uhu's grands dîners, leurs course::^ de chevaux, leur façon brève de priera un bal, et vingt autres modes nouvelles. Patience, ils en viendront bientôt à les imiter dans leur intelligente participation aux affaires de leur pays, dans la haute protection qu'ils accordent aux découvertes de l'industrie, dans leur amour national si éclairé. La noblesse de France a trop de goiàt pour ne prendre à la noblesse anglaise que ses manies.
Car il y a encore une noblesse en France, quoi qu'en disent MM. les journalistes, ces aristocrates du jour. La noblesse a perdu tous ses privilèges, sans doute, mais elle a gardé tous ses préjugés; ils sont plus puissants que jamais, et c'est votn; faute. Toute croyance se fortifie par la persécution, l'orgueil s'engage par la lutte, le cœur s'attache par la douleur ; on n'abandonne jamais la cause pour laquelle on a longtemps souffert. Gommant voulez-vous qu'une femme ne soit pas très fière d'être comtesse ou marquise, quand elle se rappelle toutes ces femmes qui ont eu la tète tranchée parce qu'elles étaient comtesses ou marquises ? La noblesse en France n'était qu'une institution ; à force de lâcheté et de haine, vous en avez fait une religion, vous lui avez donné le baptême du sang ; et vous aurez beau faire, la noblesse ne périra pas, parce qu'elle a eu ses martyrs comme la libi'rté.
On prétend qu'il suffit d'avoir des gants blancs et un habit noir pour être l'égal de tout le monde; eh bien, messieurs, mettez vos gants blancs et vos habits noirs, et allez-vous-en, s'il vous plaît, demander en mariage Mlle de B... etMH^^deC..., qui sont deux charmantes personnes, et veuillez bien venir nous dire après comment vous aurez été reçus de leurs parents.
Le grand monde du faubourg Sahit-(iermain ressemble à la Chambre des Pairs, on n'en peut faire partie
qu'autant que Ton appartient à certaines catégories; il faut pour y entrer et pour y vivre agréablement :
D'abord appartenir à une ancienne famille ;
Sinon, avoir de grandes alliances;
Avoir exercé de grandes fonctions ;
Etre millionnaire et un peu étranger;
Avoir fait un voyage extraordinaire ,
Etre un homme de talent soit comme peintre, comme compositeur , comme romancier , comme historien , comme orateur, comme savant, ou comme poète.
Cet orgueilleux monde des illustrations a l'intelli gence de comprendre qu'il doit se recruter de toutes les célébrités ; les gens de ce monde-là sont conséquents du moins avec eux-mêmes, ils n'ont point l'imprudence et l'impudeur de renier leur principe, et ils ont le bon sens de l'honorer partout où ils savent le reconnaître. Ils ne font point comme vous autres libéraux de mauvaise foi qui prêchez le principe des majorités et qui excluez des affaires le plus grand nombre. N'est-ce pas une chose étrange que d'entendre un ministre de la révolution de Juillet déclarer à la face du pays qu'il ne veut pas d'une réforme électorale? Et de quel droit n'en voudrait-il pas? Qu'est-ce donc que le g'ouvernement représentatif, si ce n'est le gouvernement des majorités? Choisissez alors franchement, messieurs, il n'y a que deux manières de gouverner : ou par les minorités, c'est-à-dire les supériorités comme c'était autrefois, alors que l'on voyait marcher à la tête de la nation les hommes les plus considérés, les plus instruits, les plus braves, les plus dignes, — ou par les majorités, c'est-àdire par les masses et les intérêts généraux. Le pays doit appartenir aux plus nombreux ou aux plus capables? Etes-vous le gouvernement des minorités ? êtesvous les plus capables ? — Non. — Alors, so^'ez les plus
nombreux et ne repoussez pas maladroitement ceux qui prét(MKlent arriver en vertu du principe qui vous a amenés. — Pour parler votre jargon, nous ajouterons : Puisque vous n'avez pas la qualité, ayez du moins la ((uantité.
On devine, parce que nous disons des éléments dont se compose le faubourg- Saint-Germain, qu'il ne doit ressembler en rien aux étranges portraits que l'on fait de lui. Et comment pourrait-on croire que ce monde, qui professe tous les nobles sentiments, non-seulement par dev(ir, mais par bon goût ; qui, n'ayant ni sa l)osition ni sa fortune à faire, a par conséquent tout le temps de s'instruire, d'apprendre à bien vivre et à être aimable, où les ridicules même sont gracieux, puisqu'ils ne sont que des exagérations d'élégance, où Ton aime les beaux-arts avec passion, et les gens d'esprit avec courage (il y en a de dangereux), où les méchantes actions, les médisances grossières, les prétentions orgueilleuses, les affectations liyprocrites, les susceptibilités mesquines, les fadeurs importunes, tout ce qui choque, ce qui humilie, ce qui afflige, est flétri par ce mot : « C'est de bien mauvaise compagnie »; comment pourrait-on croire que ce monde-là se plaise à des conversations triviales, à des équivoques sans gaîté, à des plaisanteries de la dernière inconvenance, dont le parterre même d'un petit théâtre aurait le droit de s'ofl'enser.
Non, le grand monde a meilleur goût que cela. Ses aimables et belles duchesses ne sont pas telles qu'on nous les montre. Un commérage insignifiant n'est pas le genre de conversation qui les intéresse le plus, et dans leurs salons élégants les dandys de professi(jn ne sont pas les hommes les mieux traités.
Ou ne leur dit pas si facilement et si prompteuient
quoii les aime, car il y a presque toujours auprès délits de beaux enfants aux cheveux blonds qui courent çà et là sur les tapis et qui viendraient souvent interrompre les téméraires déclarations. Une petite fille de quatre à cinq ans est une duègne bien sévère, et la passion maternelle, qui est la passion dominante chez les femmes de notre époque, si elle ne préserve pas toujours des séductions d'un autre amour, laisse du moins peu de moments aux complications des grandes coquetteries.
Mais tout en vous disant ce que le monde ne fait pas. nous oublions de vous raconter ce qu'il fait. Depuis huit jours il danse, il danse avec fureur. Le bal donné mercredi à l'ambassade d'Autriche était magnifique. Jamais on n'avait vu tant de belles femmes et tant de diamants. On admirait entre autres une robe qui avait un tablier de diamants : c'était merveilleux!
Nous avons entendu hier d'excellente nmsique. D'abord la harpe de Labarre, puis cette belle romance que nous aimons tant : la Fille (TOtailï. Une jeune personne qui était à côté de nous, après avoir admiré, comme tout le monde, l'air qui est sujDcrbe, a demandé : De qui sont les paroles? je les trouve fort belles aussi. — Elles sont de Victor Hugo, mademoiselle. — Ah ! je devinais bien qu'elles n'étaient pas d'un faiseur de romances.
11 est certain qu'après une douzaine de bergerettes et de bachelettes, de châtelaines et de souveraines, de bonne mère et de pauvre Pierre, de gentille Colette et de douce Nicett^, de chaumines et de gondolines, de nacelles et de balancelles, une solide strophe de Victor Hugo est un beau réveil.
A propos de chansonnettes et de romances, nous avons entendu l'autre jour, à la Chambre des Députés,
COKRESPONDANCE PARISIENNE. 7
M. Moiuiier de la Sizeranne, et nous nous sommes rappelé avec plaisir, c est-à-dire avec regret, le temps où l'honorable orateur ne faisait que chanter. Il y a déjà bien des années de cela, et nous avons vu avec peine que depuis cette heureuse époque ce chanteur de sensibles romances a beaucoup perdu de sa voix. Alors M. Monnier était sans Sizeranne. Il s'appelait Monnier tout simplement; il s'appelait aussi Henri, et cependant, hélas ! tout en se nommant Henri et Monnier, ce n'était point Henri Monnier. Cette ressemblance de nom causa un soir un grand désappointement dans un salon oîi nous étions. On nous avait dit : Venez ce soir chez Mme de C... ; il y aura peu de monde, ce sera charmant. Un de ses amis doit lui amener M. Henri Monnier. A ce nom, tous nos projets sont dérangés. Adieu les visites importantes; plus de devoir rigoureux; pour entendre un proverbe d'Henri Monnier, lu par lui, tout est oublié : car dans ce temps-là, ses proverbes si spirituels n'étaient connus que de ses amis ; on ne les avait encore joués sur aucun théâtre, ils n'étaient pas même imprimés. Dans notre empressement, nous, nous disons à tous ceux que nous rencontrons : Venez donc ce soir chez la duchesse de C. . . Tout le monde vint... mais au lieu d'entendre Henri Monnier lisant un proverbe, on* entendit M. Monnier Henri chanter avec un goût parfait cette romance bien connue dont voici le premier couplet :
Dans la foule, Olivier, ne viens pas me surprendre, Ta voix me fait trembler.
Sois là, mais sans parler, Je saurai te comprendre.
Ah! malgré nous, en écoutant l'autre jour, à la Chambre, le discours de l'éloquent orateur, nous avons
répété en refrain ces vers modifiés par les circonstances:
A la Chambre, Olivier, ne viens pas nous surprendre, Ta voix nous fait trembler.
Sois là, mais sans parler, Etc., etc, etc.
Les voyageurs qui arrivent à Paris se plaignent amèrement des nouveaux règlements de la poste. Ce sont des comptes interminables auxquels on ne comprend rien, si ce n'est qu'on y perd. On passe à faire des additions un bon quart d'heure à chaque relais ; quand la route est longue, on se trouve avoir donné, dans le cours du voyage, une journée entière à cet agréable plaisir. On éprouve aussi de cruelles difficultés dans l'achat de la moindre étoffe. L'aune, la demi-aune, la toise et le pied de nos pères sont vivement regrettés. Le mètre et le centimètre sont en général mal accueillis. Quant à nous, nous ne saurions leur pardonner de chang*er tout notre langage. Comment? nous ne pouvons plus dire : Je l'ai toisé avec mépris ! — Ou bien : Il a un pied de nez; — sans payer une amende. Il faudra dire : Il a douze centimètres de nez ! Voyez un peu à quoi le gouvernement nous expose !
Les lettres que nous recevons de Rome parlent avec enthousiasme de M. le duc de Bordeaux. On vante ses manières dignes et simples, et chacun s'accorde pour dire qu'il a vraiment beaucoup d'esprit. Ce qui le prouverait, c'est la peine que lui causent les éloges maladroits que font de lui certains journaux légitimistes. Les lourdes louanges de la Mode entr'autres le contrarient horriblement. En effet, ce pauvre journal a du malheur : ses injures sont si grossières et ses éloges si plaisants, qu'il rend intéressant tout ce qu'il attaque, et ridicule tout ce qu'il vante.
(;ORRESPONDAN('K PAUISIHNNK. 9
Nous recevons à l'instant une brochure dont le titre nous parait être naïvement orgueilleux : le créatelr
KT LES MONDES, OU l'ENSEMBLE et LE VRAI MÉCANISME
DE l'univers. C'es pages remarquables commencent ainsi : « 11 nVst pas très difficile d'acquérir la certitude de l'existence d'un être suprême. »
La phrase est bonne ; celle-ci est meilleure : « Rien n*a jamaistant jDiqué ma curiosité que... Devinez quoi... Ah ! vous ne le devinerez jamais ; il faut vous 1h dire : que Dieu, l'âme humaine et l'ensemble de l'Univers. Et sans doute, ces choses-là sont bien faites pour piquer la curiosité. L'auteur dit plus loin : « Je n'émettrai ])oint d'ophiion sur lâge du monde. »
Nous lui savons gré de cette discrétion. Ce sont de ces sujets de conversation qui sont désagréables pour tout le monde, même pour le monde, et puisque l'Univers, au dire des philosophes, a la faiblesse de cacher son âge, il faut respecter cette petitesse de sa part et ne jamais parler de ces choses-là devant lui. Toutefois. l'auteur trouve que le soleil commence à vieillir ; « il » perd, dit-il, progressivement mais bien lentement de » sa chaleur. (Cependant, il en conservera encore assez » pour être toujours le soleil. » Nous sommes heureux d'avoir la certitude que le soleil sera toujours le soleil ; nous aurions été vraiment désolé que cet excellent astre, qui a rendu de si grands services à l'humanité, changeât de profession et fût destitué, d'autant plus que nous ne voyous vraiment pas par qui on pourrait le remplacer. Après quelques personnalités assez désobligeantes contre la lune, que Fauteur traite de globe aride, et quelques mots un peu légers sur les comètes et leur chevelure, le savant astronome termine sa brochure en déclarant que l'Univers a été créé par le Créateur pour l'homme, qui est seul capable de le com-
prendre. Sur ce il admire passiouiiémeiit l'Univers et il s'écrie : « Qu'on essaye de rencontrer dans les produc- » tions de l'industrie humaine quelque chose de plus » parfait 1 » Cela serait difficile en vérité, et pour notre compte, nous avouons que l'été dernier nous avons visité avec la plus scrupuleuse attention toutes les salles d'exposition des produits de Tindustrie française, et que parmi toutes les merveilles qui nous ont surpris. les voitures et les machines à vapeur, les étoffes de Lyon, les billards en marqueterie, les draps de Louyiers, les rubans de Saint-Etienne, les cheminées à soupapes, les lampes à fonds tournants, les tourne-broches silencieux, les fauteuils de voyage, les pendules à naufrage, les chapeaux imperméables, les rochers d'angélique et les pyramides de savon, rien ne nous a paru plus beau, plus intéressant, plus ingénieux, plus commode, plus confortable que l'Univers.
•2i janvicT 1840.
Lys^ excès déiruibeiit les succès. — Trop ou rien, c'est la duvise do,. Français. — L'exagération est rindigencc des idées.
Notre dernier feuilleton a obtenu dans le monde un succès auquel nous étions loin de nous attendre : nous avons reçu depuis huit jours en paroles et en lettres, voire même en lettres anonymes, les éloges les plus magnifiques, et nous l'avouons, ces éloges nous ont un peu effrayé. Nous ne ressemblons en rien aux autem*s
COHRKSPONDANCE PATUSIKNNi:. Il
modernes, le siiocès nous ùùf prnir n nous, tant nous craignons de l'avoir mérité par de la complni^anoe om de là flatterie.
Heureusement pour notre indépendance, notre définition des deux grands mondes, qui nous vaut tous ces compliments, nous a valu aussi quelques reproches. Les habitants du premier monde nous trouvent un peu démocrate; les habitants du second monde nous soupçonnent dêtre très aristocrate au fond du cœur. Ce qui est une compensation. Hélas! nous ne sommes ni l'un ni l'autre. Nous sommes clairvoyant, voilà tout; comme nous navons aucune passion, ou plutôt aucun préjugé politique, nous voyons les choses telles qu'elles sont ; nous ne sommes pas assez ingénieux pour déguiser les faits sous les phrases, nous ne sommes pas assez hardi ])our nier systématiquement les vér'tés évidentes, et nous les reconnaissons toutes avec sincérité, même celles qui nous seraient désagréables. Aussi quelles que puissent être notre sympathie ou notre répulsion, nous ne l)ouvons nous empêcher de constater deux choses iu- (M)ntestables, savoir : le prestige de la noblesse et la toute-puissance de la démocratie.
On ne fera jamais que des noms historiques ne soient pas des noms historiques. On ne fera jamais que de5; gens qui depuis cinq cents ans, plus ou moins, ont de père en fils exercé les plus nobles professions ne soient pas très fiers de leurs souvenirs.
On ne fera jamais non plus que irente-trois millions de Français qui ont des prétentions, des ambitions, des intérêts à défendre, des droits à conquérir, qui s'agitent, qui pensent, qui calculent surtout, qui s'instruisent, qui travaillent ou qui ne font rien, ce qui est plus terrible ; car rien n'égale la dévorante activité des paresseux ; on ne fera jamais que ces trente-trois millions
de Français consentent à se laisser mener toujours par quelques centaines de familles.
Il faut donc bien se résigner à voir le pays sans cesse tiraillé par ces deux forces rivales, par ces éternels ennemis, qui se disputent depuis tant d'années, et qui tour à tour se prennent et se reprennent le pouvoir.
Laissons-les se battre tranquillement. Eh! mon Dieu! ils ne sont jamais longtemps vainqueurs l'un et l'autre. Ici, où l'on procède en tout par abus, les triomphes ne durent guère, les excès détruisent vite les succès.
Lisez notre histoire depuis cinquante ans. D'abord le pouvoir appartient à la noblesse ; elle en abuse ; le peuple le lui enlève pour en abuser lui-même. La noblesse alors revient ; elle ressaisit le pouvoir et elle en r abuse. Et voilà maintenant le peuple qui, après l'avoir reconquis, recommence à en abuser. Cette lutte acharnée entre les classes supérieures et inférieures, dans laquelle on les voit tour à tour triompher et succomber, nous semble une conséquence naturelle du caractère excessif de notre pays. En France rien n'est stable parce que tout est exagéré. Vous appelez cela des révolutions! nous qui voyons tout cela de plus loin, nous appelons cela de Téquilibre, et nous nous attendons à tout. Nous tâchons de juger avec l'esprit de l'histoire, qui n'a rien de commun avec l'esprit de parti ; c'est pourquoi nous constatons le brillant passé de la noblesse, sans être le moins du monde aristocrate. C'est pourquoi nous entrevoyons le puissant avenir de la démocratie, sans être démocrate non plus; ni même garde national, signataire tapageur d'une très humble pétition.
Ce caractère excessif des Français se retrouve chez eux en toutes choses, dans la politique, dans les arts, dans les sciences, jusque dans les modes enfin.
Dans les arts : rappelez-vous la musique d'autrefois ;
elle était d'une simplicité qui allait jusqu'à la niaiserie : orchestre respectueux, chant naïf, sans ornements, sans floritureSy sans roulades ; la cadence elle-même, seule folie qu'on osât se permettre alors, ét;iit si timide, si chevrottante, qu'elle ressemblait à un chami^ôtre bêle ment. — Aujourd'hui, quelle différence ! L'orchestre est une tempête, les chœurs sont des émeutes ; les roulades étourdissantes, les cadences audacieuses, les fioritures de toutes sortes emportent le chant, que l'on ne retrouve plus. Trop ou rien, c'est la devise dos Français.
En peinture, exagérations encore plus plaisantes. Dans les tableaux d'il y a vingt ans, le genre grec régnait exclusivement. On y représentait d'illustres guerriers combattant, non-seulement sans armure, mais sans vêtement; puis on est tombé dans l'exagération contraire, et l'on n'a plus représenté que des vêtements et des armures.
Dans les lettres, même folie : nous avons eu pendant quinze années une littérature d'eau sucrée, jusqu'au jour qui a subitement fait naître une littérature de sang.
En médecine, le système des saignées extrêmes avait tellement prévalu, que le besoin d'un système contraire s'est vivement fait sentir. A la doctrine Broussais a succédé la doctrine homœopathique. On saignait toujours et tout le monde ; maintenant on ne saigne plus personne et jamais. Nous ne nous plaignons pas, pour notre compte, de ce changement, qui nous semble une inspiration. En médecine, toutes les modes sont des instincts.
En fjiit de parure, c'est différent : les modes le plus généralement adoptées ne le sont souvent que par une aveugle con lescendance ; la beauté de toute une population de jolies femmes est souvent immolée aux dé-
fauts de trois ou quatre merveilleuses. Oui, madame, cela est ainsi : vous qui avez une taille si souple, une tournure si gracieuse, vous ne portez sept ou huit lés dans votre robe que parce que mademoiselle une telle ou madame une telle sont mal faites, et que tout ce luxe leur est nécessaire ; et vous, madame la duchesse, vous qui avez un col de cygne et de magnifiques cheveux noirs, vous ne portez ces lourds turbans, dont les écharpes à franges dor retombent de chaque côté sur les oreilles, que parce que madame une telle n'a pas de cheveux sur les tempes, et qu'elle ne saurait trop cacher ce qui lui manque. Vous êtes dans la dépendance des personnes qui donnent le ton : vous êtes forcée de vous soumettre à tous les caprices du jour. Mais revenons à notre idée : après les chapeaux trop grands, sont venus les chapeaux trop petits. Naguère les robes étaient bordées d'un simple ourlet ; point de dentelles, point de bijoux, point de fourrures, pas le moindre falbalas. Les femmes allaient au bal en robes de dessous. Aujourd'hui la fureur des ornements est poussée jusqu'à la démence. Ce sont des volants sans nombre et hors de toutes proportions ; ce sont des flots de dentelles, des nuages de marabouts, des bosquets de fleurs, des inondations de diamants ; on voit qu'on a beaucoup parlé de la ftn du monde, chacun a hâte de faire valoir tous ses trésors. Vous le voyez, c'est toujours la même devise, trop ou rien, c'est toujours l'abus d'une idée amenant forcément l'abus de l'idée contraire, c'est enfin l'action extrême ayant pour conséquence naturelle la réaction violente.
On pourrait croire que cet emportement des esprits, qui les entraîne à exagérer tout ce qui les séduit, a pour cause une imagination surabondante, une ardeur sans pareille que rien ne peut apaiser. On se tromperait étran-
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gement. Cette exagération est tout simplement de hi misère, comme toutes les exagérations. On n'abuse d'une idée que parce qu'on n'a pas le bon sens d'en tirer parti, ou le génie d'en trouver une autre. Les gens qui peuvent inventer ne savent jjoint exagérer. Mais, en France, il y a une telle soif de produire de l'ellet et une telle pauvreté dans les moyens d'en produire, que les moindres idées nouvelles sont livrées au pillage sans retour. La meute des plagiaires affamés se jette dessus et s'en empare comme d'une curée qui leur est promise. Si tel homme est parvenu par tel chemin , vite les intrigants s'y 'précipitent et l'encombrent de façon qu'on n'y peut plus passer. Si tel auteur s'est fait un nom par tel genre d'ouvrage,- au même instant il se publie des milliers d'ouvrages du même genre, et la pensée originale est bientôt déflorée, déconsidérée parlimitation... c'est limitation qui étouffe 1 invention. Dans le monde des réalités, les riches, dit- on, vivent aux dépens des pauvres: dans le monde des idées, au contraire, ce sont les pauvres qui vivent aux dépens des riches, et qui les ruinent en les contrefaisant. Les idées volées sont perdues pour les possesseurs et (juelquefois pour leurs ravisseurs, car ceux-ci veulent toujours y ajouter quelque chose, ils les parodient jusqu'à l'excès, sous prétexte de les perfectionner, et ils les détruisent en les exagérant. Ce n'est donc point parce que nous avons trop d'imagination que nous procédons par abus et par excès en toute chose, c'est au contraire parce que nous n'avons pas assez d'imagination. Alors il ne faut pas trop nous enorgueillir de cette ardeur entraînante qui n'est peutêtre qu'un assez pâle défaut, de cette bouillante activité de caractère qui n'est peut-être que de l'indigence d'esprit.
50 janvier 1840.
Concurrence fâcheuse des plaisirs. — Dialogue conjugal entre deux >)aU. — Le coffret mystérieux.
Les plaisirs se succèdent avec une telle rapidité qu'on n'a pas le temps d'en rendre compte. La soirée commence par un grand dîner que l'on quitte pour aller à un gTand concert, d'où Ton s'échappe pour courir à un grand bal ; on passe tout son temps à mettre et à ôter son manteau. Les femmes varient cet amusement en y joignant celui de mettre et d'ôter trois ou quatre fois par soirée leurs manches doublées de cygne, et leurs chaussons brodés ou tricotés ; puis elles montent dans leur voiture, oii elles restent une heure à la file avant d'arriver au concert, où elles resteront encore une autre heure avant de parvenir au bal.
Les conversations se ressentent de ce papillonnage volontaire interrompu par ces affreux moments do solitude et de tête à tête forcés. On part avec l'intention de se distraire, de voir le monde. On fuit son coin de feu souvent attristé par de mesquines querelles de famille ou de ménage, et il se trouve précisément que l'on a obtenu le plaisir que l'on voulait éviter, c'est-àdire un long tête à tête avec un mari de mauvaise humeur qui vous trouve horriblement mal mise, ou avec une tante enrhumée qui fait valoir sans générosité sa complaisance en disant avec aigreur : « J'espère que vous ne comptez pas rester au bal jusqu'à six heures du matin, ma chère. » (Les femmes n'emploient jamais ce mot charmant que pour se dire des choses désobligeantes.) Aussi, regardez ces jeunes femmes ; comme
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elles sont pâles et tristes eu entrant dans un salon ! (3n devine qu'une parole méchante est le dernier mot qu'elles viennent d'entendre. Il faudra l)ien des flatteries avant de fairf oublier ce mot-là. Il faudra bien des regards d'admiration et d'envie avant d'efl'acer cette impression. Enfin, le nuage est dissipé. Les belles couleurs renaissent, les yeux se raniment, le sourire n'est plus pénible; il n'a plus rien d'officiel ; il n'est plus même intentionné, il est sans but; montrer de blanches perles n'est plus le devoir qui l'occupe ; le beau moment est venu où l'on sourit tout simplement parce qu'on s'amuse ; mais le moment d'aller chez M'of^de... est aussi venu. Vite, demandez vos manteaux, interrompez la phrase commencée, il faut partir, Vhonneur Vonlonne. — Vous allez chez M"'c de.... — Sans doute, et vous? — J'irai plus tard. — On tache encore dans le second salon de causer un peu, mais le mari inflexible s'avance; il e.st chargé d'un lourd bagage, et enveloppé dans son paletot, il jette sur les épaules de sa femme un burnous, un manteau quelconque. La jeune femme remet ses chaussons et ses manches ouatées; elle attend languissamment sa voiture, pendant que son mari, qui s'impatiente, va de temps en temps regarder ce qui se passe dans la cour.
Une jeune fille et sa tante viennent aussi demander leur voiture et leurs manteaux. La jeune fille, qui a une robe neuve, ne veut pas mettre son burnous : Je n'ai pas^ froid, dit-elle, en grelottant; la tante tousse et met par dessus son manteau le burnous de sa nièce; elle met en outre un collier de fourrure autour de son cou et un petit fichu de soie sur sa tète, en marmotte par dessus son turban. On la regarde : pour expliquer ce costume de sorcière ou de sibylle, elle tousse avec affectation en répétant de moments en moments ces
18 lf: vicomte de launay.
mots qui sont un amer reproche : <( Je devrais être dan§ mon lit. )^
Passe un élégant ; d'un air dégagé, il sourit à ces dames et leur dit avec finesse : « Vous attendez votre voiture... » Il a deviné cela !
La jeune femme qui s'ennuie est rentrée dans le premier salon. Son mari, après avoir longtemps guetté son domestique, l'aperçoit enfin. Il court prévenir sa femme, elle a disparu. Il la cherche avec une fureur concentrée. On le voit apparaître dans le salon, et les mille bougies de la fête s'indignent d'éclairer ce sombre paletot. 11 arrache son épouse infortunée à une conversation qui commençait à devenir amusante, et tout en grondant sourdement il la conduit jusqu'à une voiture qu'il croit être la sienne. La jeune femme , étourdie par ce brusque sermon, s'élance sur le marchepied, et se heurte contre une princesse russe qui descendait tranquillement de sa voiture, et dont le turban violemment retourné garde de cette rencontre le plus funeste souvenir.
Enfin le ménage s'éloigne. On arrive à la file du bal de M'iie de... en se querellant doucement. — C'est votre faute. — Non, c'est la vôtre. — Je vous avais dit d'attendre là. — J'ai attendu. — Il m'a fallu aller vous chercher. — Pas bien loin, j'étais près de la porte: d'ailleurs c'est la faute de Victor, il ne sait jamais retrouver la voiture ; Cliarles est beaucoup plus intelligent. — Sans doute, mais voilà huit jours que vous le faites veiller. Il est malade. Vous n'avez pitié ni de vos gens, ni de vos chevaux. Vous aimez le monde avec une telle fureur. — Ah ! mon Dieu, si j'avais une maison agréable, je ne sortirais pas si souvent. — Et qui vous empêche d'avoir une maison agréable, ce n'est pas moi, je pense ? — Vous faites mauvaise mine
COKIŒfel'ONDANCE PARISIENNE. 19
à tous ceux que j'invite. — Vous ne dites pas un mot a ceux que je vous présente. — Vous ne m'amenez que des ennuyeux. — Vous n'invitez que des fats. — Ces fats, ce sont mes cousins. — Ces ennuyeux sont mes coilèg'ues. — Ah! votre monsieur D... n'est pas \ui collèg'ue, et vous me l'amenez toujours. — M. Edouard de G., n'est pas votre cousin, et il passe sa vie chez vous. — Sa sœur est ma meilleure amie. — C'est une amie sincère, en vérité, elle se moque de vous avec tout le monde. — Oh! je sais bien que vous voulez me brouiller avec elle. — Là-dessus je suis fort tranquille, je n'aurai pas la i)ehie de m'en mêler. Le jour où elle n'aura jjIus ])esoin de vous, où vous n'aurez plus besoin délie, votre tendre amitié aura bientôt cessé. — Que voulez- vous dire? — Vous me comprenez bien.
Voilà à peu près comme l'on cause pendant qu'où est à la file avant d'arriver à un grand bal.
Le plaisir dérol)é à la première fête est déjà bien loin lorsqu'on parvient à la seconde ; les traits sont de nouveau attristés, la pâleur est revenue, le sourire s'est perdu; on entra dans le bal sans joie, l'esi^rit préoccupé, le cœur serré, et Ton n'y trouve ({u'un ennui inquiet. L'on se demande alors si l'on n'aurait pas mieux fait de rester chez soi. sans façon au coin du feu. car en réfléchissant on découvre que c'est une véritable duperie que de se parer d'une façon si brillante pour passer la plus grande partie de sa soirée au fond d'une voiture, tête à tête avec un mari. Et le mari 1(> plus charmant, le plus aimé est toujours maussade clans ces sortes de corvées. Mettre sur ses épaules un bon manteau bien doublé, bien ouaté, est sans doute une chose agréable, mais cependant n'avoir pas d'autre occupation tous les soirs que de mettre et d'ôter quatre ou cinq fois ce manteau, cela devient monotone.
et Ton devrait bien, à Paris, oîi l'on est si ingénieux en plaisirs, varier un peu celui-là. Dites-nous s'il est possible de parler avec intérêt à des gens qui ne pensent qu'à s'en aller? On n'a pas d'esprit avec des causeurs nomades; on leur dit toujours la même chose. Pour causer agréablement dans ce beau désert qu'on appelle un salon, il faut au moins y dresser une tente, et s'y poser à l'ombre un instant. En général on n'a rien à dire aux gens qui partent, du moins à ceux qui partent volontairement. Bon voyage! c'est la seule parole que nous ayons jamais pu trouver à répondre à toutes leurs belles phrases d'adieu. Si l'on n'a rien à dire à ceux qui partent pour un voyage, on a encore moins de choses à dire à ceux qui partent pour un bal. Cela vous explique pourquoi les conversations sont si languissantes même dans les salons remplis d'excellents causeurs, et pourquoi le monde devient moins amusant à mesure qu'il devient plus brillant.
Nous sommes bien forcé d'ailleurs de vous raconter ce qui rend le monde moins aimable, puisqu'il nous est défendu de vous parler de ce qui le rendrait si charmant. ' '^
Nous avons entendu l'autre soir un opéra délicieux, dont nous ne pouvons dire ni le sujet ni l'auteur.
Nous avons entendu chanter une jeune personne qui a un talent admirable et une voix merveilleuse; mais il nous est défendu de parler d'elle.
Nous avons vu aussi un portrait charmant fait par une autre jeune personne, qui, el'e aussi, a un talent admirable, mais il nous est défendu de la nommer.
Nous savons encore une histoire excellente d'un monsieur qui... ayant peur que s'imagina qu'à***, il
suffisait de mais nous ne pouvons la raconter.
Nous savons encore un mot ravissant de M»»e de...
sur l'aventure arrivée à M. **% mais nous n'oserions le répéter. Ceci est un avantage de notre jjosition de ne pouvoir jamais parler de la nouvelle du moment. C'est très inconunode d'être feuilletonniste, quand on n'est pas journaliste. Nous ne pouvons cependant résister au désir de vous raconter l'anecdote suivante.
M. de L. a acheté l'hôtel de M»"' la duchesse de Ch.
Ces jours-ci des ouvriers, faisant des fouilles dans le jardin, ont trouvé un coflre mystérieux. C'est un trésor, point de doute. La duchesse de Ch. avait une fortune considérable, elle a laissé des millions. Ce sont des diamants, de l'or, des bijoux précieux que renferme cette cassette. On s'assemble, on se consulte, on remplit scrupuleusement les formalités d'usage en pareil cas, l'heure solennelle est venue, on va connaître enfin la valeur du trésor. Le coffre est ouvert. La curiosité redouble, ce n'est qu'une première enveloppe, ce cofifre renferme un second coffre plus petit, on l'ouvre : que
renferme-t-il ? le squelette d'un chien. A cette
découverte, on rit d'abord de tant d'espérances déçues, et puis bientôt on s'attriste, car un des assistants se rappelle l'histoire de ce pauvre chien : c'était celui de Marie-Antoinette, son compagnon de prison, le témoin de toutes ses larmes, le seul trésor que la reine de France pût léguer à sa digne amie, Mme de Tourzel, en montant à l'échafaud.
Le coffre ouvert avec une curiosité profane fut religieusement fermé et remis à sa place.