CHAPITRE VIIL
La révolution russe
Qu'est-ce, aujourd’hui, que la Russie ?
Et comment le savoir ?
Pendant les premières années de leur règne, les bolcheviks ont fermé la Russie à tous les étrangers. Ils racontaient tout ce qui leur plaisait sur l’état du pays, et semblaient surtout préoccupés de cacher le régime de terreur dont Zinoviev disait à Halle qu’il n’était que le régime de force et de violence porté à son paroxysme.
Depuis la fin de 1921, leur attitude à cet égard a changé tout à fait. La famine
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a obligé le gouvernement des Soviets à demander les secours de l’Europe et du monde.
Les journalistes américains ont demandé à voir.
= Après eux, tous les journalistes ont si pu entrer. Nous commençons donc à nous ; former, grâce à eux, des idées moins fausses sur l’état présent du monde russe.
Louise Weiss, dans Le Petit Parisien du 21 novembre 1921, nous présente une carte détaillée des républiques autonomes, qui se forment sur tous les points de l’ancien territoire russe. On savait cela en gros. Mais elle substitue, à notre connaissance confuse, des renseignements détaillés et précis. Alors ça devient tout autre chose. | = Comment ? La République des Kir- - = ghizes, l’ancienne Horde d’or, compte + :
5 près de dix millions d’habitants 1? 2
Non loin d'elle, aux bords de la Caspienne, dans le Caucase, un grouillement de républiques pareilles s'organise ?
Les Baschkirs, que nos soldats, sons Napoléon, appelaient des « Amours », parce qu’ils combattaient avec l’arc et
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LA RÉVOLUTION RUSSE 191 les flèches ; le Daghestan, dont les tribus diverses semblent revenues à cet état de guerres perpétuelles qui est chez eux traditionnel ?
Voici qu’au printemps de 1922 nous avons appris que la Crimée est reconnue par les Soviets comme un Etat indépendant. C’est une République tatare, dont la langue officielle est le tatare, qui est de religion musulmane et, par suite, va 8e trouver étroitement unie aux Etats du Caucase et de l’Azerbeïdjan, et à la Turquie.
Les journaux nous ont appris que la première mesure financière des Tatars de Crimée serait de vendre les œuvres d’art des musées et des palais de Livadia.
Comment vont-ils organiser leurs écoles ? A la tatare ?
Ainsi, la Russie nous apparaît dans sa vérité toute nue. Les tsars avaient étendu sur elle un manteau uniforme qui nous cachait sa diversité Nous la croyions une : en réalité, elle est plusieurs.
Ces Kirghizes ne sont-ils point les anciens Scythes ? Une partie est agricole, mais une majorité reste nomade,
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En tout cas, ce sont des populations asiatiques et de sang turcoman.
Comme on comprend que les Tures, installés à Constantinople et en Crimée, aient vite repris contact avec ces raceslà et pénétré, par elles, si avant dans les territoires russes !
Les Kirghizes étant, en majorité, des nomades, qu’ont-ils perdu dans le bouleversement économique de la révolution?
Pas grand’chose, sans doute ! Car toute leur richesse leur vient des hordes de chevaux qu'ils promènent par la steppe.
Quand les principaux d’entre eux, comme nous raconte Louise Weiss, viennent à Moscou et prennent langue avec les Soviets centraux, que peuvent-ils retemir, étant donné leurs conditions économiques, du communisme qu’on leur expose ? Ils répondent qu’ils sont déjà communistes.
Je me rappelle qu’à El Kantar, l’adjoint indigène nous racontait que chaque fois qu’un naturel a besoin d’une maison tous les autres habitants se réunissent et,
en corvée commune, vont lui bâtir avec
des trones de palmiers, avec les longues feuilles qui font si vite la toiture, et avec Ja boue qui sèche en murailles, une promp-
te demeure. Où trouver plus belle application du communisme ?
Seulement, c’est du communisme primitif.
Avant la guerre, quand nos adversaires nous accusaient de vouloir ramener l’humanité à l’état des tribus primitives, nous riions de bon cœur ! Nous savions si bien que notre doctrine est une doctrine de progrès, et non pas de recul !
Mais, en Russie, il en va tout différemment. Car la tourmente a brisé, dans les centres urbains tout l’appareil industriel de la civilisation moderne.
Une fois le travail arrêté et les usines
fermées, que reste-t-il en Russie ?
Deux éléments : d’une part, les paysans russes qui possèdent maintenant la terre et l’exploitent en propriété individuelle ; d’autre part, les races allogènes des républiques kirghizes et tatares, dont nous venons de parler.
Donc, en pratique, ou bien le communisme a disparu, ou bien on retombe sur le communisme primitif, qui n’a jamais bougé. |
Beaucoup de nos amis (Caussy, notamment, dans un article du Populaire, et
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