‹ La vie à Paris ... 1880-1885, 1895-1910Chapitre 1 sur 12 · La vie à Paris ... 1880-1885, 1895-1910 · texte numérisé non relu

La vie à Paris ... 1880-1885, 1895-1910

Qu'on a bien fait d'élever une statue à Théophraste Renaudot, Tinitiateur, le fondateur du journalisme en Franée! Cet homme a fait pour la libération des esprits plus que personne en notre histoire. Il a deviné le livre fragmenté où s'alimente, chaque jour, la curiosité publique.

Le journalisme a bien changé, du reste, non seulement depuis Renaudot, mais depuis Fonfrède et Carrel — que dis-je ? — depuis Prévost- Paradol ou J.-J. Weiss. Sans parler de la presse à personnalités et à ^r^m^a^e^, grossissant volontiers les nouvelles, se glissant au foyer privé, plus préoccupée du fort tirage 'que de la vérité à faire connaître ou de la justice à défendre — presse qui a gagné du terrain, évidemment, et beaucoup, par la faute du public dont les appétits morbides la subventionnent, — le journalisme ^s'est transformé, il a subi l'entraînement américain, la loi du go ahead! proclamée à l'aide du téléphone et du télégraphe.

Il est certain, ou du moins il paraît constaté, que le journalisme d'autrefois, celui qu'on appelait le journalisme à erf(^e5, a fait place au journalisme nouveau, plus préoccupé des événements courants, des incidents quotidiens que des conceptions générales, et qui est le journalisme à informations. Et pourtant cette substitution d'un journalisme à un autre est, à bien étudier notre vie nouvelle, plus apparente que réelle. Les multiples gazettes

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de provinciaux qui viennent ici tenter le sort. Et c'est pourquoi la bataille est de plus en plus féroce et sans pitié, avec des déchirements et des haines autrefois inconnus. Ce n'est pas seulement un député que gagne le XVI® arrondissement, c'est un flot de déclassés qu'il embarque, comme pdiT une grosse mer. Et étonnez-vous donc de l'âpreté des arrivistes, des impatiences de tout ce qui est jeune, de tout ce qui veut vivre et vivre vite, et bien vivre, de cette cohue accourue qui trouve que les vieux s'attardent au repas du soir et menace de troubler, en le chambardait, leur dernier dessert!... Un des arrondissements de Paris, le quatrième, celui de l'Hôtel-de-Ville, avec ses^vieux quartiers un peu vides, de l'Arsenal et de Notre-Dame, ses vieilles rues révolutionnaires de Saint-Merri, perd un député;

n augmente, jours, le jour e les ibséniens le 15 janvier, se réunissent \ de Paris, fils 3 Parisiens de 3ial, vraiment s provinciaux tidien et le sol 3ien bruyante, ssée, poussée, Qbre des bourrare, plus les 3st plus attris-

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ttbitions diverses fait de Paris le le Conservatoire de la bohème, nous demandent conseil, réponarde ! Vivez chez vous ! Le terrain ré dans ce terrible et séduisant [)ute guère. On quitte sa province, mme on se jetterait à L'eau. Il y 3r dans les champs de France, il s, où Ton serait heureux, dans . des rivières tranquilles qui cou- )rovince, et des cimetières paiit bien, si bien, la journée finie^ ;hés sous les arbres verts I II y a ng des prés, à la lisière des bois, es, au bord de la grève, où la , doit être facile et sans trouble î n'en veut pas ! C'est la vie fade e sans fièvre, la vie sans horizon^ 1 condamné à brouter, attaché à mme la chèvre à son poteau, ire, vive Paris ! qui, du moins, qui trompe et déçoit; Paris dont omme celui de la femme ; Paris, monuments de pierre ou petites - mais qui a sa Morgue et ses fleuve coule, sombre, avec des ris, qui promet tout et tient si [ui semble un étincelant miroir mme un océan!

es gars normands et les gens de PS et de Coutances ont laissé lèt

au beau temps de la Timbale d'argent, chanta, je ne sais oti, à un mois de Marie ? Le cantique servait de rachat au refrain des Bouffes et la chanteuse gagnait ainsi le ciel en sortant des coulisses :

Je vous le dis en vérité, Sauvons-nous par la charité.

C'est du Déranger. Déranger! c'est-à-dire du vieux jeu dans toute son horreur. Mais le rapprochement que faisait le bonhomme entre la danseuse et la sœur de& pauvres n'était pas, à tout prendre, aussi sacrilège que voulurent bien le dire les dévots de son temps. Il y a une part de vertu, la meilleure — la pitié, — dan& ces œuvres du démon qu'on appelle si souvent au secours de la misère.

J'ai connu un comédien de talent qui était l'intirao ami d'un prêtre. Celui-ci le consultait sur la façon de débiter ses sermons et l'acteur demandait plus d'une fois, > l'abbé, des conseils sur la psychologie de ses rôles. L'ecclésiastique était l'élèye du comédien pour

iu prêtre pour l'histoire de tienne, Carlo B et, dit-on, ses idées sur VArlequin. Le iequin ne corette curiosité îs spirituelles Latouche qui ns les poésies

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fonds souvenirs, il n'est pas atteint par la fugue qui soulève les amères réflexions des moralistes. *• Ce qu'on peut dire, c'est que l'argent joue un rôle de plus en plus considérable dans la vie des aristocraties. Le hobereau d'autrefois vivant de peu, très fier dans sa gentilhommière, semble' à présent un type disparu. Les facilitas de la spéculation donnent au gentilhomme pauvre, tel que Henri Conscience en a tracé un portrait qui paraît aboli, des tentations quotidiennes. Les petits journaux de finance viennent le visiter et ie troubler dans son pigeonnier, comme les îw/^re^arii dramatiques viennent faire tinter les dollars ou les roubles dans la loge de l'artiste affolé de tournées. Le placer, le placer est au bout !...

e, se dit en re-

it bien tombée !

31 crêpe que de is ou des terres, la dépêche part îlle valeur I

province joue ïais, depuis les faubourg Saintréveillé de son lusse, il appelle lippart, ce Bou-

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petites affaires de trois millions !

épique, et très simple à la fois. La iiit s'est tellement atténuée que les j d'affaires ont d'autres soucis que de quelquesméchants millions. Le Monte- >n serait un pauvre aujourd'hui. Law ds y çux devant les mines du Transvaaï î sa rue Quincampoix n'était, malgré un grand débit d'épiceries.

>oubeyran lui-même, avec toutes les our à tour fondées et liquidées, paraîm timide à ces spéculateurs yankees dépassent l'imagination. L'Américain, us volontiers industriel que spéculaindustrie est une sorte de spéculation, e pas dire : « Je travaille ! » Le fmanle savetier, est un travailleur acharné, ombinaisons, aux calculs, aux études, )Ur des paperasses, se lève à l'aube, I, coiirt, haletant, aux rendez-vous é comme le joueur, le sourire à la )issc au cœur^ usant ses nerfs, brûlant it ses muscles à ce labeur continu, à toutes les heures.

c'est quelquefois, c'est souvent, un r ; c'est toujours, à toute heure de sa n mer.

oubeyran au port, à ce port inévitable e comptent plus. Je ne crois pas qu'il

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singulier de croyants et de détraqués. De vieilles gens surtout, de pauvres vieilles femmes qui prolongeaient par l'illusion du rêve leur existence fîme, leur vie gâchée et demandaient à l'invisible le spectre de leurs défuntes amours. Je me rappelle une sorte de Niobé en caraco noir, un mauvais chapeau planté sur ses cheveux blancs, et qui suivait d'un œil avide^ avec une expression de touchante extase, les mouvements d'un guéridon où on lui disait que passait^ palpitait l'âme de son iils.

Son fils perdu, son enfant mort, il était donc làl II revivait dans cette matière animée, il lui parlait grâce à ces notations conventionnelles des coups frappés. Il est certain que — mensonge ou vérité — le phéno- ....., ,. . "Uusion con>

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la réunion

est devenu Lx pleins de

lairait-il de

heureux? — ■ Au cieL — ;rettes-tu la que chose à l'embrasses-

irécieux dia-

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Aj^c^n^^^r -^

— Dans la vie, comme en amour, il ne faut pas

1 faut les laisser venir ie dont il faut se faire rtout avec les femmes :

ait qu'une curiosité de le mode comme auj ourlit guère des cénacles lis, un savant tel que ces fantasmagories, et it avec une apparence de nier le spiritisme :

îst-elle donc chose plus la lecture de l'intérieur dire, traversé par les

Le vulgaire confond itaisies ou les illusions Imirables d'un maître rien de commun avec rits frappeurs, mais la pes les phénomènes de e Lourdes scientifique, ie fantômes. Ce sont là ment opposés ; les uns ) autres acceptés par

la suggestion n'est-elle

vocation ?

siologie et la chiru;rgie

— En ce qui touche les phénomènes de la suggestibilité, me disait le docteur Charcot lui-même, nous avons autant à redouter l'enthousiasme facile'eu factice des ignorants que la négation obstinée des adversaires Pour la science, le danger est le même.

Trop de crédulité ou trop d'incrédulité, le péril est identique, qu'il s'agisse delà science ou du spiritisme.

Non seulement le spiritisme, en ouvrant aux pauvres vivants une sorte de perspective — la plupart du temps consolante — sur l'infini, donne un peu de bonheur furtif et de rêve passager à nos faiblesses, voilà pourquoi je l'absous, malgré ses escamotages; mais il a, tout comme la science pure, un catalogue de faits à son actif, très probants, parait-il, et qu'on peut opposera ceux qui nient sa puissance.

Je ne les ai jamais vus, ces faits, je le confesse à regret. Il ne me déplairait point de me prouver à moi-même qu'ils existent, mais le moyen? « Avezvous des entrailles? disait autrefois Ravel à Grassot. Ah ! Vous avez des entrailles ! Eh bien ! montrez-les I » Montrez-moi les faits probants qui feront tomber tous mes doutes. On m'a bien conté que, lorsque Napoléon III fit venir, vers 1857, le médium Dunglas Home aux Tuileries, non seulement le spiritc évoqua pour l'empereur ce fantôme de la reine Hortense, mais fit tracer, dans l'ombre, par une main lumineuse, un nom et une date fatidiques. Et l'on ajoutait que Napoléon III devint si pâle en lisant cette date et ce nom qu'il ne voulut jamais, never, o never more, revoir

S Home, et qu'il frissonnait lorsqu'on lui en

lis enfin, demandai-je à Henri Delaage, quelle quel nom la main lumineuse avait-elle écrits? )us le saurez plus tard^ répondait l'auteur de Ité dévoilée.

dirait aujourd'hui, s'il vivait, le bon Delaage^ nain traçait ce nom Sedan et cette date ^ 870; eût été bien, pour vaincre toute incrédulité, j révéler cet avenir dès 1857 — ne fût-ce que îviter. Il n'en restera pas moins acquis pour la listoire que le médium Dunglas Home prédit innées d'avance la chute de l'Empire et peutelque grave historien ramassei*a-t-il le fait hotte aux vieilles anecdotes, comme H. Taine, rieur, l'a fait pour le fameux et romanesque où Jacques Cazotte prédit très dramatiquement i Révolution française. Anecdote d'almanach e feuillet d'un livre d'annales, is, jadis, exprimé à propos du spiritisme et dtes, ce sentiment de doute un peu narquois mandais à M. Victorien Sardou ce qu'il pensait, for intérieur, de ces phénomènes. Je ne me guère qu'il écrirait, un jour, une comédie e Spiritisme et qu'il remettrait le spiritisme à e. M. Sardou n'était alors, en fait d'œuvres )irites, que ra;uteur d'un très extraordinaire représentant la Maison de Mozart dans la planter. Une merveille d'enchevêtrement de rint de rocailles. Un dessin qui déconcerte l'ima- 1 et qui a dû demander (je le croyais.

— c'est une autre affaire. Et voilà tout le spiritisme en deux mots î

Mais je m'aperçois qu'en ne voulant rien dire j'en dis trop, qui n'est pas encore assez, et je termine en vous serrant affectueusement la main.

' V. Sardou.

Victorien Sardou ne se doutait pas alors qu'il transporterait au théâtre les problèmes du spiritisme. Ou plutôt il en devait avoir déjà la pensée. Ce qu'il veut, il le veut bien. Ce c[ui le passionne, il faut que le public l'accepte. Les milieux qu'il a étudiés, il entend que la foule les connaisse. Il évoque Byzance sans le secours des tables et, il a beau dire, l'ardeur militante de Beaumarchais est en lui, et il écrirait, toute la vie, de merveilleux mémoires et des pages durables de polémique.

Quel extraordinaire journaliste ferait ce maître du théâtre ! C'est du journalisme et du meilleur, de la chronique, et de la plus entraînante, cette amusante, savante, entraînante conversation entre docteurs croyants ou incrédules au premier acte de Spiritisme. Le temps a marché depuis le jour où Sardou m'écrivait cette lettre affirmant ses convictions de spirite jadis pratiquant. Les William Crookes et les Lombroso sont venus à la rescousse, et le spiritisme n'est plus seulement préconisé par Allan Kardec. Et quand je pense que Sardou a trouvé le moyen d'attacher, de divertir le public par une véritable conférence scientifique, Parisot représentant le doute, et Davidson la croyance 1 II doit être bien heureux.

passé et sa comédie datée d'hier. Non, je n'y crois pas. Je n'y crois pas encore. Je voudrais y croire. Je demande à voir. Saint Thomas était un positiviste qui entendait user de ses yeux pour regarder et de ses doigts pour toucher.

Qu'on me montre la corbeille pleine de roses allant arrêter la pendule; que je sente, dans l'ombre, cette main mystérieuse que notre ami Sully Prudhomme a vue, dit-il; que Musset et George Sand, évoqués, récrivent une page de Lélia ou une strophe des Nuits — et je me rends !

Mais je me rappelle encore ces soirées où les guéridons répondant à des questions sérieuses par des répliques ordurières, l'organisateur des soirées spirites

monde des uses rencon-

les manifesouverais pas uissance des e permettait irer et mon it mes yeux.

ris. L'impos-

banalité de

;-froid — et s. Un pas de connaissable fipé pour ce

et en même temps notre Louvre accrocher là quelque œuvre de choix, en passant.

On a refusé à ce pauvre Louvre la possibilité d'enrichir sa caisse, ou la caisse des Musées, en prélevant un droit d'entrée sur les visiteurs des galeries d'art. Je sais bien que la gratuité des musées est une des coquetteries et une des grâces de la France. Nous sommes, sur ce point, la nation hospitalière par essence. Rien n'est irritant comme dans les églises flamandes d'aperceyoir ces Rubens et ces Van Dyck recouverts d'un voile qui ne se lève que moyennant une redevance payée au bedeau. Et dans combien de villes, chez combien de peuples faut-il débourser un peu de monnaie pour contempler les tableaux ou les marbres! Il est certain que la gratuité, le libre accès des chefs-d'œuvre, les portes de nos Louvres ouvertes toutes grandes à nos compatriotes, aux étrangers, à tout le monde, constituent une séduction de plus pour une ville comme Paris.

Mais nous avons subi depuis des années la tristesse des temps et nous devons compter avec nos ressources, et nos musées nationaux font piètre figure et semblent terriblement pauvres à côté d'amateurs comme M. Chauchard qui enlève d'assaut, sous le feu des enchères, la fameuse Revue deMorediU le Jeune. Il en est de nos épargnes pécuniaires comme de nos vieilles illusions généreuses : elles semblent entamées. Je ne crois pas qu'on rencontre encore dans nos, campagnes beaucoup de ces images qui autrefois nous semblaient si héroïquement dramatiques et faisaient battre nos jeunes cœurs : Poniatowski, blessé, se noyant dans

Goc.^^

LA VIE A PARIS. Ii5

TElster, Botzaris embrassant le colonel Fabvier... Je parlais des Orientales. Relisez-les. Elles vous attendriront par leurs illusions ironiquement généreuses. Victor Hugo, aujourd'hui, ne comprendrait rien aux choses quotidiennes.

Vous ne comprenez rien, mère, à la politique...

Il rouvrirait, pensif, son vieux recueil d'autrefois et hocherait la tète en relisant ces vers de sa jeunesse, qui furent le coup de soleil de la nôtre :

En Grèce! en Grèce! Adieu vous tous! II faut partir !

Et tous chantaient ainsi alors, tous pris de la belle fièvre hellénique, tandis que Delacroix peignait, tous, depuis le poète Lebrun jusqu'au voyageur J.-J. Am-

re de Psar^a

Ironies de k coups de nés brisés ; )ns faire les uns se souje n'oublie ecs vinrent leige de la

à relire les

iGobgle

C'est Navarin. Espérons que le sort nous épargnera un Navarin à rebours.

Pendant ce temps, les esprits aimables, qui n'ont pas la curiosité ou le loisir de lire le Livre jaune — le plus intéressant de l'heure présente, à coup sûr, — discutent sur la forme des chapeaux. « Doit-on dire la forme ou la figure d'un chapeau ? » demande le philosophe de Molière. La question présente est plus pratique : doit-on, peut-on modifier la forme de nos chapeaux?

C'est à propos du Centenaire du chapeau dit haut de forme que le point d'interrogation a été posé, et la plupart des personnes interrogées semblent avoir condamné la figure de ce tube^ comme on dit, dont nous nous couvrons la tète. Alors n'est-il pas très simple de chercher à donner au chapeau masculin un aspect nouveau ?

Rien ne varie plus vite, notez bien, que ce chapeau haut de forme dont l'apparence semble immuable. H suffit de retrouver aujourd'hui des photographies où réapparaissent les élégants du second Empire. M. de Morny, M. de Metternich, avec leurs énormes chapeaux, presque aussi hauts que ceux des docteurs moliéresques et vraiment faits pour évoquer l'idée du tuyau de poêle, comme la langue populaire baptisait ces coiffures. Mais, à présent même, chaque année, chaque semestre plutôt, la forme du chapeau masculin se modifie insensiblement : tantôt il est petit, évasé, tantôt droit comme un fût de colonne. Les

i)ords étaient plats, ils deviennent recourbés, ourlés comme une oreille. Ils étaient^ larges, les voici tout minces. Le chapeau avait des ailes, il n'a plus qu'un ^séré. Mais il est toujours le chapeau haut de forme, le chapeau que je défie au sculpteur de faire accepter sur le crâne d'une statue, le chapeau qui semble ironique au point de vue pittoresque comparé aux feutres élégants des raffinés d'autrefois et même au lampion coquet, bien planté sur l'oreille du xviii*' siècle, cher aux Goncourt.

Je ne sais quel fantaisiste comparait l'homme moderne, en ses habits noirs, à une bouteille dont le chapeau haut de forme serait le bouchon. Encore les Turcs ont-ils sur ces vêtements sombres le fez qui les fait ressembler à une bouteille cachetée de rouge. Notre cachet, à nous, est noir. C'est une coiffure de pessimistes.

Mais nous y tenons. Seul, le chapeau haut de forme est accepté, semble convenable et, comme on dit, habillé. Bon pour la mer, le petit chapeau de feutre ou de paille, bon pour lès jours d'été où le boulevard est vide et où il semble qu'une toilette un peu négligée signifie : « Vous savez, je suis à Paris, mais je n'y suis pas I Je passe I »

Il nous serait facile d'adopter un chapeau plus commode, plus léger, plus pittoresque. Nous nous en tiendrons au tube luisant et correct. Je me rappelle l'étonnement d'un de mes amis d'Espagne me voyant me promener en chapeau de voyage dans les rues de Madrid, et en été, sub Jove crudo.

— Oh ! mon cher, il faut ôter cela, prendre un

aimable, et le marquis Costa de Beauregard, qui Ta peu fréquenté, l'a assez connu pour avoir gardé une preuve de cette politesse toute française.

L'auteur d!Un homme d'autrefois est fils de la Savoie, et c'est lui qui conduisit au feu, en 1870, les mobiles de ses montagnes. Le soir d'un des combats sur la Loire, un général prussien s'approchait d'un comman^ dant blessé étendu sur un brancard improvisé et, le saluant militairement, lui disait :

— Monsieur, permettez-moi de vous faire compliment de vos soldats ! Ils ont été héroïques î

C'était en même temps les complimenter de leur chef. Ce blessé que saluait ainsi l'Allemand, était le marquis Costa de Beauregard, commandant des mobiles de la Savoie.

Eh bien ! c'est à lui que Camille Doucet répétait en souriant :

— Il ne faut pas nous en vouloir quand nous disons de quelqu'un : Cest un Savoyard ! Nous voulons simplement dire : C'est un Auvergnat !

Doucet eût retourné le mot s'il eût parlé à notre ami Bardoux. Il avait le goût, le désir du propos caressant. Et, sous cette amabilité persistante et cette bonté non factice, quel tact, quelle pénétration et quelle raison aiguisée! François Coppée le jugeait un jour ainsi : « Supposez Camille Doucet tout-puissant la veille de la guerre de 1870 : il eût trouvé moyen d'éviter la guerre! » Et c'est vrai. Et je ne sais pas d'opinion qui résume plus complètement les qualités essentielles de cet homme qui fut un administrateur de premier ordre, un fonctionnaire ayant Vesprit et non Vâme du fonc-

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tionnaire, un surintendant des théâtres tout à fait supérieur, ami des lettres, serviable et généreux pour les écrivains, et qui, entré avec une certaine fortune dans l'administration des beaux-arts, en sortit avec une fortune moindre parce que cet honnête et dévoué confrère, lorsqu'il s agissait de soulager les misères dont il était le confident officiel, ajoutait de ses deniers ce que le budget de l'Etat ne lui permettait pas toujours de donner.

Voilà ce qu'il faut dire bien haut de ce galant et vaillant homme, maintenant que ces révélations ne peuvent plus attrister sa modestie et, je répète le mot, son inépuisable bonté.

Bonté active, bonté intelligente, bonté militante. Il la mettait en œuvre pour désarmer les adversaires du gouvernement qu'il servait. J'ai conté, au lendemain de sa mort, comment ce fut lui qui fit rendre à cette

3 drame de jment attiré t enfants de eur et la Dot mis au pied hommes, le

llefille, toute

) mit en tête

lue. Il le fit

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TOUS et moi,

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citoyens d'une même république, celle des lettres. Il y a une institution nationale établie pour récompenser tous les talents, c'est la Légion d'honneur. L'auteur de Glenarvon^ de Randal et de ces Sceptiques 4onton parle déjà, mérite la croix depuis longtemps. Permettez-moi de l'attacher à votre boutonnière. Le gouvernement ne vous demande rien, ne vous impose rien et, si vous voulez tout mon sentiment, ce n'est pas le fonctionnaire de l'Empire qui veut vous faire chevalier de la Légion d'honneur — le ministre m'a donné carte blanche, — c'est votre confrère Camille Doucet qui vous prie d'accepter, de sa main, un bout de ruban. Vous n'allez pas me refuser cette joie!

— Soit, répondit Mallefille, devons, mais de vous iseul, je peux accepter. C'est convenu !

— Donnez-moi la main.^

— De grand cœur !

— Demain, le décret paraîtra au Moniteur !

— Comme il vous plaira, dit Félicien Mallefille.

Il sortit du cabinet du directeur des théâtres et fit quelques pas dans l'antichambre, puis, tout à coup, rouvrant la porte et revenant à Camille Doucet :

— Ah 1 pardon, mon cher ami, je réfléchis à. une chose !

— Laquelle, mon cher Mallefille ?

— Vous oubliez peut-être que j'ai été, en 1848, ambassadeur de la République française près la cour de Portugal?

— Non, fit Doucet, je ne l'oublie pas. C'est même pour avoir trop fastueuseaient- ou trop dignement, comme vous voudrez, représenté la République, et

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nant et retournant entre ses doigts mon manuscrit à couverture bleue.

Il me regardait, réfléchissait, reprenait le cahier, relisait, hochait la tête.

Tout à coup :

— Voyons, me dit-il, si je vous accordais de laisser jouer quelques mesures de la Marseillaise "l Oui... a Allons enfants de.,, » Et l'orchestre et les chœurs s'arrêteraient là 1 Cela suffirait, je pense !

— Oh! « Allons enfants de,,, » ce serait bien peu. C'est à peine si le public aurait le temps dé saisir l'air, et les personnages sur la scène d'exprimer leur effroi. « Allons enfants dé,,, » cela ne signifierait pas grand'chose .

a^zi. f?x. u:

•^e la patrie.

ez non seuit un vers :

je le comîrs :

pas encore

>i mobile et

foosie gK.

si fin, exprimait à la fois une hésitation inquiète et une tentation très libérale.

Cependant le fonctionnaire discutait, disputait le terrain :

— Le jour de gloire est arrivé ! Diable, mais c'est la Marseillaise alors I C'est presque toute la Marseillaise ! Je n'ai pas le droit d'autoriser la Marseillaise^ et je l'autoriserais? Le jour de gloire est arrivé! Non, non, €'est trop, beaucoup trop ! Allons, enfants de la patrie ne vous suffît pas ?

Et il reprenait, faisant sonner, pour mettre en valeur toute la portée de son autorisation, il reprenait en le scandant, en l'étalant, en lui donnant une largeur admirable : .

Allons, enfants de la patrie !

— Mais c'est superbe, monsieur! Mais cela à l'orchestre, suffira pour animer votre tableau !

Allons, enfants de la patrie I

Et moi :

— Non, il faut compléter la phrase :

Le jour de gloire est arrivé I

— Allons^ enfants de la patrie ! disait Doucet.

— Le jour de gloire est arrivé ! répliquais-je. Chacun de nous reprenait son vers^ le détaillait, le

récitait, le fredonnait, le louait, et je ne sais rien de plus plaisamment ironique, en vérité, que le duo de ce jeune homme et de ce haut dignitaire chantant ainsi, autour d'un bureau surchargé de papiers admi-

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