‹ La vie à Paris ... 1880-1885, 1895-1910Chapitre 10 sur 12 · IS · texte numérisé non relu

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Te, à ce prodigieux le rendu officiel des Balzac, évidemment, i d'un uniforme de à Pierre Coignard, et son forçat épique les La réalité ici dépasse autrinplus stupéfiant ,ns le repentir-rachat,

liste Pierre Coignard lus les décorations et Sainte-Hélène. Sur la pendant une revue, , pour le moment en gard d'oiseau de nuit qui caracole en tête

Poignard!

I pas le beau cavalier, lauvages, des points )rçat d'hier remarque un certain tic, une sa lèvre inférieure.

;, ajouté à la ressemplus de doute. C'est

'officier :

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se sentait accablé sous les dépositions de ses anciens compagnons de Bicêtre, de ses camarades de cadène, il répondait :

— Tout ça, c'fest la bande à Vidocq I

Mais, au lendemain de Touragan de TEmpire, dans le tohu-bohu formidable qui aval t bouleversé les mœurs, mis des couronnes sur des fronts de palefreniers, dans cette heure étonnante où régnait l'impossible^ encore pouvait-on assister à ces incroyables tragicomédies. Aujourd'hui, il semble que la multiplicité des informations et, comme on dit, le progrès des lumières, dussent rendre impossibles ces invraisemblables romans. — Ne vivons-nous pas au temps des rayons X? Et, pourtant, de quels épisodes extraordinaires ne sommes-nous pas encore et toujours les témoins! Nos pères nous ont conté quelle émotion s'était emparée de la France au moment du procès de Mme Lafarge. Le pays était nettement divisé en deux camps. On ne s.'occupait que du drame du Glandier, et si obstinément que Tafifaire du prince Louis-Napoléon, jugée en même temps, passa inaperçue.

— Nous avons notre affaire du Collier de la Reine avec l'affaire Dreyfus, me disait un de nos confrères.

Oui, avec cette différence que le procès en est débattu chaque jour, commenté par ï'opinion, et je crois bien qu'il n'y a pas une seule réunion à Paris où ne se mêlent, dans les propos, les noms de Dreyfus et d'Esterhazy. C'est une obsession. Les Parisiens font de la graphologie comme les souffleurs autrefois faisaient de l'astrologie judiciaire. Gustave Flaubert Voulait nous montrer, dans une féerie^ un tableau à

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compartiments multiples où,, à 1 même minute — avec une précisi de bons bourgeois, frères de Bou eussent été surpris se mettant à 1 tement au même moment : « Ah î ne sent pas mauvais ! » puis, sai « Un petit vin qui se laisse boire qu'aux heures où Paris dîne, er dessert, partout, inévitablement, mandant Esterhazy et de Tex-cap bien ! et l'affaire Dreyfus? » Il n' de conversation et le manieur de j de l'occasion pour assassiner une f visiblement sur l'inattention de h

A toute autre minute, le meurti été le fait divers saillant qui a le lecteur. C'est à peine à préseï Ce n'est pas cela qu'on lit. L'ave Qu'est-ce qu'une malheureuse fil coup, aux pieds d'un crucifix? Noi un drame plus saisissant où s'a personnages et qui déchaîne de débordements de haines et de col

Et les spectateurs, qui payent 1 théâtre — contribuables, par l'i soldats, par l'impôt du sang, • pièce a dés longueurs et réclame rideau I Le régisseur, parlant au j prononcer le mot décisif?

— La réponse est bien simple, considérable : Tout accusé est pr^

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fils, d'Alexandre Dumas père aussi et du grand-père endormi sous la pierre de Villers-Cotterets. On imagine bien que la séance sera des plus courues. On s'en dispute les billets tout comme s'il devait y être question du capitaine Dreyfus, et je gage que, cette fois, les comédiennes y disputeront leurs places aux femmes du monde.

Plus d'un cherchera dans la foule celle dont le nom sera prononcé et qui incarna la première cette Marguerite Gautier que jouaient hier Sarah Bernhardt et la Duse et où Blanche Pierson, après Jane Essler, si passionnée, se montra si charmante. Certainement elle sera là, Mme Doche, la créatrice de la Dame aux Camélias^ Eugénie Doche, qui conserve pieusement tous les souvenirs de ce passé et dont ne parlait jamais Dumas fils qu'avec un certain attendrissement. Toute sa jeunesse! « La prepiière bataille! La première victoire ! »

Il e^t assez juste que le comédien qui a combattu pour l'auteur débutant ou contesté soit associé à son triomphe, à l'hommage posthume. « Je suis académicien, écrivait l'excellent Eugène Labiche à l'acteur GeoflFroy le soir même de l'élection, je te dois bien, mon vieil ami, un bras de mon fauteuil. »

Ce qui eût touché Dumas, dans les deux harangues où retentit son nom glorieux, c'est que son père n'y est pasoublié. Pouvait-ill'êtra, en vérité? L'aïeul lui-même le colossal mulâtre est associé à la renommée de ses descendants. Au-dessus des deux plumes entre-croisées flotte son plumet tricolore. Le général sourit à son fils, à son petit-fils çt YQilà, (ju'on l^ veuille oij ^on, les

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les trois Verne t.

îux expliqué, coiniciente et légère de fils lui-même dans en cela, plus vraie maternels. On m'apographes tout à fait Tétait une suite de 3, par Dumas fils et n de Paris, arrêté à se russe qui ne lui rritoire moscovite,

pourrait bien être Lt un roman, singurendroits, etlefils, i village boueux et au début du Régent m\é loin du boulejuet de cosaques lui i père, à des amis ipels presque désese passion au cœur, smpent la lame huffairé, emporté par vrer et le drame à sr coup d'œil à sa )uve cependant le avertissements qui lent émouvants.

s que je n'ai que toi!

, car dans le Père

grand enfant qu'on protège et que Ton gronde. Il a trouvé, dans la préface d'une récente édition illustrée des Trois Mousquetaires des accents exquis pour dire à son mort: « A bientôt! » Leur tendresse était souvent touchante, souvent inquiète chez le fils, parfois nerveuse chez le père. Le soir du triomphe An Fils natwel^ comme on donnait, en famille, et entre intimes, un souper pour fêter le succès de Tœuvre nouvelle, si puissante et si brave en sa plaidoirie pour le v bâtard » :

— Ah çà, mais, dit naïvement le père Dumas, vous oubliez donc que j'ai fait Antony'l

On ne l'oubliait point; mais on saluait le fils qui venait de renouveler un sujet, repris depuis, du reste, par Augier dans les Fourchambault. Eût-on oublié Antony, ce soir-là, que Dumas père pouvait bien pardonner î Lui-même commettait bien, et de lameilleure foiiiu monde, d'autres oublis, moins véniels peut-être s'il se fût agi d'un autre.

Je ne crois pas que ce bon, grand, amusant, entraînant, étourdissant Dumas père, cette sorte d'Homère gascon, se soit jamais mieux peint, sans le vouloir, sans le savoir, que dans telle lettre que j'ai là, curieuse, pleine de verve et de gloriole, stupéfiante d'ailleurs.

et monumentale, que ce très grand écrivain qui fut en même temps le meilleur des hommes écrivait à Déranger. Le chansonnier lui avait parlé, sans malice, je pense, des porions de lettres, qui creusaient le sol pour fournir du minerai à celui qu'on appelait « le plus fécond de nos romanciers », quand on n'irritait point Balzac avec cette même étiquette.

Dumas crut de son devoir de rassurer celui dont il se disait le fils^ et voici l'admirable lettre que le père de Coconnas écrivit au père de Roger Bontemps :

Cher père,

Je reçois votre lettre et vous avez tort de douter du plaisir qu'elle devait me faire.

Cependant, ce plaisir a été mêlé d'un peu de chagrin.

Gomment, vous — l'intelligence supérieure par excellence, — vous avez cru à ce conte populaire accrédité par quelques-uns de ces misérables qui essayent toujours de mordre les talons qui ont des ailes? Vous avez pu croire que je tenais fabrique d» romans ; que j'avais, comme vous le dites, des mineurs pour me préparer mon minerai ? Cher père, mon seul minerai c'est ma main gauche qui tient le livre ouvert, tandis que la droite travaille — douze heures par jour. Mon minerai, c'est la volonté d'exécuter ce qu'aucun homme n'avait entrepris avant moi. Mon minerai, c'est l'orgueil — ou la vanité, comme vous voudrez — de faire à moi seul autant que font mes confrères les romanciers à eux tous — et de faire mieux.

Vous connaissez les hommes, mon très cher père, et les connaissant vous devez savoir que la discrétion n'est pas leur vertu principale, lorsque cette discrétion surtout devient du dévouement. Or, croyez-vous qu'il existe de par le monde des hommes assez dévoués et discrets pour avoir fait d'Harmentalf les Mousquetaires,' Vingt ans après et

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rendait justice à la bonté pleine d'eflFusion de ce grand Dumas contre lequel il devait plaider. C'est de lui que je tiens un trait, vraiment touchant, qu'il est bon de conter aujourd'hui.

Le soir de la première représentation du drame tiré des Mousquetaires, Alexandre Dumas arpentait, tout joyeux, les planches de l'Ambigu et Auguste Maquet, son collaborateur, se tenait, mordillant un peu sa moustache, dans la coulisse. A mesure que le drame s'achevait, la soirée devenait triomphale.

Il était convenu entre Dumas et Maquet que, sur les romans composés par eux comme sur les drames tirés de ces romans et qui devaient être nombreux, le nom illustre d'Alexandre Dumas figurerait seul. C'était la marque glorieuse, l'estampille populaire. Le traité là-dessus était net et formel.

Comme le dernier tableau allait être joué, Auguste Maquet vit Alexandre Dumas parler tout bas, dire quelques mots à l'oreille de Mélingue, l'idéal et irrésistible d'Artagnan qui, d'ailleurs, parut enchanté.

— Il le félicite, pensa Maquet, et qu'il a raison I Mais Dumas, laissant là Mélingue, arrivait du côté

de son collaborateur anonyme.

— Mon cher ami, lui dit-il, est-ce que votre mère est dans la salle?

— Certes I fît Maquet, un peu mélancolique et comme s'il n'était pas de la fête. Elle est là, dans une seconde loge.

— Eh bien! ajouta Dumas, tout à l'heure, ne perdez pas de vue cette seconde loge* Regardez^là, je vous prie I

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principal personnage : Carrara. Il sonne bien. Il est fait pour la gloire. Le sinistre Vacher a un rival.

Pour le moment, la curiosité publique s'inquiète de savoir si la victime a ou n'a pas été dévorée par le brasero souterrain et s'il est possible de faire disparaître, par le feu, en totalité, un de nos misérables corps humains. Ne posez jamais cette question à nos savants, si vous ne voulez pas être terrifiés. Ils vous répondront qu'on peut faire mieux, ou pis : par exemple, dissoudre chimiquement un corps humain, le liquéfier, si bien qu'un assassin pourra faire couler au ruisseau le cadavre réduit à l'état liquide et dont, pardon du mot, il ne restera goutte. 0 bénéfices de la civilisation !

Ces révélations soudaines nous rendent doucement sceptiques sur l'infini progrès des mœurs. Il semblait que les crimes violents, atrocement sauvages, à la Fualdès, dussent être impossibles et voilà Vacher et Carrara qui nous répondent, l'un avec son couteau, l'autre avec son marteau. Avouons, du reste, que, si les bergers des campagnes sont des victimes abordables, le garçon de recette, courant nos rues, porteur de sommes considérables, avec son portefeuille de cuir, sa sacoche, son tricorne, semble une proie tout indiquée, une tentation ambulante, une sorte de trésor qui marche. Entre l'étalage du changeur, où les bank-notes reposent, alléchantes comme le satin d'une peau humaine, où les pièces d'or allument leurs rayons jaunes et le garçon de banque qui le coudoie sur le trottoir, le réfractaire sent l'appétit lui venir et, comme un chien errant.

il flaire, hérissé, Targent qui d

Lacenaire avait, un des pr au garçon de recette. Avec un le pauvre diable au guet-aper qu'avec le brave homme qu pour autrui on ne fera pas '.

garçon de banque qu'on assai Chiffonnier de Paris^ de Féli un soir, des spectateurs du m^ du théâtre : « Au fait, c'est

Chiens de garde du capital ont contre eux les crocs aigi qui rôdent. Peu tentés par fidèles, ils sont l'appât en ch on n'est pas volé, on peut f — chose effroyable — Car d'entre eux, choisissant celui ( chargé. Si l'on mettait en œuv Bicêtre, la scène à faire ser< Lamare par cet homme et ce l'un et l'autre du fond de leu disant tour à tour :

— Il va venir I II ne vient p Le voilà I C'est lui I

Certes, il y eut là une mim et le crime a, comme la gue son moment psychologique.

N'essayons pas de le nieî foule* Il fait recette. On oubl:

mais l'enfoncement dans le trou profond, comment

l'éviter? Et qu'importe? On danse. Les mascarades se soldent par une perte sèche; on recommencera les vachalcades et on redonnera des bals du déficit^ et, de déficit en déficit, la vie continuera, tandis que les philosophes pratiques diront tout simplement, comme ce roi Louis XV dont les five o'clock eussent été bizarres, vus au cinématographe :

— Après nous, le Déluge !

Je connais des philosophes plus amers. J'en sais un qui voit un nouveau symptôme de décadence dans cette mode nouvelle et paradoxale qui est la singularité de l'année: les bijoux vivants, les petites tortues montées en broches et blindées d'orfèvreries.

« — Mon cher monsieur, me disait hier un de ces professionnels de la lamentation, ce petit fait n'est rien, ou peu de chose, mais il a sa signification. Tout a un sens et c'est vraiment, $'il faut en croire certains savants, un symptôiAe morbide que cet amour étrange pour certains animaux, ce goût dépravé pour des caprices de ce genre . Des tortues vivantes devenues des parures ! La zoophilie, à un certain degré, devient une tare. Et ce qui paraît une originalité n'est qu'une variété du détraquement. »

Oh I combien sévère notre moraliste I On ne saurait pourtant condamner cette affectivité toute spéciale, et pourquoi serait-il naturel d'aimer un cheval, un chien, un chat, et quasi maladif d'aimer un oiseau ou une tortue ?

J'aime l'araignée et j'aime Tortie Parce qu^on les hait,

disait Hugo*

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Les Américaines ont eu les petits caméléons de la Floride qu'elles arboraient comme de vivants joyaux. Les Parisiennes — certaines Parisiennes — se plantent sur la poitrine de petites tortues noires dont les ornements jettent des feux à chaque mouvement des étraùges chéloniens transformés en joyaux animés. C'est la mobilisation des joyaux.

On s'est beaucoup moqué de la facétie du Rodolphe de la Vie de Bohème faisant peindre en rouge — parce que c'est plus gai — le homard vivant qui lui tient compagnie dans sa mansarde. Cela a paru d'un comique naïf. Mais la bizarrerie de des Esseintes incrustant dans la carapace d'une tortue des pierres précieuses avait naguère semblé originale. Elle l'est, en effet. Et la voici réalisée par des orfèvres qui connaissent l'humeur féminine. Les tortues vivantes et les tortues minuscules sont devenues des parures. On les porte, en manière de broche mouvante, au bout d'une chaînette d'or épinglée au corsage. La tortue, avec son dos carapaçonné de diamants ou de turquoises, donne ainsi l'idée de quelque Ottoman de carnaval s'agitant avec un soleil dans le dos. Elles reluisent et flambent, les pauvres bestioles prisonnières. Elles cherchent à se dérober à l'étroit carré de velours où elles sont attachées comme au piquet. Elles aspirent à la liberté comme toutes les créatures de la terre et traînent leur maison devenue étincelante de feux imprévus.

C'est un premier pas fait vers la parure zoologique. Si la mode s'en mêle, les élégantes auront bientôt leur ouistiti de poche ou leur couleuvre de manchon.

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guide et condamna les roulements au silence. Les illustres morts croyaient avoir reconquis la paix. Non. Ils auront encore leur sommeil troublé par une commission^ d'ailleurs respectueuse. Mais cette sorte de post'scriptum de la biographie de Rousseau eût semblé à Tauteur d'Emile un surcroît d'épreuves. Il ne s'y attendait pas.

« Si nous étions immortels, écrivait-il dans VÉmile précisément, nous serions des êtres très misérables. Il est dur de mourir sans doute ; mais il est doux d'espérer qu'on ne vivra pas toujours et qu'une meilleure vie finira les peines de celle-ci. »

Eh bien I non et ce Rousseau qui faisait presque une grimace lorsque Bernardin de Saint-Pierre, pourtant bien poli, lui rendait visite, aura reçu, quoiqu'il en eût, des visites nouvelles. Tout n'a pas été fini avec « cette vie » pour l'auteur d'Emile, On a voulu savoir s'il n'était pas visible encore et on a ouvert son et ses tombeaux alors qu'il vaudrait mieux rouvrir ses livres. Je comprends toute la piété de ces enquêteurs posthumes. La vérité a ses devoirs et, pour les morts, l'indiscrétion peut être une des formes du respect.

Mais quelle ironie, tout de même et comme l'auteur de Candide se moquerait du « promeneur solitaire » qui n'a pu demeurer seul , même après sa mort, et que ses disciples, pour savoir si Jean- Jacques Rousseau reste chez lui, auront traité comme un sublime Choufleury I

Oh I la tombe, l'idéale tombe ignorée du Milton inédit et sans gloire, — dans le cimetière de village 4u poète Gray !

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délici Ilr épreu les fe ment — sul sans I lais le lorsqi <c Tac sa COI toute?

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années d'épreuves, les années de souffrances qui, au lieu d'aigrir cette nerveuse, exquise nature de sensitive, l'avaient — M. Zola nous le disait un jour * — élargi dans le large sens de la pitié, ouvrant sur l'humaine détresse cet esprit éveillé de poète bercé jadis par le chant des cigales et amusé du vol des papillons.

Aucun exemple, plus frappant dans l'ascension vers l'idéal que cette vaillante existence d'Alphonse Daudet partant du verger où la classique cousine cueille les prunes du prunier, comme Mlle Gallet jette à Jean- Jacques, les cerises du cerisier, pour arriver aux études poignantes, aux torturantes pages de Sapho — son chef-d'œuvre peut-être, — en passant par les tristesses émues de Fromont jeune et les inquiétudes de VEvangéliste. Chaque page d'Alphonse Daudet fut un pas en avant,un progrès dans le sens de l'humanité uni au talent. Il eut, plus que personne, après le verbe qui caresse, le mot pénétrant qui console. Les Lettres de mon moulin jadis avaient eu la séduction de beaux rêves d'un conteur achevé, d'un maître styliste à la phrase à la fois musicale, vivante, et comme mimée ; les Rois en exil, le Nabab^ Numa Roumestan nous apportaient des émotions plus profondes, des études d'une cruauté virile, où l'amertume le plus souvent et la satire se dissimulaient sous la gaieté narquoise d'un observateur souvent attristé, mais que consolait un sourire d'enfant ou un rayon de soleil.

C'est un compagnon d'autrefois qui disparait, et nous avions connu Alphonse Daudet à l'heure de ses débuts printaniers, lorsqu'il donnait à l'Odéûn ou à la

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ces pages courtes, et comme Alphonse Daudet, lui aussi, pourrait, de 1871 à cette mort d'Edmond Se r^ . ^„,-T US peignait naguère avec une préci-

une douleur fraternelle, composer uvenirs portant le titre choisi par il ■ ' ' "

les tristesses, raccabletnent de la isf orme Alphonse Daudet qui trouvait ité d'une union choisie, un encourais fortes qui allaient le placer, dans e de notre temps, à son rang, au 3parition de Fromont jeune et Risler ment dans l'histoire glorieuse du ain. Cette Mme Bovary du Marais, py sublimé, le vieux Risler, séduisit tion, la raillerie, la poésie, le talent isèrent désormais Daudet parmi les râbles petits cuadros, comme eût dit 3 Femmes d'artistes et des Lettres de laient des tableaux de proportions mdet gardait en ses fresques l'art es sortes d'intérieurs hollandais ms du Midi.

site de vie ! Quelle rare faculté de luramment de certains êtres vivants, lutte quotidienne : C'est un homme rra dire de tel être en chair et en os, a rue : C'est un personnage de ilet, Delobelle, Sapho, Roumestan ceux que l'écrivain qui les fait vivre

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Ainsi, Alphonse Daudet continuait ce que je nommais tout à rheure son ascension. Les épreuves physiques laissaient le talent intact et l'agrandissaient, si jepuis dire. Le malade de Lamalou avait des tendresses et des indulgences que ne connaissait pas le délicieux railleur du temps de Tartarin. Il y a là un rare exemple de courage moral. Il travaillait toujours, faisant de son souffroir un cher laboratoire d'œuvres et d'idées. Il était accueillant, obligeant, toujours prêt à demander un service pour autrui. Que de fois un débutant s'est-il présenté à moi une lettre d'Alphonse Daudet à la main !

Il était demeuré le causeur intarissable que nous avions connu jadis, qui avait le mot, le trait, le geste, qui évoquait les souvenirs, les amis disparus, les coins de terre oubliés, avec un art pittoresque, irrésistible, une émotion pénétrée Hau-delà, L'âge sans doute avait donné à la verve juvénile un accent de mélancolie . mais non, le « Petit Chose » devenu le « grand Daudet » restait, au fond, le bon compagnon d'autrefois, et Flaubert et Concourt ont dû le connaître tel qu'il nous apparut dans le rayonnement des premiers succès de ses vingt ans.

Il avait aimé, salué ses aînés avant de devenir, lui aussi, un aîné. Il avait combattu pour leur renommée, un peu méconnue à l'heure où nous débutions. Les soldais de la première heure s'étaient un peu dispersés, chacun faisant le coup de feu à sa guise. Mais la camaraderie du bon temps, des journées de jeunesse, des revues improvisées chez Villemessant, à Seine-Port, lors du baptême d'un enfant qui doit avoir aujourd'hui

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la barbe grise, des échappées vers le pont de Kehl ou Ton pouvait alors chanter le Rhin allemand de Musset aux oreilles des compatriotes de Becker, de Ruckert et d'Arndt, cette affection, je crois, ne s'était pas voilée.

Nous avions pour ce compagnon devenu un des maîtres des lettres françaises une admiration mêlée de tendresse. 11 disparaît. C'est un deuil pour tout le monde. Ai-je besoin de dire qu'il n'eut pas d'appréciateurs plus profondément sympathiques qu'en une Compagnie où les bons juges ne manquent point, et peut-être me sera-t-il permis d'affirmer que le duc de Broglie, par exemple, fait de Jack un de ses livres de prédilection, relisant sans doute le roman de Daudet entre deux chapitres de sa magistrale histoire ?

Mais ce qui domine tout, aujourd'hui — l'auteur de t/ac/c entrant lui-même dans l'histoire littéraire de notre temps, — c'est la perte d'Un écrivain de cette taille, une douleur non seulement pour ses proches, pour ses amis, pour ses familiers, mais pour les lettres françaises. M. Paul Bourget, l'autre jour, parlait noblement, à propos d'Alexandre Dumas fils, de ces maréchaux de lettres que nous avons; en ces dernières années, conduits au tombeau. C'est encore, c'est aussi un maréchal des lettres dont nous allons suivre le convoi, un de ceux qui ont illustré par leur rayonnement personnel et consolé la patrie française, un de ceux qui font qu'à l'étranger, lorsqu'on se tourne vers notre chère France, on aperçoit, au-dessus des scandales et des haines, dominant la mêlée des colères et des appétits — des figures honorées et sereines, des

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profit de l*histoire une légende mensongère, née je ne sais où, acceptée par le plus grand nombre, popularisée par nos maîtres les plus admirés, et la campagne entreprise par M. J. Grand-Carteret, commencée à Ermenonville et achevée au Panthéon, aura eu une décisive utilité.

Je suis de ceux qui trouvent que les morts ont droit à la paix dans leur dernier sommeil ; mais peut-être les « morts immortels » sont-ils tenus de révéler les secrets qu'ils avaient, dit-on, emporté dans la tombe. Leur propre renommée en dépend. L'Histoire commet parfois des juges d'instruction pour arracherai! passé desaveux, etquand une exhumation aboutit au résultat obtenu l'autre jour, il faut non seulement se féliciter de l'avoir faite, mais remercier ceux qui l'ont réclamée.

J'avoue que j'allais au rendez-vous funèbre avec la ferme persuasion qu'on ne trouverait rien dans ces cercueils vidés depuis quatre-vingt-trois ans. J'avais encore dans la mémoire les lignes éloquentes d'Edgar Quinet écrites sur le Panthéon pour le Paris-Guide^ et comment oublier le tableau tragique, signé de Victor Hugo en son William Shakespeare : les ossements de Voltaire et de Jean- Jacques, jetés ensemble pêle-mêle dans un trou de chaux vive, les « deux crânes se heurtant dans la chute et une étincelle jaillissant et s'échangeant de la tête qui avait fait le Dictionnaire philosophique à la tête qui avait fait le Contrat social.,. — »?

Comment n'avoir pas toujours présentes ces admirables lectures? Aussi bien laissais- je les ouvriers travailler à leur œuvre macabre et rejeter le monument

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Poussière, en effet; mais de cette poussière, M. Berthelot extrait une boîte crânienne sciée en deux lors de Tautopsie et dont on enleva jadis le cerveau, comme du thorax on tira le cœur pour le donner au marquis de Yillette, et, Tos maxillaire inférieur complétant le crâne, voici, dans la lumière grise du caveau, que Voltaire soudain apparaît, non pas le Voltaire d'Houdon, mais celui de Pigalle, le Voltaire*-

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ne sont pas viaes, et Mme Kdgar yumet, qui a cnercne à travers les paysages et les monuments la vérité aussi, la vérité vraie, dans son beau livre récent sur VÉcosse^ trouvera juste que la légende fasse désormais place à l'histoire. L'admirable auteur . de Merlin V Enchanteur a été trompé par quelque narrateur passionné comme Victor Hugo le fut par le cabaretier de la Râpée. Il ne faut croire qu'à ce que Ton touche. J'ai assisté, le 22 janvier 1871, à la fusillade de l'Hôtel de Ville. J'ai traversé la place sous les balles croisées des fédérés et des mobiles bretons. J'ai vu tomber le commandant Sappia. Moins d'un quart d'heure après, dans la rue de Rivoli, parmi les groupes, quelqu'un me racontait, à moi-même, le contraire exactement de ce que je venais de voir, et la foule croyait tout aussi bien la vérité que le mensonge. L'histoire de France est ^ aux Archives nationales, ce qui n'empêche personne de l'écrire encore avec les Almanachs.

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de Pompéi et de M. Bergeret : /atï. Tourné^ 17 78.

Quand Rousseau m'est apparu sous ce voile, nous étions, dans le petit caveau, trois personnes seulement auprès des deux ouvriers, et les sergents de ville défendaient l'entrée, au seuil de la porte. Il y avait danger, du reste, et la poussée d'une foule eût pu faire retomber le sarcophage soulevé et que maintenaient penché au-dessus du cercueil deux traverses de bois. J'ai longuement regardé ce squelette, cette belle tête au front régulier, harmonieux, — non pas envahi de mousse comme celui de Voltaire, mais poli et bruni comme un vieil ivoire. La dépouille de Rousseau est moins atteinte que celle de Voltaire. Le crâne de Voltaire est édenté; celui de Rousseau garde une partie de ses dents, assez mal rangées. Une canine apparaît, entre toutes, et j'eusse souhaité la présence du docteur Galippe pour étudier scientifiquement la mâchoire.. Des cheveux adhèrent encore à cette tête sans yeux, des cheveux gris, de ceux qui s'échappaient de dessous le bonnet arménien du philosophe.

Mais — constatation faite bien vite — aucune trace de blessure dans le crâne. Jean-Jacques Rousseau ne s'est pas tué. Là, quel est ce semblant de trou? Rien, le point de suture tout naturel. Le suicide de Rousseau est une légende encore comme tant d'autres légendes. C'est une journée historique, décidément, que celle-ci, et qui aura apporté, comme on dit, de décisives contributions â l'histoire.

Et je ne puis me détacher de la vue de ce crâne d'où le roman moderne, avec la Nouvelle Héloise^ la

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l'École militaire, avait dédié et envoyé à l'auteur du Dictionnaire philosophique un ouvrage intitulé: Projet d'un temple funérah^e destiné à honorer les cendres des rois et des grands hommes. Et avec sa politesse à la fois exquise et narquoise, Voltaire, tout en se vantant d'être un peu architecte aussi^ et d'avoir bâti Ferney (comme Hugo orna Guernesey) pour ses vieux jours, répondait au promoteur de l'idée d'un tel Temple : « J'eus la vanité de vouloir être au plus vite enterré dans ce monument. Je me flatte pourtant que vous vous occuperez plus à loger les vivants que les morts. » Puis, toujours souriant : « Je voudrais, ajoute-t-il, vous voir construire une salle de spectacle ou un hôtel de ville. »

Le projet de l'architecte Després a été réalisé et Voltaire a, non pas la vanité, mais la gloire, la juste gloire, de reposer dans ce monument. Il est « présent »

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t*aris rhiver. — Matinée de ^ivre , — Le Bois cristallisé. — Promeneurs et patineurs. — Impression de décembre. — Une roue symbolique : la grande roue de Paris. — La vie marche, la roue tourne. — Les tours de roue de l'année qui s'en va. — Léon Carvalho. — Un directeur de théâtre. — De la place du Châtelet à la place Favart. — De Famt à Sapho, — Le nouvel Opéra-Comique. — Une velléité de polémique. — Les affiches. — La première de Faust, — Rêveries de fin d'année. — Brûlons l'almanach! — La politique et les politiciens. — La curiosité et les curieux. — Curiosité, agent de vie. — Les petits bonheurs. — Fin de volume.

30 décembre.

Si l'hiver n'était aussi dur aux greniers glacés, aux mansardes tristes, il serait délicieux à Paris où il transforme toutes choses, plante des décors imprévus comme le metteur en scène d'une féerie. « Il faudrait voir la Norvège en hiver, la Suède sous la neige, nous disaient nos aimables hôtes de notre inoubliable voyage de cet été ; les rentrées de promenades, le soir, torches en mains, par les bois de sapins lourds de

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elle broie aussi, comme une meule, bien de nos affections chères ; et, mécaniquement, elle continue son mouvement éternel, nous donnant un spectacle nouveau, triste ou consolant, plus souvent ironique et amer, à chaque tour de roue.

Pourquoi ne parlé-je pas des tours de roue de la politique?

Quand on rouvrira plus tard vos volumes^me disait M. Bardoux avec beaucoup de bonne grâce, on y verra résumés le monde des théâtres, le monde des peintres, les salons par un certain coin, les boulevards par un autre, parfois la clinique où la science veille, on n'y trouvera peut-être pas assez le monde de la politique, ce monde qui a tenu et tient tant de place dans la vie de Paris. »

Je le sais. Mais, par principe — et par situation aussi,

— j'évite dans ces pages la rencontre des politiciens. Je les retrouverai. Le roman peut devenir aussi une «contribution à l'histoire ». Mais, en ces pages, je l'avoue, un poète qui chante, un savant qui cherche, un peintre qui meurt — voire même une comédienne qui passe

— m'attire plus, m'intéresse plus vivement qu'un député qui interpelle. ou un candidat qui « développe son programme « comme on développerait une bande de calicot pour allécher l'acheteur à la porte d'un bazar.

Le « tour de roue » d'hier, c'est la catastrophe du Péage-de-Roussillon, la nuitde Noël sur la voie encombrée de wagons brisés et de blessés appelant à l'aide, c'est le réveillon des condamnés que choisit le sort on ne sait pourquoi, frappant au hasard en sa cruauté

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passe. Il voit finir avec la même mélancolie q^ue tout le monde Tannée près de disparaître. Encore un tour de roue de la grande roue de Paris et tout sera dit de 1897 ! Encore une fournée de voyageurs, et les wagons tournants embarqueront une fournée nouvelle.

Tourne encore, roue parisienne, tourne, — et disonsnous (non sans sourire) que ces mille et un tours de roue qui s'appellent aujourd'hui VActualité se nommeront un jour (est-ce possible?) V Histoire, et que la chronique éperdue, bizarre, mais curieuse des années que nous traversons — un peu comme un marécage — prendra peut-être ce titre tout à fait international et symbolique : Paris Gigantic Wheel I

Tourne toujours, roue de Paris!

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