AVERTISSEMENTS
Je crois qu'il est superflu à un écrivain de venir, clans une préface, expliquer son travail, en donner les motifs et en tirer les conclusions. C'est au lecteur à conclure ; c'est à lui à pénétrer les leçons que le livre apporte et à goûter l'intérêt qu'il peut avoir. Unauteur n'a pas même besoin de dire ciiCil a fait de son mieux. En faisant de son mieux, il n'a rempli qu'un de ces devoir s de métier, oii les ouvriers d'autrefois se tenaient pour engagés d'une stricte obligation de conscience.
Je me permettrai donc uniquement de dire que si je suis parvenu à faire passer dans le texte de cette Vie admirable le moindre refletdes émotionsque j'aiéprouvées durant un commerce de plusieurs années avec les témoins qui ont déposé aux divers procès de la cause de saint Benoît-Joseph Labre, le livre sera assurément goûté des lecteurs. S'ils éprouvent quelque ennui ou quelque fatigue, au contraire, ils ont droit de s'en prendre uniquement à lamaladresse et à Vineptie de l'historien. Il nhj a pas au monde de vie plus belle, plus étonnante ni plus touchante que celle de Vadmirable mendiant que l'Église nous permet, en toute sûreté, tuto, de saluer aujourd'hui du titre de Saiiit.
Si je n'arbore pas ce titre glorieux en tête de mon livre, c'est pour me conformer auxusages de VÉglise catholique. Pour proclamer publiquement et invoquer partout, dans l'assemblée des fidèles, la puissance et la
gloire de saint Benoît-JosepJi Labre, elle attendra que les lettres apostoliques aient été adressées à la Chrétienté, et que la IjasUlque Vaticane ait retrouvé la liberté de procéder aux solennités de la canonisation. Ce n'est pas une témérité de penser que le saint mendiant français peut fidter ce jour de la liberté et de la délivrance et abréger les délais dont nos pécliés sont la cause.
Voilà tout ce que j'ai à dire au lecteur.
Je n'ai pas besoin d'exprimer en public, dans une préface, la gratitude que je dois à MgrVÈvêqueet au vénérable chapitre d'Arras, pour leur bienveillance et leur patience à mettre et à laisser de longues années, à ma disposition, les documents de la cause duBienheureux. J'aurais jju, j'aurais dû peut-être renvoyer toujours le lecteur aux pièces qui contiennent les dépositions destémoins, dont lesparolesont formé, pour aitisi dire, tout le tissu de mon récit. J'ai craint, et c'est peut-êtreun tort, d'accroître démesurément la grosseur de ce volume. Toutefois, quand j'ai cru devoir signaler les documents, j'ai eu le soin de citer exactement l'endroit où l'on peut recourir. J'ai désigné alors ces divers documents par les lettres qui les distinguaien*^ dans la bibliothèque du vénérable cliapitre d'Arras. Il suffira de faire remarquer au lecteur que B contient le ^Mmmoirinm des procès in for matif s d' A utun, de Boulogne, deLorelte et de Rome, imprimé à Rome en 1787; G contient le Summarium du procès apostolique dressé de 1792 à 179G. Le volume de la bibliothèque du chapitre d'Arras où se trouvait ce Summarium. n'a pas de titre, et rien n'y indique le millésime de l'impression à Rome.
Avril 1673. Première ÉDiTiOv.
L^ouvrarje, dont je donne une nouvelle édition, a été accueilli avec assez de faveur pour que je me sois cru dispensé de le remanier profondément. Ce n'est pas que je n'en sente les défauts, et j'aurais bien voulu élever à la mémoire du saint Mendiant un monument plus digne de son incomparable héroïsme.
L'œuvre est ce que l'ouvrier a pu la faire.
En dehors des retouches de style et de langue dont un écrivain trouve toujours loccasion quand il réimprime son travail, je me suis borné à indiquer et à développer au chapitre VIII, Vie errante, deux points de' cette histoire sur lesquels j'ai eu de nouvelles lumières.
L'un concernp. le pèlerinage du Bienheureux au monastère de M ariastein d^où le gouvernement du canton de Soleure vient de chasser les Bénédictins.
L'autre a trait au pèlerinage de Paray-le-Monlal. Avant la Vie admiral)le, aucune histoire n'avait constaté la présence du Bienheureux dans la ville et au sanctuaire, où s'est révélé le Sacré-Cœur. En indiquant le fait, je n'avais pas été assez large ni assez hardi k interpréter les documents et les traditions que j'avais pu recueillir ; j'ai cru devoir profiter aujourd'hui de la triomphante dissertation où M. l'abbé Cucherat a établi que le Bienheureux avait paru à diverses reprises à Paray-le-Monial, notamment qu'il y avait passé trois semaines à la sortie de Sept-Fonts^ en juillet 1770. Ce fait a une véritable importance dans la vie du Bienheureux.
Avril 1875. Seconde édition.
En donnant une nouvelle édition de la Vie admirable du Saint Mendiant, je n'ai pas cru devoir en modifier le texte. Tout écrivain cependant, pour peu quil'soit jaloux de son métier, aime à corriger son œuvre. Certains obstacles matériels m'auraient peutêtre empêché cette fois de satisfaire a ce désir. Peutêtre aussi y a-t-il avantage à respecter un ouvrage qui semble accepté du public?
Je ne 2)eiix pàs me prévaloir du sentiment des feuilles appliquées à insulter notre cher pauvre, et il ne serait pas bienséant de me targuer de ce qu'une des plus prisées et des plus considérables de cette tourbe républicaine de destructeurs, estime trouver dans la Vie admirable « le texte classique » de l'histoire du nouveau saint français. Mais je puis dire que la rapidité avec laquelle se sont écoulées les dernières éditions nia pris au dépourvu et a pu contribuer à m'exagérer la crainte de gâter quelque chose à un ensemble dont les lecteurs paraissent.goûter la mesure et apprécier les proportions.
Je n'ai d'ailleurs rien à dire du livre. Il a fixé certaines traditions respectables qu'il était temps de recueillir: il a été composé d'après les déiyositions recueillies aux divers procès canoniques. Ce sont les paroles mêmes des témoins qui forment la trame du récit, et c'est là certainement la raison de l'intérêt Que ^e lecteur a pris à cette lecture. Pour faire goûter et aimer les Saints, ne suffît-il pas de les laisser voir?
Je me suis aujourd'hui borné à ajouter à l'histoire de la Vie une analyse rapide des divers actes de ces
procès de béatification et de canonisation. Plusieurs de mes lecteurs m^ avaient demandé ce supplément de travail: il était temps de le faire puisque la cause est résolue et que les solennités de la canonisation ont eu lieu. Pour me démêler au milieu de la mer a peu près immense de ces procédures, j'ai 2)ris pour guide le livre de M. Vahhé Desnoyers (le Vénérable Benoît- Joseph Labre, 2 vol. in S) ciui, avec une patience et clans un ordre admirable, en a étudié et dépouillé tous les documents. M. Desnoyers, il est vrai, n'a pas poussé son travail jusqu'au décret de béatification. Pour le surplus, j'ai été heureux de m'aider des deux petits ouvrages de M. Vabbé Deramecourt, THistoire de la canonisation du bienheureux Benoît-Joseph Labre ) et les Fêtes de la canonisation.
Mai 1832. Sixième édit'os.
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