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du cœur. Personne n'a le droit ni le pouvoir de montrer le poing à la douleur et de lui crier : Tu n'es qu'un mot! La réalité du mal n'est que trop évidente.
Si la passion existe, elle n'est pas le mouvement violent et désordonné que croit le vulgaire : nous l'avons dit et prouvé. Mais il ne faut pas non plus, avec certains rêveurs, la tenir pour toujours bonne et la prôner dans ses excès mêmes. On sait à quelles exagérations sont arrivés Saint-Simon, Fourier, P. Leroux et J. Reynaud avec leur mauvaise doctrine. C'est la glorification des passions déchaînées et la réhabilitation de la chair qu'ils poursuivent à rencontre du christianisme, et ils ne s'en cachent pas, Fourier tient pour assuré que les lois de l'attraction s'appliquent au monde moral comme au monde physique, et il réclame le libre développement des passions, îe retour à l'état de nature. S'il y a des crimes, des misères dans le monde, la faute en est uniquement aux passions retenues et contrariées. Abandonnez-les à elles-mêmes, et vous aurez atteint l'âge d'or,assuré l'avenir et le bonheur de la société! — L'application de ces
détestables principes a été faite dans les œuvres phalanstériennes et a produit un tçl dévergondage de mœurs, de si profonds désordres que la condamnation s'est prononcée toute seule, avant de Têtre par la raison et paç TEglise.
La doctrine traditionnelle a rétabli Texacte notion sur la moralité des passions. Se tenant à égale distance des extrêmes, elle ne songe pas à éteindre le feu des passions pour arri-^ ver à l'apathie et à Tindifférence des stoïciens; elle ne pense pas davantage à leur donner libre essor en tenant avec Fourier tous les penchants de la nature pour droits et légitimes. Elle enseigne, avec Aristote, avec saint Thomas et tous les scolastiques, que la passion n'est en soi ni bonne ni mauvaise, mais qu'elle peut devenir l'un ou l'autre, selon qu'elle est réglée par la raison ou en lutte avec elle.
Qu'est-ce que la passion, en effet ? C'est un mouvement de l'appétit sensible qui se produit à l'occasion ou en présence d'un bien de même ordre. Il ne saurait enfermer aucune bonté morale, celle-ci étant exclusivement
d*ordre spirituel. Mais il n'emporte aussi aucune malice, le bien sensible n'ayant rien de contraire à la morale. II. est vrai qu'il peut devenir excessif, absorbant, soit en troublant Fâme, soit en la détournant de sa destinée ; et de fait ce désordre est fréquent. Mais il ne faut pas juger de la passion par ses débordements. Abusus 71071 tollit usum. La passion n'est pas déchaînée nécessairement : on peut la contenir dans de justes limites. Son objet est le bien sensible, et non les voluptés sensuelles; son expression peut être modérée et n'a rien que de légitime. L'important est donc de maîtriser les passions et de les subordonner à l'empire des facultés supérieures, à la loi de Dieu. La discipline des passions n'est pas livrée à l'arbitraire, elle a des règles sûres : elle réclame toujours l'action de la volonté et le concours de la grâce, elle s'obtient par la raison et par la foi.
La volonté droite et ferme qui s'inspire de la morale et s'attache au devoir est le frein salutaire des passions : c'est la servante de la raison en même temps que la garde du cœur.
Sans elle, il n'y a pas d'homme, ou du moins
pas de caractèrey «cette force sacrée, la plus nécessaire de toutes », dont Lacordaire déplorait naguère si justement la déchéance dans nos sociétés sans âme et sans Die a Le caractère, qui n'est que la force de volonté, disait le célèbre dominicain, le cara tère tient à la force de la raison, et la fon de celle-ci tient à la ferme vue des princip de la vie humaine. Là où l'entendement i discerne que des faits, il ne saurait y avo de conviction, et où la conviction manqu que reste-t-il pour appuyer la vplonté ? C sont les principes qui fortifient, parce qu'i éclairent. » (i) On comprend dès lors le pri qu'il faut attacher avec tous les moralistes une instruction solide et surtout à Téduc; tion chrétienne.
Les bons principes déposés dans le cœi du jeune homme ne sont pas perdus; ils s implantent et s'y enracinent solidement, i inspirent sa vie et la dirigent sans effort ( sans écart. Uhabiiude a de détestables effci quand elle se met au service du mal : c'ej
(i) Lettres à un jeune homme sur la vie chrétienn p. 46.
elle qui perpétue et exagère les plus misérables passions. Mais, ne l'oublions pas, Vauiomatisme a encore plus de vertu dans la voie du bien : il s'empare des facultés affectives et les fait concourir utilement à Taction des facultés supérieures.
On se plaît, dans un certain camp, à médire de Phabitudé qu'on accuse d'être sans liberté et sans mérite, mais on ne conteste pas sa merveilleuse puissance. Usons-en donc pour le bien, et soyons toujours fiers de suivre la sainte routine de la vertu et du devoir.
Les bonnes habitudes règlent et canalisent en quelque sorte les passions, mais elles ne suffisent pas à les contenir : elles n'empêchent pas les ardeurs du cœur, les troublantes suggestions du dehors et du dedans, en un mot \t^ teittat ions. Y oWk le grand danger de la vie, Celui contre lequel la volonté doit toujours être armée et cuirassée! Pour en triompher, ce n'est pas assez de maîtriser la sensibilité, il faut encore l'occuper, l'alimenter et la distraire. Les passions doivent être contenues et dirigées dans une voie utile et profî-
table. Leur dérivatif le plus simple et le meilleur est assurément le travail.
La volonté, quelque forte qu'elle soit, serait impuissante à nous maintenir dans le devoir, si la sensibilité n'avait un aliment convenable et proportionné. Si le cœur est vide, si l'esprit n'est pas occupé, il faut craindre que l'imagination ne travaille follement et ne mette les passions en mouvement et en révolte. L'oisiveté est la pire des conseillères, la source des mauvaises pensées et des tentations (i) : l'histoire montre que les plus grands esprits y ont trouvé l'écueil de la perdition et de la mort (2), et l'expérience de chacun de nous confirme son témoignage.
L'homme qui est désœuvré s'ennuie, laisse vagabonder son imagination, ses désirs, cherche partout la distraction, l'amusement, le plaisir, et s'expose au jeu dangereux et fatal de la tentation.
Il faut fuir l'oisiveté qui ouvre la porte de
(i) Omnium tentationum et cogitationum malarum sentina otiositas, (S. Bernard.)
(2) Salomon^ Samson in occupationibus sancti, in otio perierunt. (S. Augustin.)
notre âme à toutes les passions et a été si justement qualifiée <Je mère de tous les vices. Le travail, au contraire, a des vertus surabondantes que rhygiène et la morale exaltent à Tenvi : il accapare les facultés psychiques, dépense et épuise l'activité nerveuse, fortifie l'organisme et constitue le plus sûr préservatif contre Tennui et la débauche.
La passion est naturellement ancrée au cœur et toujours vivace. Mais ce qui la porte surtout à s'éveiller, à grandir, à s*exagérer rapidement, c'est la présence de son objet :
alors elle arrive à son comble, nous affole, ne connaît plus ni liens ni maître. Par exemple, la haine s'enracine d^autant plus au cœur et est d'autant plus vive et tenace que l'objet du ressentiment se présente aux yeux ou à la mémoire. De même la vue de l'être aimé, sa seule pensée même suffit pour aviver la passion et créer de violentes ardeurs ou d'indicibles tourments au cœur. La colère, la jalousie, la honte et les autres passions ont le même effet.
L'éveil de la passion est toujours à redouter et à éviter. La sensibilité affective est très
ouverte et susceptible de s'exciter, d( flammer, si on ne la surveille pas, si o pose gratuitement aux excitations d genre qui la cherchent sans cesse. On pas avec le feu^on ne s'expose pas tém ment au péril des tentations. La préseï de Tâme livrée au feu des passions e jours dans la fuite des occasiofis.
Les meilleures intentions, les précs les plus minuti,euses sont vaines, si allons au-devant des objets qui appell réveillent la passion, si nous attisons mêmes le feu de ses ardeurs, si nous < à la sensibilité avide les moyens de s'e de troubler notre jugen^ent et de nous ^ En un mot, il faut fuir avec soin les sions, celles surtout qui sollicitent le des passions dominantes. Ceux qui lei chent et se plaignent ensuite d'avoir 1 science inquiète, bourrelée, d'être e . des plus vils appétits ne sont pas i nables : ils sont les victimes de leurs i dences, les propres artisans de leur mi
La nature obéit fatalement à nos inî suit nécessairement sa pente. Il ne h
l'accuser de nos égarements, mais s*en prendre à la seule volonté coupable. Gomment l'appétit sensible résisterait-il aux sollicitations que tant de malheureux lui offrent à plaisir?
Comment la passion ne s'allumerait-elle pas sous leurs incessantes excitations? Cette passion répond toujours à sa fin, tandis que l'esprit aveuglé ou pervers trahit trop souvent son devoir et son Dieu.
Il ne suffit pas de fuir et d'éloigner les causes multiples qui font soulever les passions, il faut encore surveiller son for intérieur, si l'on tient à la paix de l'âme. Les ardeurs de l'appétit ne naissent pas au dehors, elles sortent du fond même du cœur. Là, en l'absence de toute excitation, elles sont susceptibles de grandir et d'exercer leurs ravages. C'est l'imagination qui se fait leur complice et leur pourvoyeuse. Aussi la volonté doit-elle tendre constamment à prévenir ses écarts et à tenir la faculté sensible dans l'étroite dépendance de la raison.
Certaines passions vives qui accaparent rame et en font leur triste jouet ne relèvent pas seulement de la morale, elles sont justi-
qui ne s*efFacent ou du moins ne s'atténuent qu'avec les années.
Les moyens ne manquent pas pour triompher des passions, mais que de fois ils seraient inutiles si Dieu ne couronnait nos efforts de sa grâce ! De la claire vue du devoir à son accomplissement il y a un abîme que souvent la foi seule permet de /"ranchir. La conscience est religieuse ou elle n'est pas. La religion, base de la morale, sera toujours le plus solide rempart contre les redoutables et incessants assauts des passions déchaînées : elle seule permet de maîtriser le cœur et de le rendre pleinement fidèle au devoir.
BIBLIOGRAPHIE T)e qM. le docteur Surbi
1. Histologie comparée des fibrilles laires des ailes et des pattes che:{ les (Bulletins de la Société philomatique d juin et juillet 1877).