‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 103 sur 115 · Journal de la Cour, 28 janvier · texte numérisé non relu

Journal de la Cour, 28 janvier

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teur, se trouvent ainsi jouer le rôle des larrons ; tous trois sont « liés par les décrets des factieux ». Sous les pieds du roi on lit la table de proscription des amis de la cour frappés comme émigrés portant les armes contre la France : les trois Rohan, Condé, Mirabeau, Bouille, Lambesc, Broglie. Robespierre, en costume de père Jacobin, à cheval sur la Constitution (toujours la jument Targinette), tend au roi l'éponge imbibée de vinaigre. Marie-Antoinette pleurant appelle au secours; la duchesse de Polignac prosternée embrasse pieusement le pied de la croix et, dans un coin, le vieux Condé s'apprête à tirer répée*.

Quelquefois , rarement , les dessinateurs de ce parti font trêve aux satires individuelles pour exprimer d'une façon plus générale leur espoir dé contre-révolution, comme dans le Dégel de la Nation, qui montre une sorte de colosse de neige en train de s'eflfondrer *, ou bien pour railler la rareté du numéraire et la dépréciation des assignats, comme dans Y Adoration des patriotes à l'aspect d'un gros sol dessiné en France d'après nature,

1. Champfleury, que cette pièce a préoccupé et qui en reproduit une esquisse, se persuade qu'elle n'a pas été publiée en France ou qu'elle n'a pu y circuler que sous le manteau, parce qu'il la suppose composée « pendant la dictature de Robespierre » ; il est vrai que, dans un autre passage, il est tenté de la faire remonter à l'époque où Robespierre siégeait à la Constituante et tout près de l'équipée de Varennes, ce qui implique contradiction. Elle est inspirée presque sûrement par les décrets du i*' janvier 1792. Elle appartient, dans tous les cas, à une période de liberté illimitée de la presse et de l'image et, s'il est remarquable que les caricaturistes aristocrates aient si rarement songé à mettre Robespierre en ^ène, il n'eu est pas moins vrai qu'alors, rien ne les en empêchait. •, Challamel, Histoire-Mvfffe,

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TaQ III sans argent de la Liberté*, ou encore: A wlde de papier, soldats de papier. Mais l'entrée de Grave au ministère en remplacement de Narbonne leur permet de revenir à leur goût dominant : D'un tas de fumier les Jacobins tirent un ministre de la Guerre^ ; ce fumier est amoncelé à la porte de Técurie d'Orléans (Grave était premier écuyer du duc de Chartres). La réception des Suisses de Châteauvieux fait éclore : Les Jacobins lavent leurs confrères les galériens. Enfin, lorsque Clavière, nommé ministre des contributions publiques, annonce ses projets de réformes, ses efforts sont raillés par la Balance des abus. Le ministre, aidé des législateurs patriotes, Couthon qui tire avec ardeur, Fauchet, en chemise, mais coiffé de sa mitre d'évôque du Calvados, qui tourne un cabestan, Brissot qui a été soulevé et est resté pendu, Isnard et Lecointre qui sont les manœuvres dans ce bizarre chantier, Chabot qui appuie, grimpé sur une échelle, se consume en vains efforts pour faire descendre le plateau aux abus ministériels; tout a été emporté par le plus gros des abus placé dans l'autre plateau, par la Constitution. « Elle ne descendra pas », lit-on de l'autre côté, et de celui-ci l'inscription réplique : « Elle ne s'élèvera pas », en dépit de Barère et de Condorcet qui peinent avec des leviers. Condorcet prend son point d'appui sur l'échiné de Villette (allu-

1. Pièce que Champflcury, obsédé par r impression de la TroU" taille du i4 juin, a classée par inadvertance parmi les caricatures contre la royauté* Ni la signification, ni l'origine n'en sont douteuses.

2. Ghallamel, Histoire- Musée, — D'autres caricatures, moins significatives, donnent pour tète au nouveau ministre une bouteille 4e vin de Grave ; Narbonne avait été représenté en linotte.

Digiti

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sion à la collaboration du philosophe à la Chronique de Paris] ; Barère prend le sien sur une cloche décrochée'. Ce dernier détail est moins clair; peut-être est-ce une allusion à la récente disparition du journal de Barère, le Point du Jour, On est d'ailleurs au moment de l'arrêté pris par la municipalité de Paris pour l'exécution des décrets sur la fonte des cloches, et Piis célèbre cet événement en vrai vaudevilliste :

En province comme à Paris Toutes les cloches ont leur prix ; C'est bien ce que l'on pèsera, Alléluia I . . .

Graves bourdons de Saint-Victor, De résister vous auriez tort :

Georges d'Amboise y passera, Alléluia !

Et toi, dont le timbre ennemi Sonna la Saint-Barthélémi, Qu'avec plaisir on te fondra !

Alléluia ! . . .

Par trois fois trois si Tangelus

De bon matin ne sonne plus,

L'impie entre ses draps dira :

Alléluia I * . *

Des réveils-matin indiscrets Et des sonnettes des mulets Sans doute on nous délivrera, Alléluia !

Je n'en ai qu'une à mon manoir Que mes créanciers font mouvoir ; ma patrie, emportez-la I Alléluia !

1. Voir un croquis au trait dans Champfleury, ouv. cité, p. 223*

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Il était difficile d'interrompre la série des caricatures du parti de Coblentz. Il nous faut revenir sur nos pas pour passer dans le camp exactement opposé, car on ne démôle plus guère d'inspiration distincte des factions intermédiaires, des malouettistes ou des feuillants : la caricature ne paraît pas un moyen de propagande approprié à leur tempérament ; ils s'accommodent moins mal de la chanson qui peut faire davantage la part des nuances, et ils trouvent presque leur compte dans les couplets du cousin Jacques, qui attend de voir « les gens >^ ôter les épines à la Révolution pour ne laisser que la rose et

Substituer à la licence La véritable liberté *.

L'abbé Maury ayant déjà beaucoup servi, il est devenu rare que la verve des dessinateurs patriotes s'attaque à un homme politique isolément. Ils n'en trouvent guère l'occasion que contre Barnave, au sujet de sa double conversion d'ami de la cour depuis le retour de Varennes et de champion des propriétaires d'esclaves des Antilles après avoir été l'un des premiers adhérents de la Société des Amis des noirs. En août 1791, la Chronique de Paris com mence une série de notes épigrammatiques presque quotidiennes sur ce personnage à double face. Le 6 septembre, on promène au faubourg Saint- Antoine un mannequin représentant Barnave, avec un visage blanc d'un côté et noir de l'autre *. Puis,l'on annonce que le citoyen Curtius expose dans ses-

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