AVIGNON
Monsieur le Vicaire général,
Un nouveau volume sorti de votre plume vient de paraître et d'augmenter votre collection déjà si riche. Ce volume a pour titre : La Vie après le Pensionnat II forme la première partie d'une étude intéressante et grandement utile. Dans cette première partie vous étudiez la jeune fille et la famille, la jeune fille et la paroisse. Je vous félicite d'avoir entrepris ce nouveau travail, dans lequel je retrouve toutes les qualités qui distinguent vos autres ouvrages. La jeune fille a un admirable rôle à remplir dans la famille ; vous avez su le montrer avec une parfaite clarté, sans cependant négliger les détails que le sujet comporte.
Je vous remercie tout particulièrement de ce que vous avez dit sur la paroisse. Vous avez dit ce qu'est la paroisse, ce qu'elle est pour l'âme, ce qu'elle est pour le cœur; vous montrez ce qu'est l'esprit paroissial. Vous parlez du devoir que Ton a à remplir envers la paroisse et du zèle que l'on doit avoir pour les œuvres de la paroisse. Tout cela était nécessaire à dire à une époque où l'esprit paroissial est
affaibli presque partout, et où l'on semble vouloir persuader aux catholiques que les œuvres se font mieux et se développent avec plus de succès partout ailleurs que dans la paroisse! Puisse Xotre-Seigneur bénir ce nouveau livre et lui donner tout le succès qu'ont obtenu ses devanciers.
Recevez, Monsieur le Vicaire général, l'hommage de mes sentiments respectueux et tout dévoués en N. S.
7 L. FRANÇOIS, Arch. d'Avigiion.
RAPPORT DE LTIAMIMTEUR
A SA GRANDEUR MONSEIGNEUR l'aRCHEVÊQ.UE d'aVIGNON
Monseigneur.
Rendre compte de l'œuvre d'un auteur que l'on aime autant qu'on le vénère est chose douce et facile : Permettez que je remercie Votre Grandeur d'avoir bien voulu me confier une tâche qui est pour moi un honneur et un bonheur.
Dans le creux des rochers, le voyageur rencontre, parfois, de minuscules petits lacs, dont le cristal limpide reflète tout un horizon, dans ses limites resserrées. Je voudrais. Monseigneur, être cet humble miroir, dont tout le mérite sera de réfléchir, bien fidèlement, l'image du livre que je dois vous présenter
Depuis quelques années, déjà, une grave question préoccupe les esprits : Le problème délicat de l'Education de la femme a reçu bien des solutions diverses. L'auteur des
Paillettes d'Or apporte la sienne, moins audacieuse, moins éblouissante, mais plus féconde et plus solide peut-être, à mesure qu'elle est plus traditionnelle.
Quelques-uns, appartenant à des milieux mondains, intellectuels ou universitaires, ont cru que le diadème de la femme devait être fait, avant tout, d'intelligence et de science.
Quand on lit les attristantes révélations de nos jeunes Lycéennes ou de nos modernes Sevriennes on se demande s'ils ont raison et si, vraiment, la science apportera la lumière et la paix dans l'âme de la jeune fille et le bonheur dans son foyer.
L'humble et pieux auteur des Paillettes d'Or a réfléchi sur la question avec sa longue expérience, acquise sous le regard de Dieu et avec son cœur de prêtre, qui sonde les profondeurs des âmes.
Certes, il ne nie pas l'utilité de l'étude et la valeur de la science, celui qui sait nous parler, avec une conviction si communicative, des naïves et pures voluptés de la lecture et du travail. Ils sont vastes les champs qu'il ouvre devant l'activité intellectuelle de la jeune fille : champ de la Foi, où elle apprendra la connaissance de Dieu, de Jésus-Christ, de ses saints, de sa doctrine, si ignorée de nos jours ; champ de la Philosophie, qui n'a d'eff'rayant que les mots sous lesquels on la dissimule trop souvent ; champ de l'Histoire, où elle s'exercera à juger les événements et les hommes; champ de la Poésie, le meilleur auxiliaire pour grandir les âmes, en leur faisant aimer le Bien à travers le Beau ; champ de la Littérature et des Arts, qui rendent si joyeuses et si attrayantes les soirées de la famille.
Comme il cite volontiers les paroles de M. Janet : « Le grand principe de la politique domestique est de faire que son intérieur paraisse au mari plus agréable que celui des autres. Or, ce qui répand le plus de charme sur cet intérieur et arrache heureusement le mari et la femme à la dangereuse clairvoyance d'une intimité trop prolongée : c'est la culture de l'esprit. »
Mais, comme il a soin de réclamer aussitôt ce que Fénelon appelle si bien : « la pudeur de la science » chez la femme.
11 trouve bon que la femme soit à la hauteur de l'homme, pour accomplir le désir sublime du Créateur : « Faciamus homini adjutorium simile sihi >, mais il déclare que cela ne pourra être, que si elle possède, en elle-même, cette qualité essentielle de la femme : cette vue surnaturelle, ce savoirfaire divin, qui, plus que l'intelligence et la science, ouvrent les âmes, assainissent les cœurs et subjuguent les volontés.
Il nous le livre tout entier, le grand secret, lorsqu'il parle de l'influence de la jeune fille dans les circonstances douloureuses : Que fait-elUe? Que dit-elle? Comment ditelle ? Elle ne le sait pas elle-même. Elle aime; et cette affection si pure, si sainte, si dévouée, lui fait trouver des paroles qui calment, des tendresses qui apaisent, des dévouements qui étonnent.
Voilà ce qu'aucun livre ne pourra enseigner, ce qu'aucun diplôme ne pourra fournir : c'est la clef d'or qui, seule, ouvre les cœurs : la bonté, fruit de la piété, non pas d'une piété sentimentale, vers laquelle le cœur de la jeune fille ne se sent que trop attiré, mais d'une piété d'action qui inspire la générosité avec le dévouement.
Dans son dernier ouvrage : « Facts and comments > le chef du positivisme anglais, Herbert Spencer, laisse tomber, de sa plume octogénaire, cet aveu d'une âme qui commence à apercevoir les choses dans la lumière de l'éternité : Notre civilisation n'est qu'une rebarbansation, grâce à notre manie éducationnelle qui a pour devise : « Lumière, Science, Instruction ! » On cultive l'intelligence, mais on néglige la sensibilité et l'émotion, le cœur et la volonté. Il faudrait substituer l'éducation morale et religieuse à l'éducation rationnelle, élever au lieu d'instruire.
On dirait que l'auteur des Paillettes d'Or sort de lire ces pages.
Qu'une femme soit instruite, bonne, pieuse, c'est bien ; qu'elle sache aussi gouverner sagement sa maison, c'est mieux. Une mère de famille est placée par Dieu comme une Providence de tout ce petit monde qui l'entoure, qui l'aime, et qui a droit de compter sur elle. Il faut voir avec quelle science, j'allais dire quelle expérience des moindres détails, il enseigne à la jeune fille ses plus petits devoirs qu'il appelle « presque matériels » : Entretien du linge, marché, livre des dépenses, calendrier de la cuisine. Eh ! oui, il faut savoir cuisiner, mon enfant ! Toute femme doit savoir préparer au moins quelques mets agréables pour les servir à sa famille, le jour où une cause imprévue rendra la cuisinière incapable de remplir sa charge.
L'auteur a intitulé son livre : « La Vie après le Pensionnat ». Il prend la jeune fîUe à sa sortie du couvent où les vertus, pratiquées en commun, sont claires et faciles. Elle revient dans sa famille, non plus pour se reposer, s'amuser, se faire g:'ter comme pendant les vacances, mais pour
se préparer plus directement à l'avenir qui va commencer à la préoccuper, elle et sa famille. En face de l'horizon enchanteur qui s'ouvre soudain devant l'imagination et le cœur de la jeune fille et souvent la grise dès la première heure, surgissent des devoirs nouveaux.
Ce livre a été écrit pour les lui rappelei-.
Il aura quatre parties: Devoirs envers la famille, — envers la Paroisse, — envers le Monde, — envers l'Avenir. Le premier volume comprend les deux premières parties C'est dans les chapitres sur les devoirs envers la famille que sont réparties les idées indiquées tout à l'heure. Comme il est noble et séduisant, cet idéal de la jeune fille, rayon de soleil qui réchauffe les foyers où quelquefois il fait froid,, et qui fait dire à l'auteur qu'une famille dans laquelle n'a pas vécu, grandi, agi une jeune fille, s'en ressent toujours comme un enfant qui n'aurait pas eu de mère.
Dans la deuxième partie, pour faire naître dans l'âme de la jeune fille, l'esprit paroissial, il trouve des raisons qui méritent qu'on les pèse.
La paroisse, c'est la maison paternelle des âmes ; là elles jouissent, toutes, des mêmes privilèges, participent aux mêmes leçons, viennent s'asseoir ensemble à la même table. On y est beaucoup plus chez soi et on y reçoit beaucoup plus de grâces que dans toute autre chapelle, -parce que, tandis que Jésus-Christ est dans les chapelles des communautés spécialement pour les membres de ces communautés, dans l'église paroissiale, il est directement pour tous les membres de la grande famille.
Le curé de la paroisse a reçu de Dieu mandat spécial pour répandre sur ses ouailles, doctrine, conseils, prières.
Chaque Dimanche il doit appliquer le saint Sacrifice pour ses fidèles, qui y recevront des grâces plus intimes et plus personnelles. Il doit aussi les instruire par les prônes suivis, qui, beaucoup plus que les sermons d'apparat, procurent cette instruction simple, régulière, méthodique qui entretient la science religieuse, si nécessaire à nos âmes.
Toutes les œuvres de la paroisse sont énumérées et appréciées. La liste en est close par cette réflexion, qui marque autant de sagesse que d'expérience : N'embrassez pas toutes les bonnes œuvres, n'accueillez pas toutes les dévotions, ne vous surchargez pas de toutes les prières.
Le livre entier dénote chez l'auteur la plus fine et la plus délicate science psychologique de l'âme féminine. Difficile psychologie que celle de la jeune fille, qui « dès les premiers jours de l'adolescence, commence à avoir des secrets, secrets impénétrables ».
On voit que l'auteur a étudié de très près cette âme délicate, avec le désir de la perfectionner, de l'humaniser, de la christianiser.
Comme elle est attrayante et salutaire, la lecture de ces pages, où l'on n'est point ébloui par l'éclat fulgurant d'un esprit hasardeux, qui cherche à faire admirer la nouveauté ou la hardiesse de ses idées, mais où l'on respire le doux parfum d'une âme dont la bonté transpire sous l'écorce de chaque lettre, pour rendre les autres âmes bonnes et saintes comme elle.
Nous ne voulons pas nous arrêter à louer la disposition matérielle du livre, qui révèle dans l'esprit qui l'a dicté Tordre le plus parfait, la clarté la plus exquise.
Après avoir dit que ce livre a été écrit pour l'oeuvre du bien, par un cœur de prêtre, sous le regard de Dieu, n'en fait-on pas le plus bel éloge en ajoutant que c'est un nouveau joyau, tombé de la plume si fine, si colorée, si pénétrante de V Auteur des Paillettes d'Or ?
l'Abbé J. AuROUZE,
Licencié ès-lcttres Professeur d'Humanités au Petit Séminaire d'Avignon.