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LA VIE FLÉCHISSANTE

commence dans la faiblesse secourue, on gagne l'activité qui s'appuie aux œuvres anciennes, on atteint la maturité qui enrichit le trésor en l'utilisant, on vient enfin à la vieillesse conseillère et conservatrice, qui n'est ni moins utile ni moins heureuse, pour qui sait comprendre.

Ceux qui se plaignent de leur âge, jeunes ou vieux, sont ceux qui ne trouvent pas en eux-mêmes les ressources qui rendent heureux et qui font bien vivre, et ceux qui se plaignent des autres âges sont ceux qui ne remplissent pas les devoirs exigés du leur. « Les enfants des enfants sont la couronne des çieillards, dit le Livre des Proverbes, et les pères sont la gloire des enfants. » (Proverbes, xvii, 6.) Dans cette réciprocité d'honneur et de service gît la vertu des âges; dans la fidélité à la Providence qui régla ce cours gît la commune paix : la paix du dedans et la paix avec nos frères du temps.

Comme la famille, la patrie, l'humanité, la planète nous assemblent, le temps, de son côté, nous relie et nous place dans la chaîne ininterrompue des ans, des lustres, des siècles ; il fait des jeunes, il fait des vieux, comme il fait des générations et des diverses époques du monde les anneaux solidaires d'une chaîne qui n'obtient de solidité que par la bonne forme et l'exact emboîtement des chaînons. Par les âges de la vie et les âges de l'histoire Dieu réalise patiemment son œuvre. L'heureuse vieillesse de chaque génération prépare la vieillesse opulente du monde, comme sa jeunesse vertueuse prépare et figure l'âge suprême, la jeunesse éternelle du ciel.

La vieillesse nous avertit de la mort ; nos oublis n'y sont plus à l'aise autant que dans la jeunesse insouciante, et dans la maladie également, dans l'infirmité, nous prenons quelque peu conscience d'une condition qui nous rend semblables à Isaac portant vers la montagne le bois du sacrifice, -^à Jésus avec sa croix.

Mais la difficulté est si grande de nous fixer ici dans la vérité, qu'il y faut insister souvent et montrer que ce n'est pas seulement la vieillesse, que ce n'est pas seulement la douleur qui nous rapprochent de la mort, que c'est la vie, même la plus ardente, la vie en son essence intime, en ses démarches les plus fondamentales, tellement qu'un de nos poètes a pu définir la vie en ce vers terrible :

La çie est un baiser aux lèpres de la, mort.

11 y a dans cette pensée, si mélancolique qu'elle 1; soit, une grandiose lumière. La mort est un porte-

flambeau. Hors des clartés qu'elle verse^ il n'y a pas de chemin sûr, on erre dans la nuit ; car toute clarté

vient du ciel sur l'immensité do la terre, et pour chaque minute du temps, le seul guide est Téternité. Or, le ciel et réternité sont derrière la mort ; nous ne les voyons que par ce regard qu'on dit ouvrir sur une fosse obscure, qui nous dévoile au contraire un abîme bleu.

Tout le monde connaît la réponse de Socrate aux amis qui lui annonçaient sa sentence. « Les trente tyrans, lui disaient-ils, t'ont condamné à mort. » — « La nature les y a condamnés eux-mr^^mes », répliqua le philosophe. Cette parole dédaigneuse n'est pas encore toute la vérité. La nature ne nous condamne pas seulement : elle exécute à tout instant la sentence. L'échange qu'elle organise entre nous et le milieu nourricier, cet échange qui est la vie est aussi la mort.

La vie est assimilation, et l'assimilation a pour corrélatif une désassimilation permanente. L'arclutecte mystérieux qui construit nos corps y introduit des matériaux neufs dont l'arrivée en chasse d'autres. A chaque pierre nouvelle encastrée correspond une pierre ancienne qui se détache. La ruine égale le gain. Elle l'égale, dis-je, dans la santé et la jeunesse; dans l'enfance elle lui est un peu inférieure : d'où la croissance; mais dès l'âge mûr elle reprend le dessus, puis elle gagne, elle gagne sans cesse, jusqu'à ce que tout s'clîondrc en une dernière chute. La nutrition et toutes ses variantes, qui enveloppent tous les cas de la vie, la nutrition, en se défendant contre l'inanition, c'est-à-dire contre le néant, ne fait que se raccrocher au bord de la tombe ; elle retient , en courant, au penchant de la mort. Par elle, on ne peut pas dire proprement que nous sojions :

nous nous efforçons d'être. Les échanges de l'action, qui manifestent la vie hors de son cercle étroit, eux aussi sont une mort; car l'action, intérieure ou extérieure, est une déflagration où l'explosif se détruit pour prix de sa puissance. Nous perdons en donnant, nous perdons même en acquérant, nous rechutons dès que la marche nous relève ; la mort vit de notre vie, et nous mourons tout le temps précisément parce que nous vivons dans le temps.

La mort suppute nos jours, compte nos pas, observe les battements de nos cœurs, tient registre de nos actions, note les soupirs et les halètements de nos poitrines, et de tout cela elle constitue son trésor, sa vie propre, sa vie de larve cruelle, de fantôme malfaisant. Tout cela, elle le possède autant que nous, elle le possède ensuite plus que nous, jusqu'à ce qu'elle nous l'enlève.

Mon être à chaque souffle exhale un peu de soi, Chaque parole emporte un lambeau de ma çie (1).

Quand je dis : J'ai tant d'années, cela veut donc dire que la mort les a, que moi je ne les ai plus. Ces années m'ont filé entre les doigts, et j'ai passé ce même nombre de fois sur l'anniversaire anticipé de ma mort, comme sur une pierre tombale. « Ma vie se compose de la perte de mes années », dit saint Grégoire de Nazianze, et il suffit que je vive pour mériter de mourir.

Le temps est une étrange étoffe : la trame s'accroît à chaque instant ; mais l'accroissement en avant pro-

(1) Lamartine, Méditations.

voque un effritement en arrière ; l'étoffe s'use en se tissant; elle n'a jamais qu'unie transitoire, un lé qui n'en est même pas un, vu que le présent est sans largeur, entre ce qui fut et ce qui n'est pas encore.

Autour de nous, tout subit cette même loi. Nous ne sommes pas des privilégiés ; la mort est équitable. La nature, que les anciens ont appelée de ce mot expressif: natura, la chose qui i>a naltrey peut aussi bien s'appeler celle qui va mourir. La vie des choses est mourante comme la vie des hommes ; le lleuve s'écoule en même temps que la barque fuit. La goutte qui tombe du toit silencieusement, le glacier qui croule en avalanche, l'astre qui monte et puis descend, la vague qui se gonfle et retombe, un forgeron qui frappe en cadence, une voiture qui passe et disparaît au tournant, le cycle de la journée, de la semaine, des lunaisons, des saisons, l'éphéméride qui s'effeuille et les calendriers qui se succèdent, l'horloge qui bat, tout nous dit : Nous fuyons, nous fuyons, et avec nous — ou plutôt nous avec elles — luient toutes choses. Nous sommes là, stupéfaits, sur une planète qui branle, en face d'objets qui se déplacent et se transforment incessamment, devant les eaux qui courent, dorment, s'évaporent, retombent, devant tout ce qui recommence après avoir fini, et, sous le ciel bleu, sous les nuées qui y frétillent, nous nous sentons sous l'aile de la mort.

Cette immense création, dont la durée est si disproportionnée à la nôtre que volontiers nous la croirions vouée à l'éternité, elle aussi est une mortelle. La terre sera portée en terre ; l'atmosphère s'épuisera ; les eaux seront bues jusqu'à la dernière goutte ; les

mouvements s'égaliseront; il y aura un arrêt de l'action ; il y aura un enterrement du monde, un silence, un repos, une retombée définitive de ce qui monte et descend, une chute de la lampe d'or et un brisement de la chaîne du puits, ainsi que dit l'Ecclésiaste. Requiescat in pace, cela se dit de chaque vivant, cela se dira aussi de la planète. Ce monde est un cercueil qui n'est pas tout à fait fermé.

Et pourtant, nous sommes immortels. Aux profondeurs des choses, il y a aussi de l'immutabilité. Tout l'empire de la mort est étendu en surface, comme cet empire des vents qui n'agite sur la mer qu'un rideau liquide. Tout n'est que mort, disais-je; mais tout est mort afin que tout soit vie. La fin des fins n'appartient pas à la destruction. La vie meurt et renaît, elle s'élance et retombe; mais ce qui est à la fin, c'est une naissance, et qui ne doit pas mourir. Si à chaque réveil nous courons vers la nuit, de nuit en nuit et de jour en jour nous allons vers le jour, et au total, notre existence n'est pas la course à la mort, mais la course à la vie durable.

« Ilœc est Victoria g use mincit mundum : fides nostra : la voiciy la victoire qui triomphe du monde^ ditl'Apôtre, c'est notre foi, » (ï Jean, v, 4.) Le monde, de son fait seul, n'a pas de quoi engendrer de la vie ; nos corps, fragments du monde, n'ont que des soubresauts impuissants ; notre âme, si elle quitte Dieu, se perd elle-même et ne peut sauver son conjoint de la ruine universelle; mais notre foi, qui nous lie au Christ-Dieu nous rattache à la vie et nous fait participer de sa puissance.

Jésus est mort pour nous racheter de la mort. Il

sanctifie et glorifie le trépas en sa personne ; ensuite, il nous en fait le don, et c'est un trésor. La réalité universelle ne modifie de ce fait aucune apparence ; mais le signe de ses valeurs est changé ; tout prend un sens nouveau, et sur Técriteau de la croix, où tout paraît plaider pour la tombe, vient s'inscrire un appel de vie*

Qu'importe que uqus perdions jour par jour tous nos jours, et avec eux les espoirs qui nous lancèrent pleins de feu dans la courte aventure terrestre ! En Jésus-Christ on échappe à la déception ; notre mort permanente et notre mort finale, le quotidie morior et son brusque aboutissement sont un gain l'un et l'autre, parce que le Christ est vie « Mihi çii^ere Christusest et mori lacrum » (Philipp., i, 21).

Quand nous perdons de notre être, il dépend de nous de pouvoir dire avec assurance : il s'accroît; parle-t*on de son déclin, il approche de sa plénitude ; quand l'action nous échappe, ses résultats sont là; quand nous n'arrivons pas, nous arrivons quand même ; en mourant, nous vivons ; car marchant droit vers Dieu, comme l'oiseau de toile qui court à toute vitesse sur l'aérodrome, nous sentons le ciel qui nous glisse sous les ailes et nous prend.

Toute la terre n'est qu'un point dans le vaste univers de l'âme ; toute la terre n'est qu'un point au milieu de mon cœur. Que m'importe sa caducité! Je la mesure, je m'y appuie un instant, je l'utilise, mais ne lui appartiens pas. Ma chair est une matière que la nature me prête et sans cesse me retire ; elle descend comme un courant d'eau ; mais mon âme s'en dégage et monte, comme le feu des anciens qui cherchait les astres.

Bossuet a remarqué que Jésus, dans la gloire, appelait toujours la mort, afin de la glorifier par ce voisinage. Il l'appelle à Bethsaïda, lors d'un grand miracle ; il l'appelle aux Rameaux ; il l'appelle au Thabor; il peut ensuite l'appeler à la croix, sûr de trouver en elle une servante. 11 n'y aura rien de plus grand pour Jésus lui-même que ce moment de sa mort, et comme il n'est pour nous rien de grand hors Jésus et notre union à sa personne, la mort en lui est le bonheur et l'honneur suprême. « Tout consiste à mourir », dit l'auteur de Vlinitatioriy puisque « tout est dans la croix. Il n'y a pas d'autre voie qui conduise à la vie » (L. II, ch. xii).

Méditons, après cela, sur la fuite du temps, nous verrons qu'un moyen nous demeure d'échapper à cet écoulement pour atteindre à de l'immuable, à du permanent, à une durée qui satisfasse notre appétit de vie, au lieu de frustrer toutes nos aspirations au moment même où tout les sollicite.

Le temps court et ne s'arrête jamais; mais audessous de lui, il y a de l'éternité; car au-dessous de la matière changeante, il y a de l'immutabilité, il y a Dieu. Or, Dieu, quand on le saisit, est comme le fond où l'ancre du vaisseau se fixe et défie la houle. On s'éloigne de la mort, en plongeant, par son âme, plus profond.

Que la foi nous attache à Dieu, que, l'espérance nous confirme et consolide en nous les promesses de Dieu, que l'amour fasse du cœur de Dieu et du nôtre un seul cœur : une destinée pareille à la sienne nous est due aussi, et par suite — quelque folle que paraisse une telle conclusion — une pareille mesure

d'être. Le vermiceau s'égale au suprême Vivant. Participants de la nature divine, ainsi que dit saint Pierre (II Petr., i, 4), nous devenons participants de sa durée. Nous aussi, nous serons des éternels ; nous le serons dès maintenant par le fond et l'essentiel de l'être. La mort, à la surface, affectera seulement ce qui de nous est si peu et que du reste, un jour, on saura retirer à son emprise.

Et de même que la durée personnelle heureuse nous advient ainsi, nos liens, à leur tour, conquièrent l'éternité, à se nouer en Dieu au delà de ce qui passe.

Nous vivons, dit le poète.

Le temps de dire adieu à ce que nous aimons,

et comme on meurt tout le temps, on se quitte aussi tout le temps, entre associés d'une vie fugitive. Quand nous demandons à Dieu que sa volonté soit faite, nous lui demandons, tout d'abord, de nous disperser ; mais en y insistant nous lui demandons de nous réunir; car la mort de nos liens est en lui et en son Christ une reprise d'unité qui ne craint plus les ruptures. Mourir au temps et aborder à l'éternité, c'est le plus court chemin pour se joindre, et comme on le peut tout le temps, tout le temps on peut poser, par une foi, un espoir et un amour de charité qui prennent Dieu pour gage, l'acte heureux grâce auquel on ne se quittera plus.

Les conclusions à tirer de cette philosophie sont précieuses. La première, c'est que la vraie mesure

d*une vie ne doit pas être jugée au nombre des jours. Il ne s'agit pas ici de longueur, mais de profondeur; on ne mesure pas à Taune, mais à la sonde. Le jeune soldat qui a donné sa vie, le martyr qui succombe n'ont-ils pas vécu? Toute leur durée se réfugie en un instant, mais cet instant est [d'une valeur suprême. L'étendue n'y fait rien; ce qui importe, c'est le contenu de la vie, c'est la façon dont chaque instant est compris, utilisé, sanctifié, dételle sorte que l'éternité vienne s'y prendre.

Nous amplifions la vie en l'embellissant, nous la haussons, nous l'approfondissons et la poussons aux divins abîmes. On ne demande plus ce qu'elle pourra durer. « En peu d'heures Dieu labeure », dit un proverbe. Si ce qui se passe dans une''heure est bien, ce bien ne vaut pas seulement pour l'heure où il se produit, mais pour l'éternité; l'acte est posé dans l'immutabilité et ne dépend plus des fluctuations dans lesquelles tout s'évanouit [comme un rêve. Si ce qui se passe dans le temps est mal, ce mal aussi subsiste, et tant qu'il n'est pas retiré, il revêt une valeur éternelle.

Chaque être, à chaque instant, pose un acte qui le sauve ou qui le perd ; tout acte a des retentissements infinis. Les minutes se succèdent, |mais ce qu'elles portent d'éternité reste. Le temps a beau venir de loin et aller loin, il n'entraîne que peu de chose dans sa course; il compte pour peu; il nous grève de peu; il ne nous sertnon plus que par circonstance, comme par raccroc, quand nous avons besoin de nous reprendre. Celui qui sait valoir par lui-même et tout de suite, celui qui sait se rassembler et se donner à ce qui est la loi de son être, celui-là n'a pas besoin du temps.

La seconde conclusion, c'est que, mourant sans cesse, il faut être sans cesse en état de mourir et sans cesse accepter de mourir. Notre mort est de la part de Dieu une volonté de justice et une volonté d'amour ; de notre part, elle doit être une volonté soumise et une volonté filiale. Il faut que ce soit non une fatalité, mais un acte. L'acceptation que nous ferons de ce départ toujours imminent, de ce repas rapide de la vie qui ressemble à la Pâque juive, où l'on mange sans s'asseoir, les reins ceints, le bâton à la main, sous une lampe qui s'éteint elle-même : le soleil, moins vite, hélas, que la flamme de nos regards, que l'ardeur de notre sang, c'est une vertu qui n'est pas loin dé les contenir toutes; c'est à la fois une purification, un détachement, une. lumière sur toute chose, un sentiment de justice, un courage, un amour.

Cette dernière qualification dispenserait des autres ; elle peut pousser la vertu de la vie jusqu'à un héroïsme constant qui inscrit à son compte le bénéfice de cette parole du Maître : « Personne n'aime davan^ tage que celui qui donne sa vie pour ses amis. » Donner sa vie en une seule fois, librement, par pure affection, est sublime ; la donner pièce à pièce, d'une constante volonté sacrifiée peut l'être davantage encore et peut multiplier par tous nos instants le mérite de l'instant suprême.

Consentir par amour pour Dieu et pour nos frères à ce que tout nous quitte, à ce que nous ne puissions en jouir qu'en passant, n'est-ce pas un sacrifice pareil à celui du Sauveur? C'est, comme sa mort à lui, un abandon d'amour, un baptême de désir et de sang, une communion, un martyre. Celui qui trouve en soi de quoi s'y adapter pleinement y peut voir le témoi-

gnage d'une charité parfaite; il a le droit de dire pour la mesure de vie comme pour la vie même : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui ^it en moi. »

L'instant final serait alors tout préparé ; ce serait l'un des moments, un moment pour ainsi dire quelconque de cette mort permanente acceptée dont toute l'éternité vient guérir les affres. Nous serions en état de le vivre, ce dernier instant, au lieu de nous le voir arracher. Tant d'êtres n'y sont pas, ne s'en aperçoivent pas, meurent sans le savoir et ne peuvent donc se donner le mérite et la sécurité du suprême passage ! Il faut le savoir et le régler, nous, par anticipation. « Par un transport de grâce », ainsi que dit Pascal, il faut considérer « cet accident » comme tout simple, quoique infiniment grave, comme banal et comme décisif — banal parce qu'il a lieu tout le temps d'une certaine façon, parce qu'il est l'arrivée d'un constant voyage ; décisif, parce que, au-delà, il n'y a plus qu'immobilité, heureuse ou terrible.

Jour de la mort qui englobes tous les jours; jour qui comptes pour chaque jour et qui chaque jour comptes double : pour le temps et pour l'éternité, pour la durée changeante et pour la durée immobile, pour les deux mondes : le visible et au delà l'invisible ; jour qui chevauches ainsi sur d'immenses domaines ; jour qui enjambes ; jour qui sépares et relies ; jour frontière, sois-moi propice et ne me juge pas d'un jugement sévère. Ton tribunal est toujours en instance dernière ; ton autel est toujours dressé pour le sacrifice final; ton espace si réduit et si vaste est le

vestibule d'une immensité accueillante ou fatale. Instant secret, instant de mystère, instant qui viendras comme un voleur, a dit le Maître, toi qui termines et commences tout, sois pour moi le rendez-vous que Dieu disposaavec amouraux confins des mondes. Que je te prépare sans cesse, que je t'accueille doucement, que je te vive pleinement, que je t'offre méritoirement, que grâce à toi se réalise pour ma destinée ce que prophétise le psaume : « Vous lui aç^ez accordé^ Seigneur, le désir de son cœur et vous n*awez pas trompé la demande de ses lèvres... Il a sollicité la vie et vous lui avez accordé des Jours sans fin^ durant les siècles des siècles. » (Ps. xx, 35.)

Les « jours sans fin » dont le psaume nous réitère la promesse sont une continuation de la vie catholique où la mort joue le rôle à la fois d'une coupure et d'un lien : tel, dans le mot composé, le trait d'union qui marque sa constitution double et une.

Il y a deux mondes, il y a donc en un sens, deux vies; mais ces deux vies sont reliées, ainsi que les mondes, par une unité de principe et d'essence profonde. Il n'y a qu'une destinée.

Vu les longs développements que nous avons consacrés à la vie terrestre, il semblerait que sur l'autre vie, nous dussions nous étendre en proportion. Mais le mystère qui explique tout et qui est présent partout ne se laisse pas saisir en lui-même. On ne peut décrire ce qui échappe au discours ; on ne peut, habitant un monde, en dépeindre un autre. Notre esprit n'est nourri que de pauvres expériences sensibles. La mort nous jette dans la surçie, et la survie n'estelle pas aussi loin de la vie que celle-ci des ébauches qu'en présentent les matières mortes?

Ce qu'il y a de plus frappant dans les essais de description du Saint Livre, des Pères et des génies

chrétiens relativement à la vie future, c'est l'énergie de leurs déclarations d'impuissance, et je crois bien que nul au monde n'a rien dit de plus éloquent ni de plus pertinent que saint Paul quand il s'écrie : « L'œil de l'homme n'a point vu, son oreille n'a point entendu, son cœur n^a point compris ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment. » (Cor., ii, 9.)

Il ne faut pas nous scandaliser de cette obscurité ; elle était nécessaire au mérite; elle est normale, vu nos conditions actuelles ; nous devons l'accepter finalement, et croire que tout sera bien, près du Souverain Bien.

Pourquoi poser des questions à Dieu? Sa voix est trop large et nos oreilles sont trop étroites pour qu'il puisse actuellement nous répondre ; son regard est trop vaste et notre champ visuel est trop petit pour qu'il puisse nous dire : Vois, et son cœur qui prépare nos biens est avec le nôtre dans une disproportion trop forte pour qu'il puisse nous dire : Goûte. Nous ne savons pas, au vrai, Texacte condition de l'autre vie; mais connaissant ses sources, sa raison d'être, sa perfection exclusive des misères dutemps^ nous pouvons en balbutier quelque chose.

La vie future emprunte tout à Dieu : c'est le caractère foncier d'où tout le reste découle. Ce ne serait là rien de particulier, si l'on ne parlait de Dieu que comme cause première. Où puiser, si ce n'est à l'unique Trésor? Mais il s'agit de causalité immédiate. Tandis que nos vies prennent tout à la matière, même, d'une certaine façon, la vie de l'âme, vu que l'âme est en toutes choses conditionnée par la chair, la vie céleste est suspendue en son entier au Premier

Principe. Dieu est Fauteur de la promesse d'immortalité et il en est l'effet, il est le juge du mérite et sa récompense. Synthèse des biens, absence des maux, santé éternelle du corps, intégrité de l'esprit, beauté sans tare, liberté sans contrainte, possession sans dégoût, joie sans lassitude, gloire sans illusion, paix qui n'est combattue ni par autrui ni par soi-même, tout vient de l'unique intervention divine ; tout découle de ceci que, liés à Dieu par le sommet de notre être, nous nous trouvons en état de canaliser son influence dans toutes les directions où notre vie a besoin d'être actionnée, nourrie et enrichie pour trouver sa béatitude.

La vie éternelle consiste à voir Dieu, mais d'une vision qui est une prise de possession spirituelle, d'où résulte, en l'unité de notre être, un enrichissement total, une pleine vie. Il y a compénétration inégale, mais réelle entre l'Esprit divin et notre esprit créé ; la conquête en est donc pour nous effective et non plus seulement idéale ; elle ne nous renseigne pas seulement, elle nous accomplit, nous mettant en symbiose^ en unité de vie avec la Vie essentielle.

Dieu est esprit, et nous ne pouvons l'aborder que par l'esprit; mais une fois au contact, comme il est la Source infinie et qu'il nous fit capables de lui par nature et par grâce, sa plénitude nous inonde et procure au delà de toute prévision, voire de tout désir, l'entier rassasiement de nos puissances vitales. Notre âme, d'abord, s'y béatifie; mais elle ne sera pas seule gratifiée ; nos corps aussi auront leur part quand, l'évolution terrestre achevée, le confiit des forces ayant joué son rôle transitoire, Tordre éternel s'installera.

Qu'on ne s'étonne pas de voir un fait de connaissance : la vision de Dieu, produire ainsi des effets vitaux qui retentissent partout, jusque dans l'organisation de notre être physique. La connaissance est une expérience; elle nous livre l'objet et nous le rend présent; elle nous communique de ses propriétés ce que le mode et le degré de cette connaissance peuvent permettre. L'œil perçoit la lumière, l'oreille le son; le goût, le tact, l'odorat se partagent des attributs nombreux et complexes des choses, et notre intelligence vit de l'idée, c'est-à-dire d'un décalque abstrait de ce qui est. Mais en nous, en tant qu'esprits, se trouve une capacité de recevoir l'impression des choses et l'impression de Dieu même à l'état non plus d'abstraction ou de morcelage appauvrissant, comme maintenant, mais par une intuition qui nous en puisse communiquer la richesse.

Voir Dieu, source de tout, source qui en se communiquant ne s'est pas appauvrie ; pénétrer intuitivement dans l'Essence première qui les contient toutes, puisqu'elle est indépendante de ses œuvres et pleinement immuable; voir Dieu, dis-je, c'est donc extraire de lui, pour se les assimiler, et la valeur infinie qui lui est propre, et les richesses vitales que nous faisaient obtenir tous nos modes d'expérience terrestre. Ceux-ci pouvaient-ils rien atteindre qui ne se trouve en Dieu à l'état suréminent, qui ne s'y trouve avec ses plus intimes particularités, avec sa pleine efficacité? Que Dieu donc les remplace et que l'astre soit possédé non comme dans le seau qu'on porte à la main et où sa lumière miroite, mais parce qu'on a hérité du ciel.

Actuellement, nous vivons d'impressions sensitives et d'iniages mentales ; tout ce que nous éprouvons n'est qu'un connaître imparfait et morcelé, une danse de fantômes. Dans l'autre vie, saint Thomas dit que Dieu même se constituera au dedans de nous à l'état d'image mentale infiniment riche, infiniment active, et l'intuition qui en résultera, la vie qui s'éveillera à ce contact d'une créature et de son Créateur coïncidant pour ainsi dire selon l'esprit et vivant comme d'une vie commune, nous donnera surabondamment tout ce que souhaitait d'obtenir notre être, en ses contacts avec l'homme et avec l'univers.

Au point de vue de la durée, qui ne voit la- différence entre une telle vie, puisée à la source de vie, et la vie sans cesse mourante que nous décrivions comme résultant de nos rapports avec la matière? Notre vie d'ici-bas est un compromis entre la matière de nos corps et la matière ambiante ; c'est un rythme de mort en même temps que de vie; c'est une désintégration momentanément compensée, mais qui se solde de plus en plus par des pertes. Or, une vie empruntée à Dieu et suspendue à de l'indéfectible n'a plus en elle aucun principe de caducité. Dieu ne meurt pas; ce qui vit en lui et par lui, grâce à lui ne mourra pas. L'apport divin, au lieu d'entrer en nous par échange et au prix de notre destruction partielle, comme l'aliment de nos corps; au lieu d'user progressivement, après l'avoir vivifiée, la substance qui nous forme, cet apport, dis-je, fortifie

en nous nos capacités de recevoir, autant qu'il subvient à leur vide. C'est un apport créateur, conservateur, nourricier, épanouissant pour tout ce qui est en nous. Dieu satisfait, et il fait surgir lui-même des appels nouveaux, de nouvelles virtualités qu'il veut satisfaire. Nous eu sommes donc constitués à l'état d'existence stable, de possession sans déperdition, de vie qui ne se détruit plus à chaque pulsation, qui suit un rythme d'enrichissement, non d'échange mortel. La vie qui meurt tout le temps fait place à une vie qui vit tout le temps et qui ne porte plus en elle sa propre sentence.

Cette vie ne comporte pas de vide, car en nous il n'y a plus d'obstacle à l'enrichissement, et en Dieu il n'y a ni parcimonie ni indigence. Chacun en reçoit sa propre plénitude, je veux dire ce qui répond à sa capacité, à son mérite acquis, à sa grâce. 11 en est comme d'une coupe plongée dans la mer : elle s'emplit et déborde autant que l'y invite l'abondance où elle puise et que s'y prête son ampleur. 11 y aura donc là des degrés, sans que personne ne manque. L'inassouvissement serait une imperfection ; l'inégalité n'en est pas une. « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père », a dit le Sauveur (Jean, xiv, 2).

Cette vie sans manque, cette vie achevée selon son espèce naturelle et surnaturelle n'en sera pas moins toute pleine de désirs, mais de désirs satisfaits, de désirs qui excluent la satiété sans amener le tourment, qui nous lancent constamment vers ce qui du même essor nous arrive. Et la raison en est qu'une

vie en équilibre instable, exposée d'un côté à l'inanition, peut bien être exposée d'autre part à la satiété, quand, son vide réparé, elle éprouve par la réplétion la menace du dégoût; mais une vie stable, une vie qui ne défaille point fait de tout apport nouveau une raison de se porter plus loin, non de se fermer et de s'immobiliser comme une bouche tout à l'heure avide, maintenant rassasiée et lasse. Vive, tranquille, immuable et toujours nouvelle, ardente sans inquiétude et paisible sans extinction de l'élan : telle est la vie immortelle.

Cette vie, disais-je, englobe l'âme et le corps et les béatifie l'un par l'autre: le corps par l'âme, qui puise en Dieu au bénéfice de tout l'être; l'âme par le corps, dont l'adjonction place tout l'être en son état naturel, au bénéfice de ses éléments. Mais on voit que la béatitude corporelle n'est plus ici le résultat d'un arrangement, d'un modiis viçendi entre l'âme et le milieu matériel, c'est un effet de l'influx divin qui organise le corps en confortant l'âme, qui rend celle-ci enfin capable d'exercer avec plénitude le rôle qui est le sien : unifier l'être, l'harmoniser, lui donner une consistance ferme et lui permettre de résister à ce qui menace toujours, la cadavérisation de sa matière. Ici-bas, l'âme procure comme elle peut l'unité et l'harmonie relative des fonctions vitales ; mais son action est lâche et les forces élémentaires la combattent; à la fin elle est vaincue. Dans la vie avec Dieu, l'âme pleine de force subordonne la matière et lui impose son ordre ; elle rend ainsi le corps accompli et immortel.

Pour une raison semblable et en concordance avec la même loi, notre vie fraternelle à tous ses degrés trouvera dans cette union au principe de vie la perfection de ses liens et l'unité harmonieuse de ses groupes. Ceux qui se demandent anxieusement si au ciel on se retrouve et se reconnaît ne réfléchissent pas bien. Ne savent-ils donc pas que nous sommes associés et comme agglutinés par nature; que nos groupements sont fondés sur les plus profondes dispositions que Dieu ait mises en nous, hors nos affinités avec lui ; que d'autre part tout ce qui est bien dans nos affections est un- cas de providence autant et plus que de choix et de libre don mutuel? Dieu pourï;ait-il détruire, dans le monde du parfait, ce qu'il a réalisé de meilleur dans l'imperfection de la terre? Son action dans les êtres abolirait-elle leur nature en ce qu'elle a de plus épanoui, et nous, plus proches de Dieu, en serions-nous moins hommes? Quand Dieu agit dans sa création, c'est pour la mieux donner à elle-même ; il donne chaque être à sa nature intime, à ses liens, et si les hommes sont béatifiés, leurs affections doivent être ainsi qu'euxmêmes poussées au parfait, et non pas éteintes.

Ce sera en Jésus-Christ que devra se réaliser l'heureuse unité que nous présentons ainsi comme le cas maximum des relations familiales, amicales, spirituelles ou civiques de la terre. En Jésus-Christ nous sommes, par la vie catholique : en Jésus-Christ nous demeurerons. La vie de Dieu communiquée aux âmes et aux corps, aux hommes et aux groupes sera

toujours en la dépendance de Celui par qui tout nous vient, qui nous a tout mérité et qui est l'intermédiaire mi-humain, mî-divin de tout don surnaturel, terrestre ou céleste.

Il est là-haut déjà, ce Jésus qui est « une portion de notre substance », comme dit un de nos grands maîtres (1), portion de choix, tête du grand organisme humain animé par l'Esprit divin ; il est làhaut : toute sa substance doit le suivre, et quand de nouveau « il apparaîtra, lui, votre çie, dit Paul aux Colossiens, alors cous aussi cous apparaîtrez açec lui, en gloire » (Col., m, 41). Nous aurons notre vie de fils de Dieu parce que Jésus a la sienne ; nous en jouirons comme des cohéritiers, comme des frères, parce que c'est lui qui a reçu pour tous l'héritage, ayant renoué la filiation autrefois brisée. Tous vivront la vie de chacun et chacun la vie de tous, tous goûteront la joie de chacun et chacun la joie de tous, parce que chacun et tous vivront la vie du Christ qui est tout en tous.

Et cela n'empêchera ni les variétés ni les intimités diverses de nos liens ; car nous savons que le Christ est divers en ses divers membres, qu'il ne se répète pas et que le trouver partout tel qu'il est, c'est le trouver diversifié et plus ou moins apparenté au cas qu'il fit nôtre, tout prêt, par conséquent, à nouer avec nous par tel de nos frères, par tel autre un lien particulier, une étroite communauté partielle.

Il ne s'agit donc pas, dans cette vie en un, d'une homogénéité appauvrie, faite d'une répétition de

(i) Expression empruntée au Manuel de saint Augustin.

rapports identiques, pareille au jeu des parcelles similaires qui se juxtaposent dans une masse amorphe ; il s'agit d'unité organique, harmonieuse, exigeant la diversité des rapports et des cléments. Telle est la catholicité terrestre : telle sera aussi la catholicité immortelle.

Et comme le genre humain a mission de soumettre au Christ, par la civilisation chrétienne, tout ce qui lui a été donné comme serviteur, aliment, ornement ou complément de sa vie : ainsi le genre humain transplanté et glorifié se verra soumettre en le Christ et en Dieu l'universalité de ses domaines. Les « nouveaux deux » et la « nou{>elle terre » sero nt comme notre être prolongé, comme le Christ prolongé en nous, comme Dieu épanoui plus loin par le Christ et par nous.

On peut penser, bien que nous n'ayons ici, évidemment, aucune lumière directe, que le milieu vital éternel sera le résultat d'une thaumaturgie dont Dieu sera la source première, le Christ le premier instrument humain et les âmes unies à Dieu les instruments secondaires. Les Pères de l'Église ont émis à propos du Christ, du péché originel et de la grâce, des vues qui favorisent cette interprétation ; certaines thèses de Kant, de Schopenhauer, de Renouvier lui sont favorables, bien que tendant par elles-mêmes à tout autre chose. Si elle était exacte, ce serait en un sens physique aussi bien que moral qu'il faudrait entendre la formule paulinienne : « Tout soumis aux élus y les élus au Christ et le Christ à Dieu. » Il y aurait là de nouveaux et profonds mystères.

Cette vie définitive commence ici d'une certaine

façon ; car le germe en est en nous par la grâce ; le droit en est acquis aux enfants de Dieu; l'espérance nous la fait goûter en d'intimes participations, sauf que, selon ce que disait sainte Thérèse, « nous ne voulons nous croire riches que si nous nous voyons l'argent dans la main (1) ». Mais il demeure que toute cette richesse de vie sur laquelle nous comptons, nous en avons les arrhes. Du moins, nous les avons si nous vivons précisément de cette vie éternelle commencée qui s'appelle ici-bas vie surnaturelle.

La vie est pour les vivants. « On donnera à celui qui a et il sera dans V abondance, dit le Sauveur, et à celui qui n'a pas, on ôtera même ce quil a. » (Matt., XIII, 12.)

La vie immortelle est accomplissement ; avant d'accomplir, il faut amorcer et il faut poursuivre. Et comment l'obtiendrions-nous, cet accomplissement de vie céleste, si nous n'étions que des morts ? Celui qui n'a pas la vie en soi, la vie de l'âme, par sa liaison lointaine d'une certaine fagon, intime pourtant, par la grâce, avec Celui qui est source de vie, celui-là n'est pas fait pour la vie immortelle ; il est fait, à moins de résipiscence, pour la mort qui ne meurt pas, pour la terrible aggravation d'un néant qui ne pourra plus se raccrocher aux vaines apparences, qui tombera dans le grand vide où l'absence de Dieu creuse un abîme d'horreur et le désordre irrémédiable un abîme de maux. Là sont « les larmes éternelles » , dit sainte Catherine de Sienne, au lieu de la joie éternelle. Mais la bonne vie chrétienne

(1) Le Chemin de la Perfection., cli. xxxii.

bien ancrée dans la foi, l'espérance et l'amour, bien nourrie des vertus morales, celle-là se poursuit et aboutit sans secousse, à travers le léger sommeil de la mort, là où elle doit s'épanouir définitivement dans le bonheur, qui est la fleur du bien.

Tout, pour nous, en toute situation, consiste donc à ouvrir les voies en vue de cet envahissement surhumain qui doit substituer en nous la vie pleine à la vie mourante. De tout ce que nous rêvons, une seule chose est intéressante : ce que nous pouvons faire d'immortel. Il est vrai que tout prend ce nom et mérite cette louange dès qu'il est catholique vraiment, c'est-à-dire relié à Jésus-Christ, inspiré de son Esprit, attaché à son œuvre avant tout spirituelle, mais aussi sociale, civilisatrice, matérielle et corporelle même.

Adopter tout, conserver tout, aimer tout, s'appliquer à tout, mais en vivifiant tout, en surnaturalisant tout, c'est donc, pour l'homme, mener dès maintenant une vie éternelle, jusqu'à ce qu'enfin cette éternité se dévoile et que, venu avec le plein déploiement de son être à la fontaine de vie, il y remplisse le vase de son cœur.

ME CVTIIOLlOUi:. — II. 20

TABLR DES MATIÈRES

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