‹ La vie chrétienneChapitre 22 sur 75 · Coriiilh., XIII, i · texte numérisé non relu

Coriiilh., XIII, i

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La charité, comme le dit ailleurs le même apôtre, est le lien de la perfection.

Par conséquent, aimez seulement, et faites ensuite ce que vous voudrez; tout ce que vous ferez sera bien fait.

2° Mais si les trois vertus théologales sont les soutiens de toute la vie chrétienne, les liens qui m'unissent à Dieu et au ciel, les précieux gages de mon salut, en un mot mus richesses les plus estimables ici-bas, avec quel soin nedois-je donc pas, pour les apprécier comme elles le méritent, les conserver eu moi et les perfectionner. Parmi les moyens qui peuvent me conduire à ce but, un des plus avantageux c'est ù! en produire souvent les actes.

Or qu'est-ce que mettre en acte ces vertus? c'est rendre bien présents à mon esprit leur objet matériel (leur sujet), et leur objet formel (leur motif), et prendre la résolution de les garder fidèlement. D'après c.chx. y excite en moi la foi, lorsque je [jrie ainsi de cœur : 0 mon Dieu, ô mon divin Jésus, je crois en vous, je crois tout ce que vous avez enseigné, je crois en particulier que, comme Fils éternel du Pt-re éternel, vous êtes devenu homme ; je crois que vous m'avez racheté surl'arbre de la croix, que vous êtes maintenant élevé à la droite du Père et que vous régnez sur le ciel et la terre. Avec abandon de mon propre esprit, je crois tout, non parce que je le pénètre, le comprends, mais parce que vous l'avez dit, et parce que vous êtes vous-même la vérité éternelle, qui

ne peut se tromper. Et conséquemmeiit, quelques subtilités, quelques sophismes qu'une intelligence bornée ou un cœur égoïste puisse opposer à ces vérités, je les crois ; et quand même tous les sages et tons les savants du monde les combattraient avec tous les motifs humains, je ne m'en détacherais pourtant pas. Bien plus, je m'écrierais avec saint Pierre: 0 Seigneur, à qui irions-nous? vous seul avez les paroles de la vie éternelle. Donnez-moi seulement votre grâce pour que je croie.

De même, je mets en acte l'espérance en Dieu, si, de celte sombre vallée de la vie mortelle, oppressé par la souffrance et le combat, j'élève mon àme vers le ciel, et cbautti avec le poète divin : « Comme le cerf altéré soupire après l'eau de la source, ainsi mon àme s'élance vers vous, ô Soigneur. » Ou si, à la vue des magnificences de ce monde, de ses honneurs, de ses richesses, de ses plaisirs et de ses joies, ou encore, si tenté par les séductions que m'offrent les créatures, je dis avec saint François Xavier : « Combien la terre avec toutes ses gloires me parait petite, lorsque je regarde le ciel ! » Ou si, pénétré du sentiment de mes fautes, oppressé sous le poids de mes péchés,et dans les angoisses de ma conscience, n e sachant comment échapper à cette effrayante oppression, je m'élance vers Dieu et lui dis du plus profond de mon cœur : 0 Dieu infiniment juste, mais aussi infiniment miséricordieux, parce vous êtes infiniment juste.

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je tremble, jo m'elîriae devant la grandeur et la multitude de mes péchés; mais parce que vous êtes en même temps infiniment miséricordieux, et "même en quelque sorte plus miséricordieux que juste, et aussi parce que vous êtes le Dieu de miséricorde, que vous révélez particulièrement votre puissance en pardonnant, je ne me décourage, ni ne me désespère ; je vous offre les mérites infinis de Jésus-Christ, le précieux sang do votre Fils, son obéissance, sa sainteté et l'amour avec lequel il vous a aimé ainsi que l'humanité tuut entière ; je vous présente les mérites do vos justes, vous priant de ne pas regarder mes faiblesses et mes misères, mais bien plutôt les mérites de tous vos saints et ceux infiniment plus grands du Roi de tous les saints, votre Fils unique; je vous en supplie, 'par eux, rendez-moi votre grâce et votre miséricorde que j'espère; fortifiez-moi, o mon Dieu, soutenez-moi dans cette espérance!

Ou siàlavue d'une mort [)rochainc,succombanlà d'horribles souffrances corporelles^ abandonut' do tous les hommes, dans l'attente de l'éternité qui s'ouvre devant moi, saisi de la crainte du terrible jugement que je vais subir, je regarde la croix de mon Sauveur, la saisis, l'embrasse, la presse sur mon cœur en disant : (> Jésus crucifié, c'est pour moi ((ue vous avez souffert ce supplice, c'est pour moi que votre précieux sang a coulé par torrents, c'est poui- moi que vous avez souffert les

angoisses de la mort, ne m'abandonnez pas à mon heure dernière, couvrez mes péchés de la richesse de vos mérites infinis, purifiez mon àme dans votre précieux sang, — ô Jésus, miséricorde, miséricorde !

On si dans cette détresse, je suis de plus tourmenté de toutes sortes de tentations de désespoir, excitées en moi par le démon, qui à ce moment décisif renouvelle et redouble ses attaques, et si dans cet état affreux pour augmenter encore mon désespoir, je m'imagine que nonseulement tous les justes de la terre, mais encore les anges du ciel ont horreur de mon àme, et que même ma mère du ciel, la divine Marie détourne d3 moi son doux visage, — alors, j'excite en moi l'espérance, si, visité de la grâce divine, embrassant de toute mon àme les bras attachés en croix de mon divin Jésus, je pense ou lui dis : Quand même tout m'abandonnerait, que les saints et les anges du ciel, et même mon ange gardien, détourneraient de moi leur visage sttristé, quand même Marie, la mère de la miséricorde, me retirerait son amour maternel, je n'en resterais pas moins fermement attaché à vous, ô mon Jésus, parce que votre miséricorde est suraboudante et infinie, fortifiez-moi seulement dans cette confiance en vous, o Jésus !

Il en est de même pour mettre en acte la cltarilé. Si l'objet de la foi et de l'espérance ce senties biens dont Dieu nous comble, ou en d'antres termes, Dieu lui-même.

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mais Dieu, en ce qu'il est pou?' nous, c'est-à-dire le Dieu de vérité, le Dieu de notre félicité. Considéré comme objet de la charité, Dieu est l'être infiniment aimable par luimême à raison de ses perfections infinies : sa bonté, sa sagesse, sa miséricorde, sa justice, car tout cela est infini en lui. — Dieu est un abîme, une mer incommensurable de bonté, de perfection, il est le bien le plus incompréhensiblement grand et parfait. Et d'après cela, si mon cœur est encore capable de ressentir quelque amour, qui doit-ilaimer et plus aimer que Dieu? Si j'excite en moi la charité, jf me rends conscient de ce motif de l'amour de Dieu, j'accomplis un acte d'amour; je promets à Dieu de persévérer dans l'amour, et je lui en demande la grâce. Je dis, par exemple : 0 Seigneur que tout ce que vous avez fait est beau, le soleil, la lune et la brillante armée des étoiles! Qu'elles sont belles les fleurs qui ornent nos arbres et nos parterres ; ccpcmlant combien plus belle encore que toute cette magnifique création est notre âme immortelle, avec toutes ses facultés, son intelligence et son amour ; mais combien plus beaux que cette âme sont les saints, les anges du ciel, les chérubins et les séraphins. Et tout cela pourtant n'est qu'une goutte de l'océan de votre beauté et de votre infinie perfection. Donc, ô Dieu ! vous êtes beaucoup plus digne de mon amour que tout ce qui est dans le ciel et sur la terre ! Et que scrais-je. si je ne vous

aimais pas? Remplissez d'amertume chaque instant de ma vie passé dans la froideur ou l'indifrérencc pour vous, enlevez-moi tous les biens de la terre, et mille fois la vie même, plutôt que de permettre que je vous offense mortellement. Enflammez-moi d'amour, ô Dieu, et jusqu'à la mort gardez-moi dans l'amour !

Maintenant, je le demanle, produire ainsi des actes des vertus divines, n'est-ce pas un moyen très-efficace de renouveler et fortifier en nousl'union avec Dieu, la vie en lui? A cette demande: combien de fois doisje faire des actes de ces vertus? On peut répondre qu'il est conseillé de le faire aussi souvent que possible, chaque jour le matin et le soir. Car, de même qu'il n'y a pas de vertus plus grandes, plus importantes que les trois vertus théologales, il n'y a aussi aucun acte plus parfait et plus précieux que celui de ces vertus. Chaque nuit ne peut-elle pas être pour moi la dernière ? Quand je m'endors le soir, sais-je si je m'éveillerai le matin suivant, ou si je terminerai le jour qui commence ? Et si je le savais, dans quelles pensées et dans quels sentiments commencerais-je ou achèverais-je le jour? Donc, je suis strictement obligé de faire des actes de ces vertus :

1° Aussitôt que je puis faire usage de ma raison ; car dès que j'ai conscience de moi-même, je dois me pénétrer de cette vérité que je suis créé pour Dieu, qu'il est mon

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but, quo je dois mo douner à lui ; et je ne le puis que par les actes des trois vertus théologales.

2° Dans les tentations contre ces vertus, je dois en produire des actes, car je ne puis rester indilférent envers ces tentations ; au contraire je dois les combattre, et il n'y a pas denianirre plus sûre de les vaincre que de renouveler et d'exciter en moi ces vertus.

3" Je le dois surtout, si j'ai été assez malheureux pour pécher contre elles, ou même pour les perdre. Je perds la foi, quand je doute sciemment de quelque vérité révélée ou quand je la nie ; je perds l'espérance par présomption ou par désespoir ; la charité, quand je pèche mortellement.

4° Je dois en renouveler les actes quand je reçois les sacrements, en particulier le plus grand, le plus saint, la divine Eucharistie, parce que ce sacrement de la foi et de l'amour ne peut être dignement reçu sans ces augustes vertus.

Enfin, au terme de ma carrière ici-bas, si je suis encore capable de pensées et de sentiments. L'amour chrétien de moi-même le réclame. Par ces vertus, je saisis Dieu avec toute mon âme, et peut-il y avoir une mort plus belle et plus précieuse que celle qui arrive dans l'embrassement de l'àme avec Dieu, ou, comme Moïse mourut, c'est-à-dire en recevant le baiser de sa bouche !

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