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jusqu'à la mort. Ces quatre délég^ués s'accointaient avec les représentants du roi. Les principaux étaient l'honorable Schornberg, un luthérien, et le noble de Thou, en qui d'Aubigné respecta toujours infini ment et rhommeetrhistorien. Les séances furent parfois orageuses. D'Aubigné ne faisait rien pour les calmer. Si le président Canaye s'oubliait jiis(jirà lui lappeler le service du roi, d'Aubigné éclatait: « Qui étes-vous, (jui nous voulez enseigner que c'est du service (c'està-dire en quoi consiste le service) du Roi, lequel nous avons eu en main avant que vous fussiez écolier ? Espérez-vous parvenir, pour faire choquer le service du Roi et de Dieu l'un contre l'autre? » La Trémouille, plus mesuré de ton, n'avait pas l'âme moins inflexible. Entre deux séances, Schomberg el di: Thou lui promirent un jour, de la part du roi, tous les honneurs pour lui et sa famille, s'il voulait engager l'assemblée à renoncer aux places de sûreté. La réponse fut: « Donnez à ces pauvres gens les choses justes et nécessaires, et que le roi me fasse pendre à la porte de l'assemblée. » Aussi, ajoute d'Aubigné,
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«le Président deThou, qui nie fit ce narré coninie nous allions à la séance, me demanda si nous avions beaucoup de tels liug-uenots parmi nous ».
Il n'y en avait plus beaucoup. La Trémouille et d'Aubigné étaient à peu près seuls de cette trempe, hormis quelques tliéolog-iens. Encore, parmi ceux-ci. jjiusicurs l'urcnt-il entamés. Dès lors le parti se désagrèg^e. Avant peu, il sera une poussière de partis. Néanmoins, l'espoir de la paix prochaine, la nécessité d'arracher au pouvoir un maximum de concessions, maintient la ligue des courages. On se rallie au clairon de d'Aubigné. Cependant, les siens se plaignent déjà de sa violence. Son intransigeance est telle, que « loutes les aigreurs et duretés de l'assemblée lui turent imputées, et pour cela il fut appelé le Bouc du Déserf, pour ce que tous déchargeaient leur haine sur lui' ».
Ces résistances produisaient pourtant leur effet. Le 13 avril 1598, après de longues négo-
1. Vie à ses enfants, p. 71. — Rappelons à ee S'ij^U que la première édition des Tragiques parut (IfilG) sous ces iniliales é ligmatiques : L.B D.D. (L(e) B(ouc) D(u) D(<'sert). M. B^dier a déujèlé ingénieusement celle curieuse allusion.
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ciatlons, l'cdit de Nantes était siçné. Maintenus dans leurs nombreuses places de sûreté, garantis dans leurs droits civiques et leurs libertés religieuses, les Réformés laissaient éclater une joie légitime. D'Aubigné seul se tient à l'écart et boude. Est-ce parce que son rôle est irrévocablement terminé? Craint-il quelque retour oirensif du « papisme » ? Certes, il le craindra toujours, et il n'était point en cela miauvais prophète. A cette date, cependant, il a plus que mauvaise grâce à faire le Cassandre. Il fallait être le mécontent qu'il était par définition, pour laisser tomber sur l'édit de Nantes ces lignes dédaigneuses : « La paix fut mieux reçue des peuples qu'on n'eût estimé, mais surtout pour l'opinion que les plus avisés tenaient qu'elle était avantageuse aux catholiques, et ruineuse aux Réformés. » N analyse-t-il pas avec la dernière sécheresse, à la lin de son Histoire Universelle^ , cet édit qui en est
1. T. III, p. 730-732 : « Articles abbrégés de la dernière Paix des guerres civiles de France jusque à l'an 1601 ». La niaussatlerie de ces deux colonnes et demie est stupéfiante. Elle oÛ're d'ailleurs, avec YAppendix qui les suit ininiéiiialenient, et ou d'Aubigné pleure en termes bibliques la vic(ime de Ravaiiiac, le plus saisis^ant contraste.
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pourtant le couronnement, pour comlurt' sur ces mots : « Le reste est du style. » Il fallut l'événement de 1610 pour lui prouver que ce « reste » n'était pas du style. Alors, dans l'explosion de sa douleur, il passera d'un excès à l'autre, et placera si haut le signataire de ledit de iNantes, qu'on sera tenté de trouver qu'il exagère.
Ce mécontent fut d'ailleurs jusqu'au bout sujet loyal et fidèle. On le vit bien, lorsque, en 1601, « un des chefs réformés, et des plus grands, » le tàta sur une entreprise qui allait bientôt aboutir à la Iraliison du maréchal de Biron. Sa riposte, qui fut approuvée de tous, fait autant d'honneur à son patriotisme qu'à son sens politique. D'Aubigné ne se nomme pas à ce propos dans VHistoire, mais il revendique fièrement ses paroles dans sa Vie. Il a raison. Là vraiment il montra « comment sa violence aux affaires des Réformés ne le faisait point consentir aux iniques moyens ».
Le roi le sut-il, et voulut-il en témoigner sagra-
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lilude à son ancic.n l'rcre d'armes? Il est remarquable qu'au moment où d'Aubigné, à la mort <1(; La Trémouille (1604), se dispose à se terrer, « ne voyant plus personne àcause des corruptions, et personne à qui il pût se conjoindre », le roi le convie à sa cour par lettres autographes, et lui fait l'accueil familier d'autrefois. Comme doyen des écuyers, Agrippa ordonne les joutes et combats de barrière. Pendant deux mois, les sujets brûlants sont évités. Mais un jour Henri entreprend d'Aubigné, avec ce mélange d'enjouement et de cynisme qui lui allait si bien, et que prenait si mal son écuyer: « Je ne vous ai point parlé de vos Assemblées, où vous avez failli tout gâter, car vous étiez bon: je corrompais tous vos grands... » Et d'Aubigné de répliquer : « Je sais que tous nos plus apparents, hormis M. de La Trémouille, vendaient l.ur peine à Votre Majesté... Je mentirais si je vous en disais autant. J'étais là pour les Églises de Dieu, avec autant plus de juste passion, qu'elles étaient plus abaissées et plus affaiblies, vous ayant perdu pour protecteur. Dieu miséricordieux ne veuille pas laisser d'être
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le vôtre! Sire, j'aime mieux quitter votre royaume et la vie, que de g'agner vos bonnes grâces en trahissant mes frères et compagnons'. »
A tels propos il n'y avait, comme dit d'Aubigné, « autre réponse que l'ambrassade d'à Dieu ». Donc le fossé se creusait toujours.
Aussi d'Aubigné fut-il dès lors rare à la cour. [1 n'e'tait point sans occupation dans sa place forte de Maillezais. L'histoire de son temps, à laquelle il travaillait, prenait tout à coup une ampk'Ui- inattendue. Une décision du synode de Gap, en 1603, faisait affluer vers sa table de travail les documents rassemblés par les pasteurs de toutes les « provinces » protestantes. Les registres manuscrits du 17* synode portent en effet ces lignes, sous le n° 28 des « Faits généîmux » : Les provinces sont chargées « de rechercher les mémoires des actes plus mémorables advenus depuis cinquante ans, et les faire tenir à M. dAubigny en Poictou, lequel escript l'histoire de nostre temps* ». Doublement