‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 3 sur 194 · r/., p. il, note · texte numérisé non relu

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vie de Coleridge il ne se trouva personne pour rempêcher de rêver. Ces livres furent l'opiam de Coleridge enfant.

C'est ainsi que je devins un rêveur el qUe j'acquis une disposition contraire à toute activité physique, et j'étais capricieux et passionné sans mesure, et comme je ne savais jouera rien et que j'étais paresseux, j'étais méprisé et détesté par tous les garçons.

Un jour, raconte-t-il, après une dispute furieuse avec un de ses frères, il s'enfuit de la maison de ses parents, passa toute une nuit d'orage sur les bords de la rivière Otter, « répétant dévotement ses prières et pensant en même temps avec une amère satisfaction au désespoir dans lequel devait être sa mère». On le retrouva trempé, on le rapporta malade. Et il s'imagina toujours avoir laissé là sa sahté et il put en effet y contracter la disposition aux douleurs rhumatismales qui le tourmentèrent toute sa vie.

On ne rapporterait pas cette escapade, si les impulsions comme celle-ci n'avaient caractérisé tous les âges de sa vie. Le besoin de s'échapper, de fuir, hanta souvent CQleridge et plusieurs fois il ne put résister à la tentation^ lious le verrons quitter l'Université pour un régiment de dragons, se rendre à Malte en 1804 pour s'échapper de lui-même plutôt que pour toute autre raison. L'enfance de Coleridge explique donc un peu toute sa vie, ferait croire qu'il fut de ceux qui naissent avec leur âme, chez qui le dévelop pement est surtout intérieur, n'est pas soumis aux influences extérieures autant que dans la majorité des hommes, autant qu'il le faudrait peut-être. Mais cette nature d'âme, n'est-ce pas celle du poète, du poète moderne au moins? L'enfant rêveur et passionné est déjà un petit romantique, peut-être.

8 s. T. COLERIDGE.

Mais il ne faudrait pas, nous Tayons dit, s'exagérer la tristesse de celte enfance, parce qu'il a plu à Coleridge, comme à Rousseau, de se dire qu'il n'avait jamais été un enfant. S'il n'a pas aimé à jouer, il faut imaginer autour de lui la famille nombreuse et gaie, les délices de la campagne dans un pays charmant dont il eut toujours la nostalgie, plus chaud, plus doux, plus riche en fleurs que le reste de r Angleterre, faisant de lui, on Ta très bien vu, un MéridionaP.

Le souvenir d'une enfance trop sérieuse, mais douce, n'est-ce pas l'écho qu'on entend dans ces vers où il rappelle ses souvenirs de collège :

Souvent Les paupières ouvertes j'ai rêvé De mon doux village natal et du vieux clocher Dont les cloches, seule musique du pauvre, sonnaient Du matin au soir, tout le long d'un chaud jour de fête Si doucement, qu'elles m't^mouvaient et me hantaient Me hantaient d'un plaisir fou, leurs sons tombant à mon

oreille.

Oh, distinctement, comme des présages de choses à venir ! ^

Il y avait sur la place du village une belle fontaine, la rivière passait tout près de là, ce sont de beaux endroits pour jouer, et quelquefois un enfant peut y acquérir la finesse des sens, pour devenir peintre ou poète, ou simplement rêveur. Ecoutons-le encore parler dans ses vers :

Cher ruisseau natal, petit ruisseau fou de l'Ouest, Combien d'années aux destinées diverses ont passé Combien d'heures gaies ou tristes, depuis le temps Où j'effleurais ta surface d'une pierre unie et plate. Comptant ses sauts légers. Et cependant, si profondément

4. Legouis, la Jeunesse de Willia7n Wordswortli^ p. 329. 2. Frost al Midnighl, P. VV., p. 126.

Descendent en nous les douces images de l'enfance, que Ne se ferment jamais aux rayons du soleil, [mes yeux Sans que je revoie tes eaux avec toutes leurs nuances, La planche qui te traverse, tes bords avec leurs saules gris, Tes couches de sable veinées de couleurs variées Rayonnant à travers la transparence de tes eaux brillantes. Sur ma route, visions d'enfance, vous avez souvent trompé Les soucis de l'homme solitaire, tout en réveillant ses sou- Ah ! si je pouvais être encore un enfant sans souci * ! [pirs

Les souvenirs d'enfance n'ont pris cette transparence que dans la forme de la poésie, et filtrés, pour ainsi dire, par l'effet du temps, après la souffrance, après l'emprisonnement dans ces a cloîtres obscurs » de Christ's Hospital, (( d'où l'on ne voyait rien de beau que le ciel et les étoiles »; mais il faut toujours tenir compte au fond de l'âme d'un monde de souvenirs où elle peut se reposer. Ce fut pour Coleridge le souvenir de ces premières années d'enfant gâté par son père et sa mère, passées à moitié dans le pays des contes de fées et des Mille et une Nuits, et à Ottery- Saint-Mary (Devonshire), où il faisait naviguer des *• bateaux en papier sur le ruisseau du village, et où ses frères aînés le battaient quand l'envie leur en prenait, parce qu'il était le plus jeune, et trop savant pour son âge.

Cette vie de famille, avec tout ce qu'elle avait de bon et de mauvais pour le petit rêveur, fut brisée soudainement en 1781, quand l'enfant n'avait pas neuf ans, par la mort subite de son père. « L'Israélite sans malice, simple, généreux, et qui, prenant certains textes de l'Ecriture dans leur sens littéral, était indifférent en toute conscience au bien et au mal de ce monde », le quitta brusquement et laissa toute sa

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