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64 s. T. ÇOLERIDGE.
cela serait très important à savoir pour la future histoire de Goleridge. Mais qu'il nous suffise de dire que le Goleridge du régiment, avec ses protestations de remords et son insouciance, son ignorance du monde qui ne va pas sans un certain instinct de conservation, n'est pas très différent de Técolier que nous avons connu, du philosophe et du poète que nous connaîtrons. Ce qu'il y a d'essentiel dans son caractère, c'est l'instabilité et la complexité. L'opium ne le lui apportera pas cola, s'il lui apporte quelque chose, car cela est déjà en lui. La question de sincérité ne se pose jamais avec Goleridge : il est toujours sincère dans ses manifestations, même contradictoires, et encore sincère dans ses essais de les concilier, toujours étonné de lui-même, s'échappant par des voies détournées, qui lui sont naturelles. Et nous savons bien qu'on pourrait prononcer ici des mots savants de pathologie mentale, mais comme nous ne croyons pas au'diagnostic rétrospectif, nous nous contentoms d'une description.
Une caractéristique des crises morales, chez Goleridge, c'est la rapidité avec laquelle le ciel psychologique s'éclaircit et se couvre. Aussitôt qu'il eut obtenu sa libération du régiment, il reprit sa vie à l'Université comme si cette escapade de quatre mois li'avait jamais existé. La discipline universitaire ne paraît pas avoir été beaucoup plus sévère que celle du régiment. Goleridge admonitus est per magistrum in prœsenlia socioriim^ disent les registres du collège en avril 1794, et cette réprimande, avec la tâche de traduire en anglais les œuvres de Démétrius de Phalère, un petit in-quarto de 90 pages, sans sortir du collège et des jardins, paraît avoir été sa seule. punition. Encore, la traduction devait-elle être publiée, lui promettait-on, s'il voulait y mettre « une préface
et des notes qui pussent faire honneur à son érudition. » La paisible et pédantesque routine dut lui faire du bien, a Je me lève tous les jours à cinq heures du matin.... Je n*ai pas de temps à moi », écrit-il à son frère aîné *.
Nous ne voyons pas qu'il fût alors humilié ni abattu. Il n'est plus question d'un désespoir d'amour. Mais certainement il cherchait une voie nouvelle, quelque moyen de fuir encore. La lecture et l'imitation des délicieuses poésies de l'exquis Bowles, la composition de « déclamations » latines, d'odes grecques, de pièces de vers pour les actrices de passage à Cambridge, cela ne pouvait être qu'une pauvre distraction pour celui qui venait de passer des jours si agités. On ne peut s'empêcher de penser que son esprit était ailleurs, que dès ce moment il songeait à rompre définitivement les liens qui l'attachaient encore. Le procès des réformistes (de mai à octobre 1794) dut exalter encore son jenthousiasme. Si l'on ne pouvait faire une Révolution morale et philosophique en Angleterre ni en France, la réaction triomphant d'un côté et la démagogie de l'autre, il fallait s'exiler pour aller fonder ailleurs une République de sages. Ce fut ridée de la Pantisocratie, née d'une première désillusion. Mais cette idée, Coleridge devait la recevoir d'un autre, d'un homme qui fut mêlé intimement à une partie de sa vie, Robert Southey. Jusque-là, nous avons vu Coleridge aux prises avec les idées plutôt qu'avec les hommes, on peut dire qu'il a ignoré toute influence d'une personnalité étrangère. S'il est vrai que Lamb fut son ami à Christ's Hospital, il paraît l'avoir perdu de vue pendant ses années d'Université, car la première lettre à lui adressée que nous ayons