I. Dominique Jacoacci, cardinal depuis 1567. E. F
gissait. « Oh ! traître d'enfant ! dit-il aussitôt à son fils, tu m'as ruiné! Comment pourrai-je maintenant me présenter devant le cardinal ? — ■ Mon maître, lui répliqua son fils, vaut cent fois mieux que tous les cardinaux de Rome. » Alors , le médecin se tourna vers moi, et me dit : (( Puisque je suis ici, je consens à te soigner; seulement je t'avertis d'une chose, c'est que, si tu as couché avec une femme, tu es mort. — Cela m'est justement arrivé cette nuit, » lui avouai-je. « Et avec quelle espèce de créature ? » demanda-t-il. « Avec une toute jeune fille , » lui répondis-je. Aussitôt , s'étant aperçu qu'il avait lâché de sottes paroles, il se hâta de me dire : « Comme les jeunes filles n'ont point encore l'haleine empestée, et que les remèdes auront été administrés sans retard, il n')'^ a pas lieu de tant s'effrayer; j'espère te guérir radicalement. »
A peine fut-il parti après m'avoir pansé, qu'un de mes meilleurs amis, nommé Giovanni Rigogli, entra. Désolé de la gravité de ma maladie et de l'isolement où mon camarade m'avait laissé, il me dit': « Ne crains rien. Benvenuto, je ne te quitterai pas un instant jusqu'à ce que tu sois guéri. » Je lui recommandai de ne pas s'approcher de moi, parce que j'étais perdu ; puis, je le priai de vouloir bien prendre, dans une cassette près de mon lit, une somme assez ronde, et, aussitôt que Dieu m'aurait enlevé de ce monde, de l'envoyer à mon pau\ rc père, en lui écrivant que, moi aussi, j'avais été victime du fléau régnant. Giovanni dit que jamais il ne se résoudrait à me délaisser, et que, quoi qu'il arrivât, il savait très bien ce qu'il convenait de faire pour un ami. Enfin, avec l'aide de Dieu et grâce à de merveilleux remèdes, ma santé commença à s'améliorer,