‹ La vie de Bohème;Chapitre 49 sur 99 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les MÊMES, SCHAUNARD ; il arrive par le fond tout essoufr'é.

SCHAUNARD

Mes amis, offrez-moi un siége, que je me trouve mal. (Marc lui donne une chaise au milieu; il s'assied. ) Baptiste, un tabouret pour p mes pieds. (Baptiste le lui apporte. S’étalant.) Dieu! qu’on est bien. Si vous saviez ce qui n'arrive. je dois être tout pâle. BAPTISTE.

Non, Monsieur, vous êtes tout jaune.

SCHAUNARD, Baptiste, prenez la fuite. (Baptiste sort par le fond.) Tout jaune... ça se voit déjà, c’est Phémie qui nr’a teint de cette couleur,

MUSETTE

A propos de Phémie, où donc est-elle? 2 SCHAUNARD.

Vous ne la verrez plus, j'ai rompu avec elle, MUSETTE.

Rompu! , SCHAUNARD,

Oui, rompu ma canne... une canne superbe en bois des, iles. le jonc et le bambou ne suffisaient plus. 1 RODOLPHE. Le

Mon pauvre Schaunard! Phémie ta encore... LE SCHAUNARD. me

Toujours... c’est une habitude... Voici la chose. TOUS.

Voyons! (Marcel s’assied sur la causeuse de droite; Musette s asie ur ts

AUPEU III: )3.

bras de Ia causeuse, à côté de lui; Colline se place sur le petit tabouret où Schaunard met ses pieds; Rodolphe reste debout.)

J'avais remarqué que les goûts belliqueux de Phémie 8e dé» veloppaient dé plus en plus; son cœur n’était plus une caserne, c'était un camp. Ce matin, comme j’entrais chez elle, je fus assailli par des soupçons; quelque chose me disait qw’il était venu de la troupe pendant mon absence; j'interroge Phémie avec mon bois des îles, et, dans la chaleur de la discussion , elle laisse tomber de sa poche une preuve de son crime. Et cette preuve, la voilà! (1 tire de sa poche un pompon d’artilleur.)

MUSETTE

Qu'est-ce que c’est que ça?

SCHAUNARD

C’est un pompon.. il appartient à l’artillerie.. Mon bois des îles prend de nouveau la parole, et Phémie m’avoue, qu’en effet, elle a recu la visite de son parrain, soldat dans le train. Ça sent la poudre, lui dis-je, malheureuse! Une jeune personné qui reçoit du canon dans une maison honnête, c’est scandaleux !.. En achevant ces mots, mon bois des îles se casse en deux, j'en offre les morceaux à Phémie pour souvenir de moi, et je la quitte à jamais en emportant cet ornement guerrier, Voilà ce qui fait queje n’ai plus ni Phémie ni ma canne! (Tous se lèvent et rangent les siéges.)

COLLINE

Pauvre garçon!

RODOLPHE, Phémie lisait trop souvent les Victoires et Conqueles. MARCEL.

Ah cà! mais, c’est donc le diable qui s’en mêle aujourd’hui, (Musette s’est assise sur la causeuse de gauche; Rodolphe est à côté d'elle, accoudé à la cheminée.)

SCHAUNARD

Qu'est-ce qui vous arrive?

Le papier timbré s’est introduit dans nos lares. MUSETTE, riant.

Tous mes meubles sont sous le glaive de la loi. ; SCHAUNARD.

Vraiment? (Avec reproche.) Aussi quelle imprudence d’avoir des meubles chez soi. Comment allez-vous faire ? MUSETTE, C’est la besogne du hasard.

MARCEL

Le plus embarrassant, c’est que nous n’avons pas le sou et

. que l’exécution du programme de notre fête réclame quatre

cents francs. (11 montre un papier.)

54 LA VIE DE BOHÈME. 2 MR RE SCHAUNARD. Tee

Quatre cents francs! mais c’est une tranche du Pérou! (Pre-

nant le papier et passant près du guéridon..) Donne-moi ton programme.

(u it.) Des glaces, pour cent francs de glaces! Voilà qui est nou-

veau, des glaces. Je les supprime; les personnes qui en vou-

dront, pourront en apporter. (1 efface avec son crayon. ) Ça fait déjà

cent francs d'économie.

MARCEL. ‘ Reste à trois cents!

SCHAUNARD

Que vois-je? des truffes partout, dans tout! Chevreuil, fai.

san, saumon, homard! Pourquoi pas la baleine tout de <

suite? Ah ca! mais, C’est une arche de Noë que ton souper, on

y trouve tous les animaux. (Il a écrit tout en disant ces mots.) C'est

arrangé : je remplace les truffes, le homard, le faisan, etc., par

une charcuterie variée, ton souper coûtera dix francs ; diver-

tissements, éclairage et rafraichissements, dix francs. Total,

vingt francs; ; Ça se trouve vingt francs, on a bien trouvé V'A-

mérique.

MARCEL

C’est ça. En chasse!

TOUS

En chasse ! (Rodolphe remonte.) <

MUSETTE, se levant.

Je sors avec vous.

MARCEL

Où vas-tu ?

MUSETTE

On m’a parlé de velours à huit francs le mètre... JL faut voir ça... (Elle met son châle et son chapeau.)

MARCEL

Ah! très-bien !

MUSETTE

Marcel, votre bras?

MARCEL

En chasse! | A

TOUS. 40 En chasse ! F ENSEMBLE.

rm

’ “ii je 44e De 2

Air : Le vin, le jeu, les belles (RoBert LE DIABLE).

Comme toujours, faisant cause commune, Et du plaisir, hardis aventuriers, Pcar rencontrer les pas de la Fortune, De la cité parcourons les quartiers.

{Is sortent par le fond. Rodolphe va sortir le dernier; Baptiste, qui est entré par la gauche, le retient.)

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