MIMI, MARCEL, RODOLPHE, MUSETTE
MARCEL
Rien!
Rien non plus !
MARCEL
Ce n’est pas assez.
; MUSETTIE, à part.
La voitur est là ! (Elle ôte son châle et son chapeau:et ss’assied sur La causeuse de droite.)
MARCEL
Pas le moindre divertissement à offrir à nos invités! Si du moins on pouvait opérer la saisie pendant la fête, ça passerait pour une surprise !
RODOLPHE
Heureusement, comme dit Schaunard, il nous reste la plus franche cordialité.
MARCEL
Oui; il nous faudra déployer beaucoup de verve et d’es-
prit. Musette, nous comptons sur oi; tu remplaceras les rafraîchissements.
MUSETTE, sèchement etise levant.
Oh ! impossible, moncher; moi, je n’ai d'esprit qu’au champagne. (Elle remonte.)
MARCEL
Musette, tu te calommies; nous te connaissons, mous connaissons aussi Mimi, nous savons que vous m’avez jamais plus de dévouement que dans l’adversité.
RODOLPHE, à Mimi.
Marcel a raison, n’est-ce pas ? Qu'est-ce que tu as donc? MIMI, à part.
Voyons, il le faut.
RODOLPHE, bas.
Penses-tu donc à ce que je t’ai dit ?
MIMI, avec «effort.
Oui ; et je pense que tu négliges trop des connaissances qui pourraient nous être utiles.
RODOLPHE, étonné.
Ab!
MIML, à part.
Du courage !
RODOLPHE
Je croyais te faire plaisir, je ne voulais pas te laisser seule... Ainsi j'ai recu une invitation pour jeudi prochain, et... MIMI, vivement.
fl faut y aller, RODOLPHE, à part.
Ah ! mon Dieu! (Haut.) Tu me le conseilles ?
MIMI, froidement.
Oui,
MARCEL, Du reste, tout espoir n’est pas perdu; Schaunard va revenir À Allons, Musette, il est temps de songer à votre toilette. En
Per RO ACTE LE | 63
MUSETTE
Je suis tout habillée.
MARCEL
Comment! tu vas te présenter devant le critique influent avec un vêtement de cette simplicité ?
MUSETTE
Qu'est-ce que tu veux donc que je mette ? Prête-moi un pantalon ! Il me semble avoir oui parler d’une certaine robe qui faisait encore ressortir l’éclat de votre satin naturel. MUSETTE.
Ma robe de velours noir ? Ah bien ! elle est loin. Vous êtes étonnants, vous autres.
MARCEL
Mais.
MUSETTE
Tu croyais donc qu’elle avait été bâtie par les Romins ? RODOLPHE.
Et toi, Mimi, que veux-tu mettre ?
MIMI
La même chose... comme toujours.
RODOLPHE
. Ce n’est pas ma faute, Mimi. (Mimi se détourne pour cacher ses larmes.) MUSETTE.
Eh ! mon Dieu! on ne vous en veut pas, mais c’est ennuyeux.
MARCEL
Musette, est-ce que tu vas avoir un accès de grandeur ?
MUSETTE
C’est vraï, ca, c’est révoltant.… Je viens de rencontrer Marguerite. une fille laide comme les sept péchés, et maigre comme un vendredi; eh bien ! elle mène un train de duchesse. (Elle passe à droite et s’assied sur le canapé.)
RODOLPHE, à Mimi.
Mimi !.… est-ce que toi aussi tu as rencontré Marguerite ? MIMI, avec effort.
Oui.
RODOLPHE, après un mouvement.
Mimi. (Lui prenant la main.) quoi qu’il arrive, je te pardonne... tu sais ?
MIMI,, sanglotant, à part. O mon Dieu ! mon Dieu! (Elle s’assied sur la causeuse de gauche.) RODOLPHE, bas à Marcel.
Donnons-nous la main, mon ami.
MARCEL
Oui, ça couvait depuis hier... ca va éclore!
Gi | LA VIE DE BOHEMES CSSS
RODOLPHE
Je le disais bien, leur amour ressemble aux hirondelles... il s'envole quand viennent les premiers froids. MARCEL.
Aïnsi soit-il,