ACTE IV
LE MONSIEUR, à Marcel
Vous me ferez mon profil.
MARCEL
Vous ne savez pas dessiner ?
LE MONSIEUR
Non... mais je l'aurais bien aimé.
MARCEL, J'en étais sûr. (11 lui tourne le dos.) DURANDIN.
Baptiste! des plumes, de l'encre.
RODOLPIIE, riant.
Et des crayons!.. (Baptiste remonte et va prendre ce qu'on demande sur la console de droite.)
MADAME DE ROUVRES, à Marcel et à Rodolphe.
Pardonnez-nous, Messieurs... mais, vous le savez, c’est la mode à Paris.
RODOLPHE
Oui, c’est vrai... Au Bengale, on trouve des tigres. dans l'Atlas, des lions. dans les marais du Nil, des caïmans.. et au milieu de Paris, couché sur la molle ottomane des boudoirs tendus de rose, il existe quelque chose de plus redoutable que les monstres du désert et de l'onde.
MADAME DE ROUVRES, riant et lui donnant l’album.
C’est l'album!
BAPTISTE, apportant les plumes qu’il pose sur le guéridon. Bas, à Rodolphe.
Voilà les instruments de torture,
TOUS
Écoutons. (On se presse pour entendre Rodolphe, qui s’assied d’un côté du guéridon.) | MARCEL, s’asseyant de l’autre côté, à pari.
Je suis fâché d’être venu. (Durandin à donné une plume à Rodolphe, et offre un crayon à Marcel.) Bien obligé!
SCHAUNARD, à part, se levant.
Oh! le supplice de l’album va commencer... je vais fumer une pipe dans la cour. (1! remonte et s’esquive par la porte de gauche.) MARCEL, à part.
Ah!.. elle veut un dessin! je tiens mon sujet... (11 dessine sur une feuille, tandis que Rodolphe écrit sur i’autre. Musique à l'orchestre.)
RODOLPHE, écrivant.
Voulant mettre une étoile à son bandeau, la reine Fait venir un plongeur et lui dit : Vousirez Dass le palais humide où chante la sirène, Cueilir la perle blonde et me l’apporterez.
Le plongeur, descendu sous le flot qui l'entraine, Parmi le sable d’or et les coraux pourprés, Cueille la perle blonde, et, pour sa souveraine, La rapporte captive en des étuis nacrés.
DURANDIN, bas à Marcel, dont il regardait le dessin. Que faites-vous donc, Monsieur ?
Ahf vous m'avez poussé! (Il continue à dessiner.}
RODOLPHE, continuant à écrire.
Le poëte ressemble à ce plongeur, Madame, Et si votre caprice en souriant réclame
Un vers qui doit partout dire votre beauté.
Esclave “obéissant, au fond de sa pensée, Écrin où dans l'amour la rime est enchâssée, Il plonge et va chercher le joyau souhaité.
TOUS
Bravo !.. bravo !..
LE MONSIEUR
Ça rime très-bien d’un bout à l’autre. c’est fabuleux! MADAME DE ROUVRES, se levant et serrant la main de Rodolphe. Bas. Merci, mon poëte !.. (Rodolphe se lève.) MARCEL, se levant.
Voilà qui est fini! (Tout le monde s’est levé.) MADAME DE ROUVRES.
Voyons votre dessin, monsieur Marcel? (Marcel donne l'album à Madame de Rouvres et se lève.) DURANDIN, bas, à Marcel.
Êtes-vous fou, Monsieur?
MARCEL, Pourquoi ça ?
MADAME DE ROUVRES
C’est fort joli!.. Quel est ce portrait ?
MARCEL, Un souvenir.