‹ La vie de Bohème;Chapitre 80 sur 99 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

MADAME DE ROUVRES

Du scandäey

MIMI. ns Tant pis! je veux mon amant! Fi Vous êtes folle, Mademoiselle.

Ça se peut bien!

MADAME DE [. UVRES

Je suis désolée de vous le dire, Mademoiselle ; mais vous de: vez comprendre que M. Rodolphe ne désire pas cette rencontre. (Montrant le cabinet.) Vous étiez là, vous avez dû entendre? Je pensais que cela devait vous suffire! (Elle va s'asseoir sur le canapé de gauche.) M. Rodolphe ne vous aime plus... que voulezvous que j'y fasse ?

MIMI

Oh! si, Madame, il m'aime toujours! L'accent avec lequel il

disait ne plus m’aimer me prouve le contraire! MADAME DE ROUVRES, froidement.

Non-seulement il ne vous aime plus... mais il en aime une autre!

MIMI, riant convulsivement.

Vous, peut-être? Ha! ha! ha! vous me faites rire, tenez! Je ne suis qu’une petite fille, un enfant perdu en venant au mondes j'ignore le beau langage et les belles manières, et cependant Rodolphe m’a adorée! oui, Madame, adorée! ce n’est pas trop dire... Aussi n’est-ce pas en quatre jours qu'il pourra m'oublier et en aimer un autre... A celle qui se croirait aimée de lui, je dirais : «Il vous trompe et se trompe luimême... ne l’écoutez pas, car vous ne tarderez pas à vous apercevoir que vous n’êtes pour lui qu’une distraction... et cela vous ferait de la peine.

MADAME DE ROUVRES

Continuez, Mademoiselle... vous m’amusez beaucoup.

MIMI

Non, Madame, je ne vous amuse pas... au contraire... Si Rodolphe ne vous aime pas...que voulez-vous que j’y fasse?.. Il sera peut-être votre mari... 1l était mon amant!., C'était un poëte. il deviendra un homme d’affaires. Au reste, cela arrive, et nous autres griselles, comme vous dites vous autres grandes dames, nous avons souvent le dessus du panier de vos amours. |

MADAME DE ROUVRES, se levant.

C’est tout ce que vous avez à me dire, Mademoiselle? MIMI, un peu intimidée.

Pardon, Madame, si je vous ai parlé ainsi... mais tout ce que je vous ai dit, j’en suis sûre, voyez-vous.

| À MADAME DE ROUVRES

Je vous ai ecoutée jusqu’au bout... Vous êtes venue me conter

vos petites affaires, que je ne vous demandais pas... Je vous al répondu, c’est beaucoup, croyez-le.….. Restons-en donc là... Si je parlais, je pourrais détruire des illusions que vous vous obstinez à conserver. et cela vous ferait dé la peine, comme vous me le disiez tout à l’heure... Permettez-moi donc de me retirer.

MIML.

Soit! mais laissez-moi voir Rodolphe!

MADAME DE ROUVRES, passant à droite.

Vous désirez qu’il vous répète ce qu’il disait tout à l'heure? MIMI.

Quoi?

MADAME DE ROUVRES

Je m’en souviens, moi: l’amour dans une petite chambre vi-

sitée de soleil!..

MIMI

Je sais!..

MADAME DE ROUVRES,

Mais bientôt on rêve un autre amour... Vous comprenez,

lademoiselle ?

Eh bien! oui, c’est vrai... les diamants, la toilette, les belles choses. je n’ai rien de tout cela; mais j’ai le dévouement qui peut les remplacer.

MADAME DE ROUVRES

Croyez-vous donc que votre amour vaille le sacrifice de son avenir ? (Musique à l'orchestre.)

MIMI, à part.

Oh! mon Dieu! c’est donc vrai, puisque tout le monde me le dit?.. (Haut.) Mais je ne puis me passer de lui, Madame! mais cet amour, c’est tout mon bonheur!

MADAME DE ROUVRES

Que c’est bien là le cri de votre égoïsme!.. Tenez, vous ne savez pas ce que c’est que le dévouement. votre cœur est trop étroit pour le contenir!

MIMI, égarée.

Assez, Madame !.. Vous ne croyez pas à mon dévouement? demain vous y croirez.. et Rodolphe aussi y croira... Adieu, Madame... aimez-le bien! (Elle sort vivement par la gauche.)

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