‹ La vie de Bohème;Chapitre 91 sur 99 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les MÈMES, MIMI, pâle, abattue,

MIMI

Rodolphe !

RODOLPHE, la couvrant de baisers.

Mimi, ma chère Mimi!

MIMI, dans ses bras.

Rodolphe ! mon ami, oh! laisse-moi m’asseoir, je ne peux pas me tenir... (Marcel avance le fauteuil, elle s’assied. — Musette s’assied -à côté d’elle. — L'apercevant.) Ah! te voilà! bonjour, Musette, tu es revenue, tu as bien fait, va! (Tendant la main à Marcel,) Bonjour, Marcel; ça va bien, et moi aussi. (A elle-même.) Non, ça ne va pas bien.

RODOLPHE

Est-ce que tu souffres?..

MIMI

Non, je suis fatiguée seulement.

RODOLPHE

Ma pauvre Mimi!

MIML.

Oui, ta pauvre Mimi qui te retombe sur les bras! Te re m'attendais plus, hein ?

RODOLPHE, à Mimi.

Mais d’où viens-tu, si tard par ce mauvais temps ? MIMI.

D’où je reviens? je ne viens pas de danser, va; je reviens de l'hôpital.

RODOLPHE

Oh! mon Dieu!

MARCEL, bas à Rodolphe, qu’il prend à part.

Dis donc, je ne sais pourquoi, mais j'ai peur; Mimi parait bien mal.

RODOLPHE, bas.

Je l'ai vu comme toi.

MARCEL, bas.

Je vai” ler chercher ce jeune médecin que nous connaissons.

RODOLPHE

Oui, et amène-le tout de suite. (Marcel sort. — Rodolphe revient à Mimi.)

MIMI, continuant à causer avec Musette.

Mon Dieu! oui, ma chère, je sors de l’Hôtel-Dieu, un vilain endroit pour mourir; j'ai eu bien de la peine à m’en aller, va; on ne voulait pas me laisser partir. Heureusement on manquait de lits, et ça en faisait un de plus. Enfin, me voilà... (A Rodolphe.) Ah! mon pauvre ami, j'avais bien peur de ne plus te revoir!

| RODOLPHE, qui s’est agenouillé près d'elle.

Mais cette nuit de bal, où tu as quitté l'hôtel de...,

MIMI, vivement.

Oui, je sais.

RODOLPHE

Où donc as-tu été?

k MIMI.

J'ai été tout droit sur le pont, comme une grisette de roman.

RODOLPIE.

Tu voulais mourir?

Dame !.. qu'est-ce que tu voulais que je fasse? On m'avait dit que j'étais un obstacle à ton bonheur; je doutais d’abord... mais depuis. (Soupirant.) Ah !.. enfin... ca m'a décidée. J'ai cru que tu m'avais oubliée pour de bon, et j’ai couru à la rivières; où voulais-tu que j'aille?

RODOLPHE, avec amour.

Mimi!

MIMI

J'ai regardé l’eau couler ; elle était bien sale ! Ça n’était pas beau, va! Je me tenais appuyée contre le parapet, je regardais machinalement autour de moi. Tout à coup, je ne sais pas comment, mes yeux se sont tournés du côlé du quai, et j'ai apercu, .à notre petite fenèêlre, la lumière que j'avais oublié d’éteindre. Tout mon bonheur passé semblait me regarder par celle fenêtre. Alors j’ai oublié la grande dame, j'ai oublié la rivière, et je n’ai plus pensé qu’à toi. Je me suis rappelé le temps où nous avions vécu dans cette chambre. Dans ce temps-là, tu te souviens, la lumière brülait tard aussi; tu travaillais dans la nuit, et, de temps en temps, tu te dérangeais

pour venir m’embrasser dans mon lit. Tous ce$ souvenirs.

avaient un peu troublé mes idées; la rivière gonflée avait. beau me dire : Viens-tu? en grondant sous les arches… je ne

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