‹ La vie de BohèmeChapitre 31 sur 34 · TV · texte numérisé non relu

TV

— Peuh!... Et vous, l’aimez-vous encore?

— Moi, je ne l’ai jamais aimé de ma vie.

— Si, Mimi, si, vous l’avez aimé, à ces heures où le cœur des femmes change de place. Vous l’avez aimé, .et ne vous en défendez pas, car c’est votre justification.

— Ah ! bah ! dit Mimi, voilà qu’il en aime une autre, maintenant.

— C’est vrai, fit Marcel, mais ri empêche. Plus tard, votre souvenir sera pour lui pareil à ces fleurs qu’on place encore toutes fraîches et toutes parfumées entre les feuillets d’un livre et que, bien longtemps après, on retrouve mortes, décolorées et flétries, mais ayant conservé toujours comme un vague parfum de leur fraîcheur première.

Un soir qu’elle fredonnait à voix basse autour de lui, M= le vicomte Paul dit à Mimi :

— Que chantez-vous là, ma chère ?

— L’oraison funèbre de nos amours que mon amant Rodolphe a composée dernièrement. Et elle se mit à chanter.

Je n’ai plus le sou, ma chère, et le Code,

Dans un cas pareil, ordonne l’oubli;

Et sans pleurs, ainsi qu’une ancienne mode,

Tu vas m’oublier, n’est-ce pas, Mimi?

C’est égal, vois-tu, nous aurons, ma chère,

Sans compter les nuits, passé d’heureux jours.

Ils n’ont pas duré longtemps; mais qu’y faire?

Ce sont les plus beaux qui sont les plus courts.

Page 1