VI PRÉFACE
On a bien expurgé la Bible.
On a bien montré Eve avec une crinoline, et Bethsabée avec un peignoir de bain.
Mettez donc un paletot aux amours de Boucher, couvrez donc d'une palatine les blanches épaules des princesses de Rubens.
Cela ne sera pas plus ridicule que d'enlever aux récits de Paul de Kock les jovialités qui les encadrent.
Un jour, le père J.-N. Barba, effrayé par les orages qui s'amoncelaient autour d'un ouvrage de Pigault- Lebrun, X Enfant du Carnaval, obtint de son auteur la permission d'enlever la partie la plus graveleuse, celle du plat dépinards.
L'édition fut expurgée, c'était l'expression de l'époque.
Le passage où la cuisinière est étendue sur son plat d'entremets fut supprimé. Et l'ouvrage, sanctifié, purifié tout au moins, fut remis en vente; il ne s'en vendit plus du tout.
PRÉFACE. Vil
« Oh! oh! s'écria le père Barba, c'est comme cela qu'on récompense la vertu ! »
Et il remit l'incident du plat d'épinards, et \" Enfant du Carnaval s'enleva comme de plus belle.
— Mon bon Barba, dit Pigault-Lebrun à cette occasion, si tu veux m'en croire, à l'avenir, nous n'expurgerons plus.
J'ai établi, dans le présent volume, une comparaison entre Paul de Kock et Pigault-Lebrun.
On y verra que Pigault était bien plus leste en une page que Paul de Kock ne l'a été dans toute sou œuvre.
Pigault a pu inspirer notre auteur.
Il y a vu la gaieté, l'esprit de satire, ce qui plaît au public; mais il a créé une œuvre à lui, sans irréligion, sans parti pris politique.
Paul de Kock a réussi par le naturel.
Pigault, lui, s'était inspiré des contes de Voltaire, son esprit était misanthropique.