CHAPITRE XIV Les défauts <le l'àç|o
Chaque âge a ses défauts.
Ceux de la jeunesse sont nombreux, communs, et combien tenaces, difficiles à guérir ! Vous les trouvez en vous-même comme dans les camarades. Ce sont la présomption, le respect humain, Xorgueil, la vanité. Il faut les bien connaître, les combattre et les vaincre, si Ton tient à la dignité de sa vie, à la pureté de son âme, si l'on veut être un homme et un chrétien.
Quel misérable travers que la présomption, à un âge où Ton n'est rien... qu'en espérance, où l'ignorance est presque totale, l'expérience nulle, la
tOO LA VIE DE JEUNE GARÇON*
dépendance absolue, la faiblesse notoire, où la plus simple habileté commande la réserve, la prudence, la timidité même en face de tous les problèmes qui se posent et que rhomme le plus instruit a tant de mal à résoudre !
Mais le jeune garçon ne doute de rien et va de l'avant : il sait peu et parle de tout à tort et à travers. La faconde du présomptueux est telle qu'elle ne trompe personne. Il est vite jugé à sa mesure, qui est bien petite, et il devient la risée du monde. Que ne rentre-t-il en lui-même ? Il deviendrait humble et modeste.
Le respect humain est un autre défaut des plus répandus, des plus regrettables : il fait commettre à l'adolescent les pires sottises, il l'empêche de marcher droit sous prétexte que les autres
LES DEFAUTS DE L AGE lOI
vont de travers, il l'amène à déserter la bonne voie parce que de trop nombreux camarades fréquentent la mauvaise. Il trouble la raison, égare le jugement, s'oppose aux meilleures intentions et précipite aux abîmes.
Pourquoi ? Parce qu'on n'a pas le courage de son opinion, parce qu'on a honte de ses convictions, parce qu'on a peur d'obéir à sa conscience en face de tous ceux qui s'abandonnent aux folles passions et se vautrent dans les plaisirs défendus. C'est une lâcheté indigne de vous, mais quelle faiblesse est plus commune ! La raison vous trace la route, et il n'y a qu'à la suivre, sans s'occuper du qticn dira-t-on. Que signifie l'opinion du monde en face de la conscience qui dicte le devoir? Ce n'est pas le voisin, c'est vous-même qui êtes maître
et responsable de votre conduite.
Jeune homme, soyez conséquent, faites honneur à vos convictions et ne craignez jamais d'être seul, de vous montrer original entre tous dans la voie du bien. Ne ressemblez pas au mouton de Panurge qui suit docilement, stupidement, la foule de ses semblables, sans s'inquiéter de savoir s'ils obéissent au vrai berger, à la loi de Dieu. Soyez résolu et viril toujours.
Qu'on ait peur d'être montré du doigt ou qu'on soit plein de suffisance, on est en proie au plus dévorant, au plus dangereux des vices, à ï orgueil.
Quel garçon ne ressent pas un jour ou l'autre les vaines bouffées de l'orgueil? Il s'estime plus que les autres, il rapporte tout à sa petite personne, il se croit malin et fort, il préfère la loi du