La Viedela Mère
encore parmi les catholiques en Frnce, ni des explications des interprètes, elle pouvait lire, sans être arrêtée, tous les livres saints, A la faveur. de la lumière qui répandit dans son âme une clarté si divine, bien des secrets cachés dans l’un et l’autre testaments, lui furent découverts, «J'y.vois, dit-elle, toutes sortes de viandes pour » la nourriture des âmes , el les différentes ma-
»..en-corruption, et les autres en receyant une » vie de grâce et d'amour. J’y découvre nu
» mettent, même par des personnes fort spiri- » tuelles ; les pertes qu’elles font, pour ne pas » suivre les conseils qui nous y sont donnés; el ». lesgrandsbiens qu'y reçoivent les âmes fidèles, »..je. dis vraiment fidèles; car Dieu veut une ». exacte pureté en toute chose, à proportion des » grâces qu’il départit. De tempsen temps je me » lance en lui pour lui parler de tout cela ; puis »je reçois de son infinie libéralité de nouvelles » connaissances. Enfin toutse termine à l'amour. » L'esprit se sent libre et fortement uni à Dieu ». par un nouvel embrassement qui se fait à la » faveur de toutes ces découvertes, lesquelles, 1
Ù 9 ni des fait lire, À Ja fason âme
ouverts.
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antune D lui enlevait l'esprit avec tant de violence, que si
. » que souvent je suçais par l’esprit de ses divines » paroles. Je voyais dans les Psaumes, ses jus-
Marie de l’Incarnation. Liv. III. 188 » bien qu’elles ne soient pas aussi présentes et » aussi distinctes hors de l’oraïson qu’elles le » sont à l’oraison , ne laissent pas de revenir à . ) propos, dans les occasions, selon le besoin où | » je me trouve. »
Dans un autre endroit, elle dit que lorsqu'elle élait au chœur, l'intelligence d’un passage de l'Écriture , qui lui était donnée pendant l'Office,
le chantne l’eût soulagée, elle eût été contrainte
d'éclater. « Mes sens, dit-elle encore, étaient tek
» lement touchés, que j'avais de puissants mou- | » vements de battre des mains, et de provoquer | | » tout le monde à chanter les louanges d’un A » Dieu si grand et si digne que tout $e consume
» pour son amour et pour son service. Je me » sentais portée, comme l'épouse des Cantiques,
» dine réjouir, el à sauter d’aise, dans le sou- » venir des mamelles de l’Époux (Cant. 4. 3),
» licés, ses jugements, ses grandeurs, sesamours, » son équité, ses beautés, ses magnificences , » ses libéralités ; enfin, qu'il avait au sens de » l'Église son épouse, des mains d'or faites au
jge À: La Viedéla More | ‘|.
» tour, pleines d'hyacinthes (Cant. 5,44), el » propres pour faire découler leur plénitude : sur
» les âmes ses amantes. Je connaissais que la
» bonté :de ee divin Epoux avait mis mon âme
»" dans un pâturage gras et fertile, où. elle s’en-
» trétenait dans un admirable embonpoint, et
» où-elle avait des biens à regorger. ».
+ Quélque attention qu’eût la Sœur de l’Incarriation à ne rien laisser apercevoir des grâces extraordinaires qu'elle recevait du ciel, elke ne put * cacher celle-ci. Dès qu'on l’eut remarqué, phes-
que tous les entretiens que la règle permet ne roulérent plus que sur l’Écriture sainte, et cette
… divine parole que ces Réligieuses écoutaient dans unesprit de simplicité pour s 'édifier, et non par vanité pour paraitre savantes, produisit de merveilleux effets dans tous les cœurs. Un j jour une Novice ayant prié la servante de Dieu de lui dire le sens de ces paroles , par où commence le sacré. . Cantique, qu'il me baise d'i ‘aiser de sa bouche, la maitresse des Novices, qui se trouva présente, lui fit apporter une Chaire, et lui ordonna dé dire tout ce qui lui viendrait à l'esprit sur ce passage. Elle obéit, ot, dès le premier mot, n'étant plus à elle ;'elle parla longtemps, selon que
Marie de l'Incarnation Liv. IL. 185
| l'amoureuse activité la possédait, et. mit aussi ;
| loutes les assistantes. hors d’elles-mêmes. À la fn, elle perdit la parole, et fut quelque.temps dans une espèce d’extase : la même chose lui arÿ ri jt” ‘assez souvent au chœur, et.elle dit.ellemême que jour et nuit, quoi qu’elle fit, elle était dans un continuel transport. « Le 48° Psaume » surtout avait pour moi des attraits qui me ra- ) vissaient le cœur et emporlaient mon esprit. » Oui, , pui, m'écriais-je , mon. amour, vos. lé- » moignages sont véritables ; ils se justifient » d'eux-mêmes, Ils rendent sages ceux qui ont | » moins de lumière. Envoyez-moi par tout le » monde, afin de les enseigner à ceux quiles » méprisent. À ce trait, il en succédait un au- » tre : c'était une suite qui ne finissait point » et une fois, dans le transport que me causait » la psalmodie, comme on eût entonné le Psau- » me Laudate Dominum de cælis, je dis du » français pour du latin, Jouant la sacrée-per- » sonne du Verbe. par laquelle toutes choses » ont été faites. En marchant, je ne me sentais » point toucher la terre. Tout cela au reste n’é- » tait point une impression qui s'épanchât dans » les sens : tout ce que je voyais dans la Religion
en ap ni or tn
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»-ine paraissait grand. Je.ne trouvais que dela ». douceur dans. l'obéissance. Je me sentais une » ouverture de cœur parfaite pourimes supé- » rieures ; et j'étais véritablement mortifiée, » Jorsqu’ elles n'agissaient pas sur “moi;avec la » même autorité que sur les autres Novices. Une » des.choses qui me contentaient le plus, c'est » que les Novices ne se mêlent de rien, Oh! que » c'est un grand repos à une âme religieuse! » Enfin ce torrent de grâces sensibles: et de dé- Jices spirituelles commença de s'arrêter ; et Dieu . voulut faire comprendre à sa servante qu'il était temps de communiquer à ses vertus cette force et ce courage qui s’acquiert dans l’infirmité, comme il le dit lui-même à saint Paul. Marie de Ancarnation s'était toujours bien attendue qu'elle ne serait pas exempte des rigueurs et. des épreuves par lesquelles tous les Saints ont passé, et . auxquelles ceux qui ont été les plus chéris de Dieu ont toujours eu la meilleure part ; et elle s'y-disposa par une soumission parfaite à tout ce. qu’il plairait à son époux d’ordonner d'elle. Elle concevait bien que si, à l'égard des pécheurs qu'il. veut gagner, sa bonté lui fait tempérer les rigueurs d’une pénilence nécessaire, par tous les
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Marie de l'Incarnation. Liv. JL. 187
| adoucissemients que peut permettre sa justice ire |rilée , il est de sa sagesse de mêler parmi les bél nédictions de sa douceur, etles tendres caresses | dont il prévient les âmes fidèles, une sélutaire
amertume , qui les purge de leurs plus petites
sovillurés et donne une grande solidité à leur vertu. Ï y avait donc à peine deux mois qu'elle
avait quitté le monde , lorsqu'elle réssentit les
premières approches de l’ennerñi ; mais cela se dissipa bientôt, et ce ne fut qué quelques jours | après avoir été revêtue de l’habit-de Religion, qu'elle se trouva {out de bon aux prises avéc tou-
ts les puissances de l'enfer auxquelles Dieu bat l'avoir abandonnée. Je ne rapporterai pas ici tout ce qu’elle a écrit de ses combats. Ceux qui ont quelque expérience dans la vie spi-
rituelle savent ce qui se passe dans uné âme qui
est réduite en cet état; les autres n’ont pas besoin : el peu même sont capables de ce récit.
I suffit de dire que la sainte Novice, attaquée
. par les plus violentes tentations de blasphème,
d'impureté , de désespoir, d’orgueil et d’infidélité ; en apparence sans aucun’ secours du ciel, qui semblait êlre de fer pour elle ; sans aucune consolation de la part de son confesseur, pour
188 “La Vie de la Mère La qui elle ne se sentait plus de confiance et dont les paroles ne la toughaïent plus ; livrée aux agitations d'une imagination troublée et féconde en
pédients pour là tourmenter ; persuadée que tout 18 passé n'était qu'illusion : et que, trompée la première, mais par sa faute , elle avait ensuite trompé son directeur ; sans goût pour les choses du ciel ; ne pouvant plus souffrir l’oraison , ni
aucun exercice de piété ; s 'imaginant À tous mo-
ments consentir aux plus extravagantes et aux plus impies suggestions de l'ennemi ; en un mt, n'ayant plus que ténèbres dañs l'esprit, qu’erreurs dans l’imagination, que révolte dans la volonté, que frayeurs dans les sens, elle se vit; presque sans milieu, transportée des plus tendresem- Érassements de l'époux dans une espèce d'enfer. Dieu ne fait passer par cet état que les plus grandes âmes, et c’ést une des plus infaillibles marques pour les distinguer. Une main invisible les soutient au bord de tant de précipices. Certains rayons du Soleil de justice percent de temps en temps les nuages épais qui les enveloppent, les éclairent et les raniment ; mais cela ne dure pas, et il n'en reste auCune trace. On ÿ pratique dans le degré le plus sublime toutes
lo
oules
Marre de l'Incarnation. Liv. III. 1$9
. les vertus, surtout la soumission aux ordres de Dieu et le désir de souffrir f pour lui. On y amasse
des trésors inépuisables de mérites , et rien ne contribue, davantage à élever à une éminente sainteté. Mais il n’est pas possible d'exprimer ce qe. en coûte. Marie de l'Incarnation ne fut oi e Epoux, dont l’amour ei a au fond de son âme y faisait en
même temps, par un mélange et une alternative
incroyable à ceux qui ne l'ont point éprouvé, sa force, son soutien, sa paix, son espérance et son plus sensible martyre. Pour comble d'affliction, elle perdit son directeur qui fut appelé à Feuillans pour y être Supérieur. Quoique dans cette sorte d'épreuves il semble qu'on ne tire aucun secours de son père spirituel , pour qui même d'ordinaire on se sent une grande haine, et qu'on évite autant qu’il est possible , on le trouve néanmoins fort à dire quand on le perd. Aissi D’ y a-t-il point de situation où l'on ait plus iesoin d’un guide ; mais il serait presque aussi dangereux d’en avoir qui ne fussent pas également fermes, éclairés, prudents, compatissants, attentifs à distinguer ce qui vient de Dieu ou de
l'opération du démon , et ce qui ne doit être at- 11,
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