ES
» Outre la qualité de Juge que l'âme voyait dans le sacré Verbe incarné, elle le regardait encore comme son Époux, qui, nonobstant ses défauts , ne lui avait point ôté la qualité d’épouse ; mais 1l la voulait épurer sans pitié par le feu de sa divine justice. Avec cela, il ne lui donnait aucune vue de la durée ni des suites de cette épreuve , ce qui l’abattait et l’humiliait infiniment. Alors, piquée d’un amour douloureux qui la faisait crier comme un autre Job sur son fumier , elle s’adressait à lui et lui disait : Qui me donnera des larmes de sang pour pleurer toutes mes impuretés ?
ô :.on céleste Époux! Comment avez-vous permis qu'une âme que vous avez tant chérie, vous ait fait tout ce tort? et comment ne l'avez-vous pas jetée sous les pieds des démons ? Recevez doric au moins la confession de mes crimes, et châtiez-moi selon vos adorables jugements. Je vous en conjure moimême , tant je vois de justice que votre amour soit satisfait. Oh! que de châtiments je dois subir ! car, outre ce que méritent mes propres
310 La Vig de la Mère
» iniquités, vous savez, Ô mon divin Époux! que » pour les deux âmes que je vous ai demandées, » je mesuis offerte à souffrir la punition des fautes » qu'elles auraient commises contre votre divine Majesté , et qui les auraient pu rendre indi- » gnes de la faveur que vous leur a avez faite en les » tirant du monde. »
Dans l’ardeur de ce transport, l’humble servante de Dieu fit une confession générale de tous les péchés de sa vie, que je ne crois pas devoir omettre, rien n'étant plus propre à faire Cconnaître jusqu’à quel point elle avait conservé l’innocence de son Baptême. Elle continue donc ainsi : « Vous savez, Ô mon chaste Epoux, qu’au » commencement que votre divine bonté m'ap- » pela extraordinairement, qui fut à l’âge de » dix-neuf ans, après que vous m'’eûtes fait voir
» l'erreur où j'étais, me croyant dans un état » bien parfait; après que, par l’excès de vos in- » finies miséricordes, vous m’eûtes lavée dans » votre sang précieux , dans une occasion qui se » présenta, je raisonnai, et je délibérai si je ne » retournerais pas dans la route du siècle, et » dans la condition dont vous m’aviez délivrée. » La tentation qui, sous l’ombre d’une raison
Joux ! que mandées, des fautes tre divine dre indiaite en les
mble serle de tous as devoir aire Conservé l’innue donc Ux, qu’au nté m'ap- \ l’âge de »s fait voir s un état le vos inivée dans 1on qui se ai si je ne siècle, et délivrée.
ne raison
Marie de l'Incarnation. Liv. V. 311
spécieuse et comme nécessaire, m’ébranla, m'eût infailliblement entraînée, si par m e immense bonté vous ne m'eussiez éclairée et affermie dans votre voie. Vous savez aussi qu'en deux autres occasions, lorsque j'étais encore dans le siècle, je m’amusai à de certaines complaisances qui tenaient de l’esprit de nature; que sous ombre de bien, j’y croupis quelque temps, et que si votre miséricorde ne m'en eût tirée, j'aurais étouffé l'esprit de : grâce , par lequel vous me conduisiez si amoureusement. Ah! que j'ai de douleur, et combien je mérite d’enfers! Oui, oui, il est juste, Ô mon divin Amour! que vous soyez satisfait.
» En une occasion, étant Religieuse, je fis, ainsi qu'il me paraît, un acte d’hypocrisie : j'eus de faux sentiments d’humilité, qui me firent aller prier ma Supérieure de m'humilier, et je crois qu’elle m’eût bien mortifiée de me piendre au mot, car mon intention, comme je crois, n’était pas pure. J'avais un orgueil secret qui me faisait agir; c’est pourquoi je mérite toutes sortes d’humiliations.
Exterminez donc, Justice incréée, exterminez sans pitié le néant et la poussière. Il n’y à
point de châtiment qui ne soit trop doux pour moi. |
» Une autre fois, sous ombre de justice, je donnai un avis à ma Supérieure, et au fond ce n’était qu'une vertu plâtrée : et vous avez souffert tout cela, Ô mon divin Epoux! il est juste que maintenant vous en preniez vengeance. Me voilà courbée, châtiez-moi selon les lois que votre amour a établies. Ah! je vous demande pardon, anéantie sous les pieds des démons. Dans des entretiens que j'ai eus avec des personnes d'esprit, je me suis laissée aller à des pertes de temps, à des badineries, à des puérilités, eu égard à la gravité, à la sincérité, à la pureté de votre divine conduite sur moi. Je m'abandonnais À la complaisance de ces entretiens qui m’avaient portée à me trop épancher et à faire part aux sens de ce que j'expérimentais de spirituel dans l’intérieur. Votre esprit censeur me fit voir l’importance de cette faute, sans quoi je serais tombée dans de grands relâchements au regard de cette pureté dégagée que vous voulez de moi; vous ne me châtiâtes pas pour lors; il est donc juste que maintenant vous en liriez raison, et que
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stice, je au fond JUS avez x! il est ez venoi selon | je vous ieds des eus avec isséd aleries, à à la sinluite sur sance de me {rop » Ce Que térieur.
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Marie de l’Incarnation. Liv. V. 5
vous punissiez ma vanité, qui n’a été autre chose qu’un désir secret de ma propre excellence. Ah! qu'il est vrai que vous ne voulez point qu’on gauchisse dans les voies du pur amour ! Je suis venue souiller votre nouvelle Eglise; je me suis creusé des citernes pleines de boue qui m'infectent de telle sorte, que leurs exhalaïsons sont capables de me perdre. Il semble que vous ayez permis au démon d’être de la partie pour émouvoir toutes mes passions tour à tour. D'ailleurs, je me sens comme liée et captive, et personne ne me saurait délivrer que vous.
» C'est donc de vous seul que j'attends ce secours, car mes liens m’empêchent-de faire le bien que je veux, et mes passions me veulent faire commettre le mal que je ne veux pas, et que je haïs; Ô Dieu de miséricorde! mettez-y la main, sans quoi c’est fait de moi. Pardon de toutes mes saillies, de toutes mes imprudences, de tous les sentiments imparfaits, dans lesquels je me suis échappée. Ce qui m'humilie davantage, c’est qu'avec la bassesse de mon cœur, qui me fait estimer digne de tout rebut, lorsqu'on me touche, j'ai le
» sentiment très-vif. Ce sont aussi mes péchés » qui sont cause que je porte une charge qui ne » me permet pas de m’employer selon mon dé- » sir à l'instruction de nos chères Néophytes. » Hélas! mon chaste Epoux, vous savez les pentes que vous m'avez données pour cela. Ce » qui me restait de consolation ,-c'était de leur apprendre à vous connaître et à vous aimer. » Voilà les plus grands péchés qu’eut alors commis la Mère de l’Incarnation dans toute sa vie. Faut-il s'étonner que Dieu ait orné de lan de faveurs, et honoré de tant de visites une ‘âme toujours si pure et si bien préparée à le recevoir? Elle ne se relâcha jamais de cette extrême attention à se conserver, autant qu'il était en elle, exempte des moindres taches. Cependant elle ne se fut pas plutôt humiliée en présence de son Dieu, que ses peines diminuèrent considérablement. Elle devint plus libre, et fut délivrée de ces agonies mortelles, qu’elle souffrait presque continuellement. Il ne lui resta plus qu’une révolte de ses passions et une tentation de haine contre le prochain, surtout contre une personne qui ne manquait aucune occasion de lui faire de la peine. Elle dit qu'ayant plus de liberté, elle
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Marie de l'Incarnation. Liv. V. 315
était plus en danger de pécher, el que sans un secours extraordinaire de Dieu, elle eût fait plusieurs fautes, et qu’encore qu'il la soutint toujours, une disposition qui lui paraissait si éloignée de la charité dont son cœur devait être embrasé, l’humiliait extrêmement ; en sorte qu'elle avait besoin de toute sa force pour se supporter elle-même. |
‘Au milieu de tout cela, elle vaquait à ce qui était de sa charge avec une liberté d’esprit qui
| surprenait son confesseur; et ce fut dans le fort
de cette épreuve, qu’elle conclut la grande affaire de l'union des deux Congrégalions dans sa Communauté. L'idée de ses péchés était sans cesse retracée à son esprit avec des traits si vifs, qu'elle ne pouvait plus se souffrir elle-même. Un jour qu'elle en était plus frappée qu’à l'ordinaire, et que son cœur était brisé de contrition, elle s’avisa de se revêtir d’une haire qu’elle porta très-longtemps sans l’ôter, pas même la nuit pour reposer. Au bout de quelque temps, son confesseur l’alla voir, et ayant appris ce qu'elle avaitfait, il lui en fit de très-grands reproches, ct lui ordonna d'aller sur-le-champ quitter cet insrument de pénitence. Avant que d’obéir, elle se
jeta à ses pieds, et le supplia de vouloir bien écouter la déclaration qu’elle voulait lui faire de tous ses péchés et de toutes ses imperfections, afin qu’il conçût jusqu'où allait sa malice. Le Père la rebuta d’abord; mais enfin ses larmes et ses instances le touchèrent. Elle lui fit donc une
* confession générale de toute sa vie, sans examen,
mais avec une si vive lumière , qu’elle n’eût pas été plus exacte quand elle eût employé plusieurs jours à s’examiner. Elle ajoute que cette parole de l’Écriture s’accomplit en elle: J’examinerai
Jérusalem avec des lanternes (Sophon. 1.2),
tant le pur Amour se montrait censeur, jaloux et inexorable.
De si excessives souffrances n'étaient pas seulement l'ouvrage d’un Amour purifiant, qui ne pouvait rien souffrir d'impur dans son épouse;
Je fils que notre sainte Supérieure avait laissé * dans le siècle, et pour qui elle s'était en quelque
sorte dévouée à la justice divine , tenait une conduite dont le contre-coup retombait sur elle. Dès qu’il se vit refusé par les Jésuites, il ne pensa plus qu’à son plaisir et à se pousser dans le monde. La servante de Dieu en fut instruite. « La crainte que » j'avais, lui manda-t-elle quelque temps après,
uloir bien ui faire de rfections, nalice. Le larmes et donc une S examen,
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nt pas seunt, qui ne n épouse ; xvait laissé n quelque it une conr elle. Dès pensa plus monde. La crainte que mps après,
Marie de l'Incarnation. Liv. V. 317
» que vous né tombassiez dans les précipices » où vous couriez, me fit faire un accord avec ». Dieu pour porter la peine due à vos péchés, et » qu'il ne vous châtiât point par la privation du » bien qu’il m'avait fait espérer pour vous. En- » suite de cette convention vous ne sauriez croire » combien j'ai souffert à ce sujet. » Le jeune homme, retiré de cet abime par la vertu des prières et des souffrances de sa mère, se fit Bénédictin dans la congrégation de Saint-Maur, ainsi
.que nous avons déjà vu. Il dit lui-même qu’il
passa son noviciat dans un entier oubli du siècle, et que, nourri de la grâce, il porta avec joie le joug de l’obéissance et des austérités de sa règle. Son entrée en religion avait fort adouci les peines que laMère de l’Incarnation endurait à son sujet; mais quelques personnes s'étant opposées à sa profession, à cause de quelques dettes qu’il avait contractées dans le monde, la servante de Dieu connut, par un redoublement de souffrances, le danger où il était de ne pas consommer son sacrifice : jusque-là que, dans le fort de cette tempête, dont assurément elle ne pouvait être instruite par aucune voie naturelle, elle fut contrainte de sortir de table et de se retirer, pour l’al- 18,
318 La Vie de la Mère . \ ler offrir à Dieu. On voit par la lecture des mémoires qu’elle lui adressa.sur la fin de sa vie, combien ses sentiments sur ce qui le regardait étaient purs, élevés et dignes de l'Evangile; et il n’est personne qui ne s’y convainque parfaitement qu'il lui coûta infiniment plus pour l’enfanter. à Jésus-Christ, que pour avoir été sa mère selon la chair. ; Enfin, ie jeune novice fut reçu à la profession religieuse, et commença dès lors à courir sans discontinuer, à pas de géant, dans la carrière de "la perfection. La Mère de l’Incarnation en abpri la nouvelle avec la joie que l’on peut concevoir. Les lettres qu’elle lui écrivit alors sont si belles, si touchantes, si remplies de l'Esprit de Dieu; elle y mêle avec une si noble simplicité les sages avis qu’elle lui donne et ses propres dispositions, qu’on ne saurait les lire sans en être ému et porté à la pratique de ce qu'il y a de plus grand dans la religion. « Je bénis la bonté de Dieu, dit-elle dans l’une, des désirs qu’il vous donne; prenez garde de ne vous point embarrasser l'esprit dans des raisonnements superflus qui vous pourraient causer une continuelle perte de » temps: et il arriverait que vous ne vous en
> des mée sa vie, regardait gile; et il parfaiteour l’ené sa mire
rofession urir sans arrière de en apprit ncevoir.
: si belles, Dieu; elle sages avis positions, u el porté and dans 1, dit-elle ane; preer l'esprit qui vous perte de
vous çn
Marie de l'Incarnation. Liv. V. 319
» déferiez pas facilement, parce que la passion,
» étant émue par des désirs trop impétueux, » offusque la lumière de l’esprit; en sorte qu'il » est malaisé de juger d'une vocation; elle se » fait connaître bien plus parfaitement par une » confiance douce et amoureuse , et par une » longue"persévérance, qui n’ôte point la paix v du cœur, que par un bouillon ardent et par » une agitation continuelle qui n’est que dans » les sens. Il me paraît que, dès mon enfance, Dieu me disposait à la grâce que je possède à présent; car j'avais plus l'esprit dans les terres étrangères, pour y considérer les généreuses agtions de ceux qui y travaillsient et enduraient pour Jésus-Christ, qu’au lieu où j'habitais. Il me prenait quelquefois des saillies si fortes, que si les respects humains ne m'eussent retenue, j'aurais couru après ceux que je voyais porter avec zèle au salut des âmes. Je ne savais pas alors pourquoi j'avais tous ces mouvements, aussi n etait-il pas temps; car celui qui dispose lés choses suavement, vou- » lait que je passasse par divers états, avant que » de manifester sa volonté à la plus indigne de » ses créatures. Il s’est passé bien des choses dans
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les distances des temps : vous les saurez un jour, mon très-cher fils, je vous ai seulement dit ici en abrégé, pour votre consolation et pour votre instruction, ce qui se passait en moi dans mon enfance.
» Quant aux pensées que vous me proposez, croyez-moi, ne vous portez à rien qu’à suivre Dieu; je veux dire que vous vous abandor.niez à sa conduite avec une doute confiance,
» et que vous attendiez dans la paix du cœur
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» ce qu’il aurait projeté pour vous. Après D
ne vous mettez point en peine, il vous tonduira par la main ; c’est ainsi qu'il se comporte envers les âmes qui cherchent à le contenter, et non à se satisfaire elles-mêmes, Oh! qu’il est doux de suivre Dieu! Je ne vous dis pas ceci, afin que vous étouffiezson esprit, mais que vous le serviez dans une plus grande pureté, et que vous ne respiriez que dans l’accomplissement des desseins qu'il a sur vous pour sa gloire et pour la sanctification de votre âme. L’obéissance exacte à tous vos supérieurs sera la pierre de touche qui vous fera connaître si vous êtes dans cette disposition.
» Ah! mon-cher fils, que cette dépendance
aurez un eulement blation et Dassait en
Proposez, ‘à suivre abandor.onfiance, du cœur près çela, ous M
se comà le conmes, Oh!
vous dis prit, mais ande puans l’ac-
sur vous : de votre upérieurs era Contion.
pendance
Marie de l'Incarnation. Liv. V. 321 » des desseins de Dieu sur vous, est importante! » c’est le grand secret pour vous sanclifier, et » pour vous rendre capable d’être utile aux au- » tres. Je suis ravie de voir ici des saints (c’est
» ainsi que j'appelle les ouvriers de l'Evangile),
» dans un dénûüment épouvantable : et vérita-
» blement cetie parole de l’Apôtre leur peut bien
» être appliquée: Vous étes morts, et votre vie » est cachée avec Jésus-Christ en Dieu (Coloss. » 9. 5). Je n'ai point de termes pour dire ce que » j'en connais. Méditez cette sentence, et pensez » qu'il y a bien du chemin à faire avant que » d’être semblable à notre divin Maitre. Ce que » la créature ne peut d’elle-même, Dieu le fait » ici d’une façon qu’on n’aurait jamais pensé. Ne » croyez pas que je vous parle de la disette des » choses temporelles, de la pauvreté du vivre, » de la privation de toutes les choses qui peu- » vent consoler les sens, des peines qui les peu- » vent affliger, des contradictions, des adversi- » tés et des choses semblables. Non, tout cela » est doux , et l’on n’y pense pas quoiqu'il soit » sans fin, ce sont des roses, et je vous assure » que la joie que j'y ressens m'a souvent mise » en scrupule, » |
322 La Vie de la Mère’: | « Si vous avez eu de la joie, lui dit-elle dans » une autre, en recevant mes lettres, ne doutez pas que je n’en aie eu une semblable à la lecture des vôtres. J’y ai vu les providences, les amours, les miséricordes de Dieu sur vous, pour lesquelles je le louerai éternellement.
Oui, mon fils, Dieu veut que vous l’aimiez :
commencez donc, et croyez qu’hier vous ne l’aimiez pas véritablement ; les degrés du saint amour sont de cette qualité , qu'on ne voit de parfait que ce qui est devant soi, et qu'on estime défectueux tout ce qui est passé. Prenezy. bien garde , et vous remarquerez que cela est vrai, et que c’est une des plus importantes vérités de la vie spirituelle. Vous marchez sur les vestiges des Saints qui vous ont devancé, -et vous habitez les cellules qu’ils ont sanctifiées par leurs vertus ; courez sans relâche après eux. Les Saints ne sont saints que par cette inclination, et, s’il faut ainsi parler, par cette sainte opiniâtreté qui leur a fait publier toutes choses par un mépris volontaire, afin’ de s’attacher à ce divin Prototype et vraié cause exemplaire de ses enfants. J'ai eu quelquefois » le désir de savoir si votre cœur est touché de
Ile dans e doutez à la lecices, les ur Vous, [lement.
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Marie de btncatnatièn: Liv. V. 323
cette douce émotion et en quel degré: Dieu vous met ; car il vous faut quitter tout autre mouvement volontaire, et suivre uniquement les pentes de la grâce pour arriver à ce commerce avec notre souverain Bien. Je demeure pourtant volontiers dans mon ignorance, et me contente de lui demander pour vous cette faveur. |
» Vous voulez savoir comment il est possible d’avoir le corps si près de Dieu et l’esprit si éloigné de lui ; cette misère est grande, et c’est pour l'ordinaire un effet de nos infidélités. Le vrai moyen de nous en retirer est cette douce et volontaire servitude de cœuravec une attache sans retour aux volontés de notre Maître. Cette servitude attire après soi tout l'esprit, par une douce et amoureuse violence qui captive bien les sens , mais qui ne les tue pas, et qui le nourrit même quelquefois de ses biens. Vous ajoutez : Comment se peut-il faire que l'esprit étant une fois uni à Dieu, qui le remplit de tant de douceur, s’en retire si facilement ?
cela n’est que trop facile à ce misérable amour que nous avons pour nous-mêmes. On dit que depuis qu’un cœur est navré, il aime par-
924 La Vie de la Mère AA
tout: cela est vrai, quand il conserve ses plaies et qu’il demeure sensible aux coups des inspirations divines ; mais quand il les referme par ses misérables médicaments (c’est ainsi que j'appelle les raisons de l’amour-propre) , il change de vie et n’a plus de mouvement que pour lui-même. C'est cette misérable vie de notre amour-propre qui emporte -après soi tout l'esprit et qui le retire de l’union avec ‘Dieu. Et de là naissent les violences qu’il nous faut faire, lorsque par la syndérèse qui nous pique, nous sommes pressés de her celui de qui nous sommes séparés ; car comme nous avons repris la vie de la nature, il faut encore une fois mourir à la nature pour y arriver.
» Vous voulez que je demande pour vous à Notre-Seigneur le don d’oraison, jé lui demande celui de l’humilité et de la vraie abnégation de vous-même, sans laquelle il n’y a point de vraie oraison ni d'esprit intérieur. L'oraison et l’abnégation doivent, aller de pair, autrement toutes nos dévotions sont suspectes ; mais vous avez d'excellents maitres, capables d’éclaircir tous vos doules, et
ses plaies les inspilerme par ainsi que opre) , il ment que le vie de après soi nion avec qu’il nous Qui nous aa à ar COMme re, il faut Dour y ar-
Jur Vous à é lui de-
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Marie-de l'Incarnation. Liv: V. 525 » ce me serait une présomption de vous en dire » davantage. »
Les avis certains qe la sainte Mère recevait de toutes parts des progrès que son fils faisait dans la sainteté, et que , par son mérite, il se rendait une des plus vives lumières de son Ordre, sa promotion au sacerdoce, et ensuite aux premières charges de sa Congrégation, la con-
version de sa nièce, et la manière ardente et
sincère dont cette fille se donna toute à Dieu : tout cela remplit son âme d’une allégresse qui n'aida pas peu à la soutenir au milieu de ses croix; elle les voyait même diminuer de-jour en jour, et elle finit le récit qu’elle en fait par des réflexions si solides et qu’ marquent si bien le caracière de son esprit, que je ne crois pas devoir les omettre. « On pourrait, dit-elle, me deman-" » der ce que j'entends par la révolte des passions » dont j'ai parlé, et qui, après mes grandes pei- » nes intérieures de trois années , m'ont encore » duré plus de quatre ans, avec une aigreur dans » le sang contre quelques personnes saintes, et » si cela peut compatir avec l’union intime.
» J'ai déjà dit que cela se peut, et voici com- » ment : Dir
» Il est à remarquer que les passions émues par une révolte semblable à celle dont il s’agit, ne sont pas comme celles qui viennent d’un naturel facile à s’'émouvoir, ni comme celles dont les mouvements sont fondés dans les mauvaises habitudes. Ceux qui travaillent à réprimer celles-ci, ont pour d'ordinaire de grandes peines à surmonter. Il leur faut de la méditation, des motifs, de l’examen, de l’étude, des résolutions, de la fidélité ; et il leur resteencore, après tout cela, des attachements » à bien des choses, et surtout à eux-mêmes, qui » durent longtemps ; mais dans la révolte dont il est ici question , bien loin qu’on soit arrêté à tenir ou à poursuivre ce que désire-la passion émue , on porte le tout comme une mortification très-sensible. Ce qui arrive de mal n’est pas volontaire, c'estseulement un aliment » propre à nourrir l'humilité et l’abnégation de la personne , et un poids qui fait que l’on a un grand mépris de soi-même. S'il échappe quelque parole ou quelque pensée, c'est par égarement : si on est contrarié et persécuté pour la justice, on sent bien un mouvement de co- .Ière ou d’aversion, mais il n'en, sort aucun
ns émues |
it il s’agit, nent d’un me celles dans les vaillent à inaire de faut de la n, de l’éetil leur ichements èmes, qui volte dont soit arrêté re-la pas- “une morve de mal in aliment égation de el’onaun appe quelst par égaécuté pour ent de co-
sort aucun
Marie de l’Incarnation. Liv. V. 527
mauvais effet ; car on porte dans le fond de l'âme une crainte de Dieu, qui fait qu’on hait la vengeance, et qui prévaut sur la passion.
On ne laisse pas de broncher quelquefois par faiblesse , lorsque rencontrant quelque personne de confiance, on-dit quelque parole de
plainte ; maïs, au même moment, l’âme re-
çoit tant de confusion de sa lâcheté, que ce lui est le motif d’une très-grande humiliation. Elle se croit une inconstante qui n’a ni vortu ni solidité. Néanmoins , tout cela compatit avec l'union intime dont jouit le centre de
l'âme en une région de paix qui semble sépa-
ré de l’âme même.
»' Je laisse à penser si cette âme est dans la
crainte, voyant en soi tant de faiblesses. Elle appréhende d’être trompée; elle est convaincue que ses passions n'ont été qu'endormies, et que le peu qu’elle croyait avoir eu d’intérieur, n’a pas été de Dieu. Elle a dans la pensée que toute.sa paix et tous ses dons ont été faux ; ou que si c'étaient des faveurs du ciel et de véritables grâces, elle les a perdues par sa . faute. J'avais d’autres croix, dont je ne pouvais demander à Dieu d’être délivrée; mais
328 La Vie de la Mère » l'Esprit qui me conduisait, me poussait à de- » inander de l'être de celle-ci, et cela en vue » de la véritable pureté si peu cherchée, si peu ». trouvée, Si peu possédée dans la vie spirituelle. » Après toutes mes demandes, il me semblait ». que j'étais encore plus captive, et que le sacré : » Verbe incarné se plaisait à mes chaines. Alors ». je m’abandonnais à ses voies, et je m'offrais ». à souffrir tant qu'il l'aurait pour agréable. » Îlest-assez ordinaire de voir les personnes que Dieu mène par des voies singulièrespécher contre lés lois communes de la régularité, ét même faire des fautes que ne font pas ceux qui n’ont pas été prévenus de tant de grâces. Les faibles en sont mal édifiés, les plus sages ne savent souvent pas ce qu’ils en doivent juger ; parce que leur expérience leur a bien apprisen général qu'une âme peinée n’est pas toujours assez à elle pour faire toutes les attentions que demande une exacte régularité, et que Dieu permet même quelquefois que ses élus tombent dans des fautes, précisément pour les humilier; mais ils n’ont pas toujours assez. de lumière pour discerner dans de certaines occasions ce qui vient de la peine, d'avec ce qui n’a point d'autre principe que la corrup-
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COITUP:
Marie de l’'Incarnation. Liv. V. 329 tion du cœur et l'illusion de l'esprit. La Mère de
: l’Incarnaïion n’exposa jamais ses Sœurs au dan-
ger de se scandaliser. Sa conduite fut toujours uniforme, et un modèle vivant de la règle. Elle
était la première à tout, et elle se serait volontiers
chargée de tout, si elle n’eût été persuadée qu'il n’était pas moins de son devoir de faire pratiquer le bien , que de le pratiquer elle-même. Mais son humihté et.sa charité lui faisaient tous les jours inventer de nouveaux moyens de tromper la ferveur de ses filles, et de: se charger d’une partie
de la peine attachée à leurs emplois, sans rien di-
minuer de leur mérite. On la voyait presque en même temps avee des: enfants, les nettoyant, les caressant, les instruisant; avec des ouvriers, les animant, les consolant; dans les offices les plus bas, se faisant la servante des autres, et avec cela ne manquant à rien des soins plus relevés et plus difficiles qu’exigeait son emploi. Quelque fatiguée,-elanême quelque incommodée qu'elle fût,
jamais elle ne manqua d'être la dernière couchée
et la première levée; toujours ou en prières ou en action, elle commandait plus par exemple que par paroles. N'ayant pu obtenir, ou, pour éviter la singularité; plus blâmable encore dans
Eu | H'EUS | J'\ | | | } Fr DO (ovs |
330 La Vie de la Mère les supérieurs qui doivent être comme le centre de la vie commune, que dans les particuliers, n'ayant pas jugé à propos de demander la permission de retrancher pour prier du temps qu’elle devait être au lit, elle priait sur sa couche, et satisfaisait à sa dévotion en gardant sa règle. Ce fut ce même motif qui la porta à se priver de la communion journalière, convaincue que Dieu , témoin et auteur de ses bonnes intentions, ne manquerait pas de la dédommager de ce qu’elle sacrifiait au bien de la règle. Elle fut même toujours si ferme à ne se distinguer jamais en rien, que sur la fin de sa vie sa Supérieure, pour l’obliger à faire ses oraisons dans un lieu où elle ne fût point exposée à toute la rigueur d’un froid excessif, fut contrainte d’assembler pour ce saint exercice toute la communauté dans une chambre où il y avait un poële; et il fallut interposer l’obéissance , pour lui faire prendre quelque chose de particulier, lorsque ge qu'on servait au réfectoire se trouvait fort pré] udiciable à sa santé.
Dans une lettre qu’elle écrivit environ à cette époque à son fils, et où elle continue à lui‘marquer la route qu'il devait tenir pour arriver à une
le centre iculiers, nder la u temps sa COUrdant sa rta à se \vaincue s intennager de | Elle, fut r jamais érieure, un lieu
| rigueur ssembler uté dans
, il fallut
prendre ge qu'on udiciable
n à cette luitmarver à une
Marie de l'Incarnation. Liv. V. 351
éminente sainteté, elle dit des choses touchant la situation où elle se trouvait alors, dont j'ai cru devoir ici rapporter les propres termes; les voici :
Bénissons cette douce et aimable Providence qui, par des voies si cachées à nos faibles lumières, nous a choisis pour son service, et pour y consumer tous les moments de notre vie. Ah! qu'il est bon de ne souhaiter que cette sainte consommation, et de n'avoir de pente que pour la gloire de Celui qui seul mérite d’être glorifié! Mon fils, quand on a cette inclination, on ne tient à rien dans cette vie. Il y a seulement deux choses où l’âme trouve son compte, en attendant qu’elle ait le bonheur de se voir détachée de cette vie mortelle. La première est la pratique des maximes de l’Evangile , ou du moins un effort continuel pour le pratiquer ;
l’autre est la douce familiarité avec Dieu qui,
par ses divines touches, permet à l’âme de s’entretenir, et, s’il faut ainsi parler, de s’égayer avec lui, quoiqu’elle ne se voie que poudre et cendre en la présence de sa Majesté suprême. Sans ces deux secours, je ne puis comprendre qu'on puisse vivre en ce monde parmi les épines et les tracas, qui sont si ca-
332 La Vie de la Mère pables d’étouffer l'esprit intérieur, la nature y trouvant toujours son intérêt et ne s’y at- » tachant que trop. C'est pour cela que plusieurs » retourneut en arrière, el que si peu persévè- » rent dans la première ferveur de leur vocation, car, pour y demeurer, il est besoin d’une continuelle mort de soi-même, qui est cet anéantissement, cette consommation dont je vous parle, pour laquelle il faut un grand courage et une générosité qui ne se relàche jamais.
Mais aussi, agissant de la sorte avec le sCQUrs de notre divin Jésus, l’âme se trouve enfin dégagée de ses liens, court et vole au-dessus des sens et de l’amour-propre. Ce n’est pas qu’elle ne ressente encore quelquefois des attaques de la nature corrompue; mais la force que Dieu lui donne , surmonte tout; elle opère avec facilité et même avec plaisir, en sorle qu'elle expérimente la vérité de ces paroles : Mon joug est doux et mon fardeau léger.
Cette force même s’augmente dans l'exercice des deux points que je viens de vous marquer; mais ne pensez pas qu’il faille regarder les maximes de l'Evangile, et ce qui est de plus grande perfection dans une spéculation de
a nature esyatplusieurs persévèvocation, une Cont anéan- | je vous | courage } Jamais.
e seCQUrs enfin déessus des xs qu'elle attaques Drce que le opère en sorle paroles :
uw léger.
"exercice narquer; arder les de plus ation de
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» vertus, qui ne soient pas conformes à notre » condition ni à notre vocation intérieure; mais » en de certains points où il faut s'attacher » fortement selon notre état présent. Or, voici » les maximes où je m’exerce à présent, et » auxquelles je me suis même engagée par » VŒUX. »