XI. Mortifier certains petits appétits , inclinas
s actions,
s biens et eures Soit s’estimer
ce envers ites dans
des lenions suer de la
uceur inet humie,
de l’omtes appal'inquit-
les douit, les hurt de Dieu
, inclinae
Marie de l’Incarnation. Liv. V. 555
ions et pentes naturelles en tout ce quise pourra, sans faire tort au spirituel ni au corporel.
XIT. Obéir avec fidélité aux mouvements et inspirations de Dieu; et en tout ce qui vient d’être proposé, suivre l’obéissance et la direction du Père spirituel.
* & Quand je vous dis qu’il ne faut pas s’atta- » cher à une suite de vertus spéculatives, c’est » que, commeil y a divers degrés et états dans » la vie spirituelle, il y en a un entre les autres » où l’entendement a plus de part que la vo- » lonté; et si l'âme n’est fidèle et généreuse, » elle ne se peine guère à faire des réflexions sur » 12 pratique des vertus solides, ce qui fait » qu'elle bronche souvent, et qu’elle donne su- » jet de croire qu'elle n’a pas de mortification. » Au lieu que dans l’état où l’entendement et la » volonté agissent de concert, l’âme travaille et » avance beaucoup, sans se peiner toutefois, » dans la pureté de cœur, dans la pratique des » vertus et dans la droiture en toutes ses actions. » Mais ensuite il y a encore un autre état qui la » met dans une espèce de nécessité de la pratique » fidèle de limitation de Jésus-Christ, et cette nécessité est dans une paix intérieure qui ne
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se peut exprimer. Il n’est plus ici question ni de cette forte application qu’on a lorsqu'on commence, ni d'une certaine ferveur qu’on expérimente dans les sens, et qui fait qu’on s’examine par des actes réglés et comptés.
L'âme dans sa paix voit tout d’un coup en son Jésus les vertus divines qu'il a pratiquées : ; elle les voit dans un attrait fort doux, qui la porte à suivre dans ses actes son divin modèle; et enfin elle ne peut et ne veut être
qu’un continuel holocauste à la gloire de Dieu,
en l'honneur de celui de Jésus, depuis le rhoment de son incarnation jusqu’à sa mort sur
‘Ja croix.
» Ella a donc deux choses en cette imitation : la pratique extérieure des maximes de l’Evangile, et la familiarité intime avec Jésus, par
» rapport à sa vie intérieure. Je n’aurius jamais
» cru, mon très-cher fils, que la vie la plus
» sublime consiste en cela, si je n’en étais as- » surée par une voie que je ne puis marquer
sur le papier; car il y a des temps d’extases el de ravissements qui semineraient être quelque chose de plus sublime ; mais non, notre Jésus, sa sainte Mère et les saïnts Apôtres,
eslion ni orsqu'on r qu’on ait qu’on comptés.
p en son tiquées :
«, qui la vin moreut être de Dieu, s le rhomort sur
\italion :
J’Evan-
sus, par 1S jamais la plus étais asmarquer xtases el quelque otre J6- \pôtres,
Marie de l'Incarnation. Liv. V. 337
nous sont des témoins fidèles du contraire.
Quoique toutes ces choses-là soient bonnes et salutaires, quand elles proviennent de l’Esprit de Dieu, ce n’est rien en comparaison des vertus, ni des dispositions intérieures des grâces dont je viens de parler, et qui sont toute ma vie, ma force et mon soutien. Je suis de votre avis, que nos entretiens doivent tendre à la fin où nous aspirons, et je vous avoue que je n’ai point de consolation solide en cette vie, que dans la pente qui me fait soupirer après cette bienheureuse fin. Obtenez-moi de Dieu que je prenne les vrais
moyens qui y conduisent, que je ne m'y égare .
point, et que je ne me cherche point moimême, au lieu de chercher Celui dont l’imitation est notre véritable règle. Il n’y a rien que nous devions tant appréhender que les dévotions écartées et qui ne sont pas fondées sur les maximes et sur la vie de Jésus-Christ; pour l'ordinaire la fin en est funeste. »
Une âme si élevée, une femme d’une vertu
si héroïque, d’une capacité et d’une expérience dans les voies de Dieu qui la mettaient au premier rang parmi les maîtres de la vie spirituelle,
538 La V'e de la Mère et dont-la réputation se répandaït de tout côté, avait tout ce qu’it faut pour donner du lustre et du crédit à un parti, et on ne manqua point de travailler à l’engagér dans celui des nouveaux Augustiniens, qui faisait alors tant de bruit dans l'Eglise; mais on trouva une personne trop solidement établie sur les fondements inébranlables de l'humilité, de la simplicité et de læ véritable abnégation de soi-même; on voit dans ses écrits que, pour couper court aux instances qu'on lui fit sur cela, elle ne fit point de réponse aux lettres qu’on luï en écrivit, et la chose n'allà pas plus loin. | Cependant, les six années de sa supériorité étant écoulées, elle sortit de charge et elle commença à goûter le plaisir que les Saints trouvent dans la dépendance. Vers le même temps, le Père Jérôme Lallemant fut nommé Supérieur - général des Missions, et la servante de Dieu connut par une très-forte inspiration, que ce Père, qui joignait à une éminente vertu un mérite rare et une expérience consommée dans les voies du Ciel, était celui que Dieu lui avait donné pour l'aider à consommer le grand ouvrage de sa sancüification, et pour achever d'établir dans sa Con-
out côté, lustre et point de OUveaux bruit dans trop solisranlables ‘véritable ses écrits qu'on lui Jonse aux n’allà pas
ipériorité elle coms trouvent temps , le Supérieur Dieu conà ce Père, \érite rare s voies du nné pour le sa sanc- 1S sa Con-
Murie de l’Incarnation. Liv. V. 559
grégation naissante une forme de vie réglée et durable : éar jusque-là on n'avait pu encore faire que des règlemenis provisionnels et généraux, parce qu’il fallait du temps pour prévoir tous les inconvénients, entrer dans tous les détails et régler tout.
Ce fut en effet par là que le nouveau Supérieur commença l'exercice de sa charge, qui, outre le soin des Missions , le mettait encore à la tête de cette nouvelle Église. Il agit donc en même temps, et comme Supérieur, par autorité, afin qu’on ne püt plus revenir sur ce qui aurait été une fois arrêté ; et comme ami, par voie de médiation , afin que tout étant réglé du consentement des parties intéressées, on eût moins de peine à se soumettre. Effectivement, dès qu'il avait mis quelque article par écrit, en quoi il ne fit guère que suivre le plan de la Mère de l’Incarnation , il voulait que chaque Religieuse lui en dit en toute liberté son sentiment, et qu’ensuite on en fit la lecture à la Communauté pour être reçn par suffrages secrets ; et ce n’était qu’a-
près toutes ces précautions qu'il y apposait le sceau de son autorité. Aussi faut-il avouer qu'il ne se peut rien de plus sage, rien de mieux con-
certé, ni plus propre au dessein que'ces saintes
filles s'étaient proposé, en allant s’établir dans le Canada.
Pour revenir à la Mère de l’Incarnation, voici
ce qu’elle dit elle-même des dispositions où elle se trouvait , lorsque le nouveau Supérieur prit soin de sa conscience. « Je me trouvai à l’arrivée
du Père Lallemant dans une très-grande liberté d’esprit et dans une entière ouverture de cœur pour lui communiquer l’état de mon âme ; et lui, de son côté, se sentit porté à m'aider de tout son pouvoir, Il est vrai qu'il m'éprouva en diverses manières. Dans l’Octave de Noël, il me vint une forte pensée, que si je m’engageais par vœu à chercher la plus grande gloire de Dieu et tout ce qui serait de plus grande perfection, sa divine Majesté m'’assisterait ; je me sentis pressée intérieurement de le dire à mon directeur, lequel après avoir recommandé l'affaire à Dieu, me permit de vouer à Dieu, de faire, souffrir, penser, dire tout ce que je connaïträis être de plus parfait et qui me paraitrait être de sa plus grande gloire. Aussitôt je me sentis extrêmement forüfiée , et Notre-Seigneur me fit de grandes
r dans le
on , voici is où elle ieur prit l’arrivée ande liriure de de mon porté à rai qu'il ns l’Ocsée, que la plus serait de sté m’asurement rès avoir rmit de ser, dire s parfait grande ent forgrandes
»s Saintes :
Marie de l’Incarnation. Liv. V. 341
» grâces par cet engagement. Dans ce vœu, » était compris le vœu d'abéissance à mon di- » recteur. »
Le Père Lallemant de son côté crut devoir éprouver sa pénitente à proportion du progrès qu'elle avait fait et de l'engagement qu’elle venait de prendre. La première chose sur quoi il l'atlaqua fut la manière libre et familière dont elle traitait avec Notre-Seigneur. « Pour profiter » de ses avis, dit la Servante de Dieu, je me fai- » sais de grandes violences, maisil ne m'était pas » possible d'y réussir, Je demandais à ce chaste » Epoux de mon âme, qu'il lui plût me faire la » grâce d’obéir à celui qui me tenait sa place ; » etlors même que je lui faisais cette demande, » je me trouvais sans réflexion dans un doux et » intime commerce avec lui. Alors je lui disais : » O mon chaste Amour ! il faut que j'obéisse, » souffrez que je me relire de vous. Je faisais » donc effort pour sortir de cette privauté; mais » insensiblement, je me retrouvais comme au- » paravant. Je passai quelque temps en cet état, » et bien que j'expérimentasse que le sacré » Verbe incarné se plaisait à mon obéissance, » lorsqu'il me laissait le pouvoir d’obéir, hors
de là néanmoins je me trouvais en un doux commerce avec lui ; ce qui fit qu’enfin on me permit de suivre l'attrait.
-» Dans cet état d'union avec Dieu, il est impossible de subsister en aucun dessein qui puisse mettre de l’oposition à:son opération, comme dans l'usage actuel de certaines pratiques , où il faut que l’entendement travaille et réfléchisse , ni de s'arrêter sur des objets
» corporelset matériels, et même sur des choses
“fort spirituelles, mais qui ne sont pas au même degré d'élévation que celles dont Dieu prend soin d'occuper l’âme. J’en excepte les sacrés mystères de notre foi : car, encore que l’âme ne puisse méditer, elle a néanmoins une façon
de les contempler et d’en parler avec Dieu, lorsqu'il l'y attire, laquelle est d’une trèsgrande douceur ; et même comme ces divins mystères appartiennent au suradorable Verbe incarné, la moindre pensée qui en frappe l’esprit, embrase l’âme, qui y voit tant de certitude et de sainteté, qu’elle n’a pas besoin de raisonnement ni de réflexion pour en connaître davantage. En effet, étant unie à la sacrée personne du Verbe, elle est dans la source
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en cone à la sala source
Marie de l’Incarnation. Liv. V. 343
» qui lui imprime toutes vérités et qui la fait » vivre de ses influences. C’est cette nourriture » céleste dont parlait ce divin Sauveur, lorsqu'il » disait : St quelqu'un entre par mot qui suis » la porte, \l entrera et sortira, et trouvera » des pâturages (Joan. 10, 9). Ainsi l’âme a » vie en lui et de lui d’une façon ravissante, » et qui se peut mieux expérimenter que dire. » Voilà de quelle manière Dieu récompensa l'engagement héroïque que son humble servante avait pris à son service. Mais s: ce Maître libéral ne se laisse jamais vaincre en libéralité, les âmes qu'il a percées du trait de son *mour ne demeurent jamaïs ou bien rarement °n arrière. Il n’y avait rien dont ia Mère de l’Incarnation ne s’avisât pour marquer son amour et sa recoñnaissance envers son Bien-Aimé, et ‘out lui paraissait aisé. Il n’y avait que cette révolte des passions qu'elle sentait toujours qui l’empêchât de jouir d’une paix bien pure. Enfin elle fut fortement inspirée de s’adresser à :: sainte Vierge. Elle le fit, et à l'instant elle se sentit soulagée ; il lui sembla qu’on lui Ôtait de dessus les épaules un vêtement extrêmement pesant, et il se fit dans la partie sensitive de l’AÂme comme un écou-
lement de paix qui changea toute son aversion en un amour très-cordial. Elle apprit quelque temps après, par l’arrivée des vaisseaux, qu’au même moment qu’elle avait été si parfaitement - déchargée de toutes ses peines, sa nièce dont nous avons déjà parlé, et qui avait tant de part à ses souffrances, avait pris le voile au Monastère des Ursulines de Tours.
Tout se ressentit dans la Servante de Dieu de cet heureux changement. « Il ne me serait pas » possible, dit-elle, de décrire le déluge de paix » où mon âme se trouva plongée, dès qu’elle se
vit entièrement libre de ses liens, et rétablie dans tout ce qu’elle croyait avoir perdu. Nonseulement elle voyait qu’elle n'avait fait aucune perte, mais elle connaissait par expérience , qu'elle avait fait un très-grand amas de trésors. Elle sentait que ce qui lui avait Ôté la vue du bien qu'elle possédait dans l’intime union avec l’Epoux, n’avait élé qu’une cendre qui cachait son feu, et qui couvrait ses lumières pour son bien et son progrès dans les vertus solides.
» Envisageant cet état, je ne me pouvais lasser
de bénir Dieu de m'avoir fait passer par tant
aversion t quelque X, qu'au faitement ièce dont t de part u Monas-
e Dieu de serall pas ge de paix qu'elle se t rétablie du. Nonfait auar expéind amas avait Ôté ; l’intime 1e cendre lumières >s vertus
ais lasser par tant
Mare de l’Encarnation. Liv. V. 345
» d'épines. Je lui demandais pardon de ne lui » avoir pas été assez fidèle dans mes ténèbres, » et j’entrais dans une vonfusion qui m’humi- » liait en sa divine présence au-dessous de toutes » choses. Je louaïs et bénissais ce divin Sauveur, » en lui disant avec le Prophète : Z{ m'est avan- » fageux que vous m'ayez humiliée (Ps. 118).
» Et certes, pour tous les trésors de la terre, je » ne voudrais pas n’avoir point passé par cet » état d'humiliation qui me paraît d’un prix in- » fini. Il me semble que j'ai été dans ces cavernes » de lions et de léopards, dont parle l'épouse au » Cantique, et qué pour n'être pas endommagée » par leurs morsures , jé me suis sauvée dans » les retraites de mon céleste Epoux, c’est-à-dire, » dans les saintes et sacrées maximes de l’Evan- » gile, qui, comme des torrents de richesses, » ont coulé de sa divine bouche. S'il a dit: Faites
» du bien à ceux qui vous font du mal, c’est une
» loi qu'il me semble avoir écrite dans mon cœur » avec une force et une impression toute d'a- » mour. Je l’expérimente dans les occasions, » non en me morlifiant, mais par une pente et » une inclination qui me portent là. Comme j'ai » eu des affaires très-épineuses depuis que je
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» suis en Canada, et que j'ai été obligée de traiter » avec toutes sortes de personnes, ces divines » maximes ont été ma force et mon soutien. »
Rien ne rassurait cette âme fidèle, que l’amour qu’elle avait pour les humiliations; et les grâces qu’elle avait reçues du ciel ne lui donnaient point d'autre :nquiétude, que. la crainte de n'être pas assez humble; ce qui est la preuve la plus marquée du progrès qu’on à fait dans l'humilité. Ce redoublement de faveurs du Ciel en était encore une preuve bien évidente; il se rendait sensible d’un jour à l’autre. Voiti ce qu’elle en dit dans son Mémoire : « Avant que je » fusse religieuse, et même avant que la divine » Majesté m’eût éclairée sur la sainte Trinité, les lumières que Dieu m'avait données sur l’Ecriture-Sainte, produisaient en moi une foi si vive, qu’il me semblait que j’eusse volontiers passé par les flammes pour soutenir ces vérités. C étaient des clartés qui portaient tout ensemble leur certitude et leur efficacité. Elles me donnaient une espérance ferme que je jouirais des biens qui m'’étaient manifestés; et cette espérance me faisait m’oublier moi-même pour plaire à èe divin-Epoux, me
e delraiter 2es divines soutien. »
e l’amour les grâces donnaient rainte de la preuve fait dans rs du Ciel nte; il se Voili ce ant que je la divine e Trinité, inées sur moi une eusse vo- * soutenir porlaient efficacité.
ce ferme nt manim'oublier DOUX, Ie
CA
Marie de l'Incarnation. Liv. V. 547 faisant faire des actions, et exposer à des périls qui surpassaient ce que peut une personne de mon sexe. Les passages de saint Paul qui traitent des opérations et des effets que ces divines lumières produisent dans les âmes, ie consumaient d'amour. Au temps de ma vocation à la religion, les passages qui traitent des conseils de l'Evangile, m'étaient comme autant de soleils qui faiient voir à mon esprit leur éminente sainteté, et qui en même tempsenflammaient toutemon àâmeen l'amour de leur possession, et opéraient efficacement ce que Dieu voulait de moi dans la pratique des divines maximes du suradorable Verbe incarné. Toutes ces vues et toutes ces grâces m'étaient données sans aucune étude de ma part, mais à la façon des éclairs que l’on voit avant d'entendre le tonnerre. J'avais une certaine expérience que tout cela procédait deCelui qui avait pris possession du centre de mon âme, qui la consumait de son feu et qui en faisait rejaillir les étincelles et l’éclat pour me conduire et me diriger. Au temps de mon attrait pour le Canada, toutes les maximes et les pa:sages qui traitent du domaine et de l’amplifi-
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cation du royaume de Jésus-Christ et de l’importance du salut des âmes pour lesquelles il a répandu son sang, étaient comme autant de flèches qui me perçaient le cœur , et me donnalent une angoisse amoureuse pour presser le Père éternel de faire justice à ce Fils bienaimé ‘u prince des ténèbres , lequel lui ravissait ce qui lui avait tant coûté.
» Dans la paix profonde que la bonté de Dieu fit succéder à mes tentations, l'union de mon divin Epoux opérait en moi par ses impressions saintes les vertus foncières de ses divines maximes, d’une façon très-spirituelle.
Celte année-là, j’eus de grandes croix à cause de la persécution des Iroquois; car, comme
j'entrais dans les intérêts de mon divin Epoux,
la ruinie de son Eglise me crucifiait intérieurement, quoique mon âme fût extérieurement soumise à ses ordres. Ce fut alors que les Pères de Brebeuf et Lallemant (c'était le neveu de son directeur) furent brûlés; les Pères Garnier et
» Daniel massacrés, et tous les Missionnaires des
Hurons, avec le reste de ces pauvres chrétiens, contraints de se réfugier à Québek. Oh! que ce coup me fut sensible! c'était la chose la
\ t de l’imuelles il autant de me donr presser ils bienlui ravis-
8 de Dieu a de mon imprese ses di-
irituelle, 9 à cause , comme in Epoux, intérieueurement les Pères eu de son rarnier et aires des hrétiens, Oh! qué | chose la
Marie de l'Incarnation. Liv. V. 349
» plus pitoyable qui fût encore arrivée. Les Pères » qui avaient échappé au fer ou au feu des » Iroquois, avaient plus souffert que ceux qui ». étaient morts. Dans l’affliction que je portais » en mon àme, la'seule consolation qui me » restait, était d’être proche de ces pauvres fu-
» giüfs, et d'espérer que nous aurions leurs
» filles. Dans cette vue, j'étudiai la langue hu- » ronne ; Car, jusque-là, je ne m'étais appli- » quée qu'à celle des Algonkins et des Monta- » gnais. »
Les secours spirituels ne furent pas les seuls que la Mère de l’Incarnation procura à ces pauvres Sauvages chassés de leur pays. Ce fut quelque chose de merveilleux que la tendresse et l’ardeur qu’elle fit paraitre à les soulager en tous leurs besoins. Dieu ne tarda pas à reconnaître sa charité et celle de toutes ses filles ; mais il les récompensa en Dieu qui connaît le fond des cœurs et le véritable prix des choses, c’est-àdire que, sachant que dans cette sainte maison on regardai! les croix et les souffrances comme ce qu'il y « de plus précieux au monde, il la réduisit en un moment à la plus extrême indi-
gence. Lo feu prit Ia nuit au Monastère , et
De D à mé
comme il n'esi presque pas possible en ce pays-
là d'arrêter les incendies, à cause de la nature
du bois dont on se sert pour les bâtiments, on
n’avait pas encore eu le temps de venir au se- Cours, que Madame de la Pellrie, trutes Rs Beligieuses et les Pensionnaires parurent sur la neige la plupart nus-pieds, toutes très-mal vétues, exposées à un froid excessif. Quoique le feu sortit en même temps par tous les endroits de la maison, la Mère de l’Incarnätior: ue laissa nas d’en faire plusieurs fois le tour Fe d'en sortir, accompagnée seulement d’une bônne Sœur qui eut le courage de ne la point quitter. Leur dessein était de sauver bien des choses, mais ce fut en vain : tout était embrasé , le feu les suivait partout et semblait n’oser les toucher. C'était, d’un autre côté, un spectacle bien étonnant que la vue de ces saintes filles qui paraissaient de beaucoup plus tranquilles que: ceux qui les voyaient. Madame de la Peltrie, qu’on savait être fort sensible au froïd et qui n'avait presque rien sur son corps, et la Mère de Saint-Joseph qui était malade, attiraient surtout les yeux de tout le monde. Un petit combat de charité qui s'éleva entre les Religieuses, toutes se voulant
n ce paysla nature nents , on nir alt sees les Be ent sur la s-mal vé- Juoïque le s endroits 1 me laissa Fi que ine bonne it quitter, es choses, sé , le feu s toucher.
bien étonui paraisè ceux qui ’On savait t presque nt-Joseph s yeux de arité qui : voulant
Marie de l'Incarnation. Liv. V. 351
céder les unes aux autres le peu qu’on avait pu emporter de hardes et de’ chaussures, et leur tranquillité , ou plutôt-leur indifférence sur un accident qui leur ôtait absolument tout ce qu’elles possédaient au monde, fut ce qui occupa le plus les spectateurs. Presque tous fondaient en larmes , les uns de dévotion, les autres de compassion ; quelques-uns même s’en impatienttrent ; et il y eut un homme qui se mit à crier: Vorla de grandes folles ou de grandes saintes! Dès qu’on vit le mal sans remède, le Supérieur des Jésuites mena toute la troupe dans une salle de sa maison, où il leur fit allumer un grand feu, et où il leur donna des étoffes pour se couvrir. Ensuite il les conduisit chez les Religieuses Hospitalières, qui les reçurent et les traitèrent pendant un mois avec une joie et une attention dont il n’y a que les Saints qui soient capables.
À l'exemple de ces charitables filles et des Pères Jésuites qui donnèrent tout ce dont ils purent absolument se passer , il y eut entre les Français une émulation charmante à soulager cette Communauté affligée. Les pauvres mêmes voulurent y avoir part ; l’un venait apporter une serviette, l’autre une chemise ; d’au-
tres une poule, des œufs, des légumes. Jusqu'aux mendiants, qui s’arrachaient le pain de la bouche , et usaient en-quelque façon de violence pour faire accepter leurs petits présents. Cependant on n’était encore qu’au mois de décembre, et, pour comble de disgrâce , les vaisseaux l’année suivante ne vinrent que fort tard. Ainsi, malgré la charité des fidèles, les pauvres Religieuses eurent bien à souffrir dans un pays qui ne produisait presque rien alors, et où les plus aisés étaient réduits au pur nécessaire. C'eût été bien pis encore si la Providence n’eût pourvu à leurs plus pressants besoins, ‘en leur donnant une ressource du côté qu’elles l’attendaient le moins. Elles avaient une petite métairie qu'elles laissaient en friche, parce que le rapport ne valait pas ce qu’il en coûtait pour la cultiver. Leur Confesseur, touché de la misère où il les voyait, entreprit de mettre ce petit bien en valeur , et sa charité lui donnant des forces, il s’en fit lui-même le laboureur. Dieu bénit son travail, et il recueillit assez de blé, d'orge et de pois pour nourrir toute la Communauté.
Le récit que la Mère de l’Incarnation fait dans ses lettres du détail de l'incendie dont je viens
Lt
le pain de on de vioprésents.
ois de dé- , les vaisfort tard.
ès pauvres S un pays et où les écessaire, ence n’eût s, en leur es l’attenite métaique le rapur la culisère où il it bien en forces, il bénit son jrge et de | fait dans t je viens
. Marie de l'Incarnation. Liv. V. 555
de parler, n’est pas de cette histoire, mais ses dispositions dans une si triste conjoncture en sont, et je ne dois pas les omettre. « J’eus une » si forte conviction, dit-elle, que cet accident » était une suite de mes péchés, qu’on n’eût ja- » mais pu me persuader le contraire ; c’est pour- » quoi mon âme accepta ce châtiment avec une » très-grande tranquillité, en criant miséricorde » à Dieu de ce que toutes mes Sœurs en patis- » saient. Je voyais ce coup comme le châtiment » d’un bon Père et d’un fidèle Epoux, qui nous », visitant de la sorte dans l’octave de sa sainte » Nativité, nous voulait mettre dans un état con- » forme à celui de sa crèche. Mon âme n’eut ja- » mais une plus grande paix qu’en cette occa- » sion. Je ne me sentis pas un moment de peine, » de tristesse ni d'inquiétude, mais une grande » union avec Celui qui faisait en nous cette cir- » concision. Je disais sans cesse , et par une im- .» pression dont je n'étais pas la maîtresse : Vous » avez fait cela, mon chaste Epoux; soyez-en » béni. Ah! que ce que vous avez fait est bien! » mon contentement est que vous soyez content » en ce que vous avez fait. Les bénédictions
» que mon àme donnait à Dieu en ce désastre, 20,
» étaient aussi fréquentes que mes respirs, et il n’était pas en mon pouvoir de sortir de cette amoureuse activité. Mon âme, par une union de tout elle-même à la divine volonté, nageait avec un amour de complaisance dans laccom-
plissement de cette sainte et adorable volonté, sans rien examiner, et je n’aurais pu faire autrement quand je l’aurais voulu. J'avais fait baur cette maison et souffert de grands travaux et de grandes contradictions pour la mettre en l’état où elle était ; et comme Arr convaincue que j'y avais commis de grandes
imperfections, je me mettais du côté de la divine justice, et lui témoignais mes complai-
sances de ce que, par cet évènement, elle avait
tout anéanti. Ainsi mon activité intérieure ne
| pouvait mettre fin à ses louanges, qui, bien qu'elles fussent dans une très-intime familiarilé avec Dieu, procédaient néanmoins d’un cœur amoureusement humilié. »
Il fallait des sentiments aussi élevés que ceuxlà pour soutenir la Servante de Dieu dans la triste situation où elle se trouvait. Ce n’était pas seulement l’incendie de son Monastère qui pouvait mettre son grand cœur à l’épreuye; c'était
espirs, et r de cette ne union $, nageail Faccom- : volonté, pu faire . J'avais le grands s pour la
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que ceuxdans la "était pas qui pou- >; C'était
me ti
Marie de l’Incarnation. Liv. V. 555
les dangers auxquels (oute la colonie française du Canada était alors exposée, les Anglais d’un côté, et les Iroquois de l’autre, la tenant dans de continuelles alarmes. Mais il s’en fallait bien que tout le monde fût aussi assuré qu’elle sur ce qui regardait sa communauté, et plusieurs de ceux qui s’y intéressaient davantage élaient d'avis que toutes les Religieuses repassassent en France. On eut beau faire, aucune n’y voulut entendre, et Dieu bénissant leur courage, les craintes que l’on avait des Anglais et des Iroquois se dissipèrent, et on parla de rebëtr le Monastère. Le Père Paul Ragueneau, Supérieur- Général des Missions , avança six mille francs: M. d’Aillebout, Gouverneur du Canada, employa tout soi crédit pour leur procurer le reste. La Mère de l’Incarnation fut chargée de la conduite
des bâtiments ,.et on lui donna pour adjoint le
Père François le Mercier, qui fut depuis Supérieur-Général, et qui est mort en odeur de sainteté aux îles de l'Amérique, où il a longtemps exercé la même charge.
La confiance en Dieu, et l’abandon en sa Providence viennent à bout de ce que la plus extrème témérilé n’oscrait souvent hasarder. Les
affaires des Ursulines de Québek ‘:reut alors dans une situation où toute la prudence humaine ne voyait aucune ressource; car, outre la perte qu’elles avaient faite dans leur incendie, la fondation du Monastère se trouva réduite à la moitié par la négligence de quelques-uns de ceux à qui Madame de la Peltrie avait commis ses affaires. Presque dans le même temps, Dieu retira de ce monde quelques personnes de qualité qui aidaient fort les Religieuses à subsister. Enfin, le vaisseau qui leur apportait toutes leurs provisions de France, ou fit naufrage, ou tomba entre les mains des pirates. Tant de contre-temps n’arrêtèrent pas un moment la Mère de l’Incarnation. Sitôt qu’elle eut recu l’ordre de bâür, elle commença; et, quoique tout lui manquât, l’ouvrage avançait avec tant de vitesse, qu'il n’y aväit pas jusqu'aux ouvriers qui n'y reconnussent quelque chose de miraculeux. La Servante de Dieu attribuait cette bénédiction du Ciel] à la protection de la sainte Vierge, que la Supérieure, par une espèce d'inspiration, peu avant la ruine du Monastère, en avait fait reconnaître pour la Mère et la Supérieure perpétuelle. Celte protection de la Reine du ciel avait quelque chose de
eut alors humaine à la perte , la fonla moitié eux à qui affaires.
ira de ce é qui ai- Enfin, le TS provimba 1 mps n'ararnalion. elle coml'ouvrage n'y avait nnussent rvante de | à la propérieure, t la ruine e pour la le protecchose de
Marie de l'Incarnation. Liv. V. 357
fort sensible pour la Mère de l’Incarnation. « Je
l'avais, dit-elle, continuellement présente en ce que je faisais et partout où j'allais. Je ne
la voyais pas des yeux du corps, mais en la
mänière dont le suradorable Verbe incarné se communique à moi, par amour et par union actuelle et perpétuelle. Outre celte
“union que j'avais en mon intérieur avec la
Mère de Dieu, qui me faisait lui parler avec une activité très-simple et très-forte, je la sentais auprès de moi. Elle m’accompagnäait partout, et, chemin faisant, je m’entretenais avec elle. Depuis ce temps-là, j’ai su d’une personne fort chérie de Dieu, et qui reçoit de sa bonté des grâces particulières, que quelque temps après notre incendie, la sainte Vierge, dans une vision intellectuelle, lui révéla que ce serait elle qui réparerait notre maison, et qu’elle aurait soin de nous. Cette personne ne savait rien alors de l’amoureux commerce dont il a plu à cette Mère de bonté de m’honorer. »
Ce ne fut pas seulement dans la bâtisse du
Monastère qu’il parut du miracle. « Nous avions
» tout perdu, dit encore la Servante de Dieu,
cependant, nous avons fait rebâtir notre maison , nous sommes vêtues, nous sommes meublées. Cela nous a coûté plus de trente mille
» livres. On nous en a prêté seulement six mille. » Nous avons eu assez peu d’aumônes, et néan- » moins il ne nous reste que quatre mille livres » à payer. Enfin, il y a plus de: vingt-quatre
mille livres qui viennent de la Providence ; car il me serait impossible de dire d’où cela est venu. » Mais, tandis que la sainte Mère,
sur ce fondsinépuisable rebâtissait son Monastère, le Saint-Esprit, dont son cœur était depuis si longtemps le sanctuaire, semblait nrendre plaisir à l’orner de plus en plus de ses dons précieux,
et à en faire une demeure digne de lui. C’est ce qui nous reste à faire voir dans le dernier livre de cette histoire.
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Marie de l’Incarnation. Liv. VI. 359
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