‹ La vie de Marianne; ou, Les aventures de Mme la comtesse de ***. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 1 sur 46 · II NOTICE SUR MARIVAUX · texte numérisé non relu

II NOTICE SUR MARIVAUX

pose la gloire de Fontenelle ou la gloire de Marivaux, par exemple; voilà ce que la critique a bien de la peine à expliquer. A ces causes le grave d'Alembert écrivait-il, à ce propos même, qu'il avait honte de parlerplus longtemps de Marivaux qu'il n'avait parlé de Bossuet. De bonne foi, il n'y 'avait pas de quoi être bien honteux. C'est un accident qui attend tous les artistes lorsqu'ils voudront faire un portrait ressemblant. Proposez à M. Ingres, pour qu'il la reproduise sur la toile, la noble et belle tête de quelque vieillard du siècle passé, l'honneur du temps présent ; soudain le peintre illustre aura donné la forme et la vie àcette tête mâle et fîère, qu'il suffit de dessiner à grands traits pour la faire ressemblante. Mais au contraire, amenez à M. Ingres une de ces frêles beautés des salons parisiens dont la fraîcheur est un peu fardée, dont la beauté manque, sinon de grâce, du moins de naturel, aussitôt voilà notre artiste qui, forcé de regarder de près ces traits mignons et chiffonnés, cette tête pâlie par le bal, ces beaux yeux qui ont perdu une partie de leur éclat, s'étonne et se trouble en présence d'un modèle qui lui avait paru si resplendissant et si facile à reproduire la veille encore, quand cette belle personne, toute brillante et toute parée, s'abandonnait aux enchantements de la fête, aux ravissements de l'esprit, aux doux et folâtres propos de l'amour.

Et voilà pourquoi il a fallu moins de temps à M. d'Alembert pour peindre en pied le portrait de Bossuet luimême, que pour reproduire, même en buste, le portrait de Marivaux. Nous pourrions citer plus d'un pastel de Latour, plus d'une tête de Greuse, qui ont coûté à ces fins dessinateurs autant de soins et de peine que le portrait de Charles 1"" au peintre Van-Dyck. Chose singulière ! la première question que s'adressent

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tous les critiques qui ont parlé de Marivaux est celle-ci: l'auteur des Fausses Confidences et de Marianne était-il ou n'était-ii pas un rhétoricien accompli? Lisaitil Virgile dans sa langue, et savait-il assez bien le grec pour se passer d'une traduction quand il voulait pénétrer dans les secrets de Y Iliade? (Irande question, à entendre cesmessieurs; question futile et dont Marivaux lui-même rirait de grand cœur, à propos de cette plume qui obéit à tous les caprices de l'esprit. Qu'importe, en effet, un peu plus ou un peu moins d'étude dans un esprit si bien disposé, que toute espèce d'étude lui eût été nuisible? Certes, pour les vigoureux styles, pleins de nerf et de suc, pour la véhémente éloquence qui appelle à son aide tous les secours de l'art d'autrefois, nous comprenons comme une chose nécessaire, l'étude approfondie et sérieuse des chefs-d'œuvre de la Grèce et de Rome. Que le grand Corneille sache par cœur Tite-Live et Lucain ; que Racine se récite à lui-même, dans les premiers enchantements de sa poésie, les vers d'Euripide et de Sophocle ; que Bossuet se nourrisse de saint Jean Chrysostome et d'Homère, tout comme Achille enfant se nourrissait de la moelle des lions et des ours, voilà ce que je comprends à merveille : à ces fortes natures il fallait une nourriture vigoureuse, l'antiquité tout entière n'est pas trop bonne pour donner aide et protection à ces génies souverains. Mais un charmant et rail leur bel esprit d'un siècle de décadence, un rêveur des beaux salons du monde oisif et amoureux, un arrangeur de comédies à demi nues, dans lesquelles il s'agit surtout de montrer la taille, la jambe et les épaules de Sylvia; mais un faiseur de romans à fleur de peau et de sentiment, frêles pastels qu'un souffle efface, qu'a-t-il besoin, celuilà, de savoir la mort d'Hector, de lire les Catilinaires

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