‹ La vie de Marianne; ou, Les aventures de Mme la comtesse de ***. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 29 sur 46 · NOTICE SUR MARIVAUX. XXXV · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MARIVAUX. XXXV

Marivaux, OÙ le doute était à la mode, où Montaigne, plus encore que Bayle et Voltaire, avait dressé le xviii* siècle à ne rien croire, Marivaux ne se donna pas tant de peine pour s'agiter dans le vide. Il resta fidèle tout simplement à la croyance dans laquelle sa femme était morte, dans laquelle sa fille vivait encore. L'incrédulité lui faisait mal et lui faisait pour. A aucun prix il n'eût voulu être intolérant, mais en revanche il n'eût pas fallu railler devant lui une religion qui comptait dix- huit siècles de combats et de victoires. « Laissez-nous croire, disait- il aux philosophes. (Juel mal cela vous fait-il ? Ne nous ôlez pas, à nous autres pauvres gens, cette consolation et cette espérance ; laissez-nous aller tout droit notre chemin. Quant à vous, suivez le vôtre; mais il vous mènera bien moins loin que vous ne pensez. » Brave homme, digne homme ! s'il était recherché dans son langage et dans son style, au moins n'était-il pas précieux et recherché dans sa croyance. Il était tout simplement un humble disciple de l'Evangile, plein de foi, de charité et d'espérance. Il ne rougissait ni ne se glorifiait de son titre de chrétien. Sa métaphysique de sentiment et de style, il y renonçait bien volontiers quand il fallait parler des mystères sérieux ; et comme un jour on leur demandait, à lui et à M. de Fontenelle, ce que c'est que l'âme : « Je sais, dit Marivaux, que i'àme est » spirituelle et immortelle, je n'en sais rien de plus. Quant à Fontenelle, il a trop d'esprit pour en savoir là-dessus plus que moi. »

11 mourut le 1:2 février 1763, à l'âge de soixantequinze ans. Sa vieillesse avait été austère et silencieuse, sa mort fut résignée et chrétienne. L'ennui s'était emparé de cet aimable esprit, comme il arrive d'or-

Page 1