I.àje m'arrêtai, hors d'état d'en dire davantage à cause de
mes larmes ; je m'étais jetée à genoux, et j'avais passé une moitié de ma main par la grille pour avoir celle de madame de Miran,qui en effet approcha la sienne ; et Valville, éperdu de joie, et comme hors de lui, se jeta sur nos deux mains qu'il baisait alternativement.
Écoutez, m.es enfants, dit madame de Miran après avoir regardé quelque temps les transports de son fils : il faut user de quelque prudence en cette conjoncture-ci ; tant que vous resterez dans ce couvent, ma fille, je défends à Valville de vous y venir voir sans moi : vous avez conté votre histoire à l'abbesse : elle pourrait se douter que mon fîls vous aime, que peut-être j'y consens ; elle en raisonnerait avec ses religieuses qui en parleraient à d'autres, et c'est ce que je veux éviter. Il n'est pas même à propos que vous demeuriez longtemps dans cette maison, Marianne ; je vous y laisserai encore trois semaines ou tout au plus un mois, pendant lequel je vous chercherai un couvent où Ton ne saura rien des accidents de votre vie, et oij, sous un autre nom que le mien, je vous placerai moi-même, en attendant que j'aie pris des mesures, et que j'aie vu comment je me conduirai pour préparer les esprits à votre mariage, et pour empêcher qu'il n'étonne : on vient à bout de tout avec un peu de patience et d'adresse, surtout quand on a une mère comme moi pour confidente.
Valville, là-dessus, allait retomber dans ses remercîments, et moi dans les témoignages de mon respect et de ma ten. dresse ; mais elle se leva: Tu sais qu'on m'attend, dit-elle à son fils ; renferme ta joie, jeté dispense de me la montrer, je la vois de reste : descendons.
Ma mère, reprit son fils, Marianne sera encore un mois ici ; vous me défendez de la voir sans vous ; cela ne veut-il pas dire que je vous accompagnerai quelquefois, quand vous viendrez ? Oui, oui, dit-elle, il faudra bien ; mais une ou deux fois seulement et pas davantage. Allons, au nom de Dieu, laisse-moi te conduire ; il y aura une difficulté à laquelle je ne songeais pas ; c'est que mon frère connaît Marianne, sait qui elle est ; et peut-être serons-nous obligés
de vous marier secrètement. Tu es son héritierj mon fils ; c'est à quoi il faut prendre garde. 11 est vrai qu'après son aventure avec Marianne, on pourrait espérer de le gagner, de lui faire entendre raison ; et nous consulterons sur le parti qu'il y aura à prendre ; il m'aime, il a quelque confiance en moi, je la mettrai à profit, et tout peut s'arranger. Adieu, ma fille ; et sur-le-champ elle se hâta de descendre, et uic laissa plus charmée que je n'entreprendrais de le dire.
Je vous ai conté qu'il y avait trois ou quatre nuits que je n'avais presque pas dormi de pure inquiétude; à présent, metlez-en pour le moins autant que je passai dans l'insomnie. Rien ne réveille tant qu'une extrême joie, ou que l'attente certaine d'un grand bonheur ; et sur ce pied-là,)ugez si je devais avoir beaucoup de disposition à dormir.
Imaginez-vous ce que je deviens quand je pense que j'épouserai Valville, et combien de fois mon âme en tressaille ; et si, avec tant de tressaillements, j'avais le sang bien reposé.
Les deux premiers jours je fus simplement enchantée ; ensuite il s'y joignit de l'impatience. Uni, j'épouserai Valville, madame de Miran me l'a dit, me l'a promis; mais cet événement, quand arrivera-t-il ? Je vais demeurer encore un mois ici ; on doit me mettre après dans un autre couvent, afin de prendre des mesures pour ce mariage; mais ces mesures seront-elles bien longues à prendre? ira-t-on vite? On n'en sait rien ; on ne fixe aucun temps, on peut changer de sentiment ; et ces pensées altéraient extrêmement ma satisfaction ; j'en souffrais quelquefois presque autant que d'un vrai chagrin ; j'aurais voulu pouvoir sauter de l'instant où j'étais à l'instant de ce mariage.
Enfin ces agitations, tant agréables que pénibles, s'affaiblirent et se passèrent ; l'âme s'accoutume à tout, sa sensibilité s'use, et je me familiarisai avec mes espérances et avec mes inquiétudes.
Me voilà donc tranquille; il y avait cinq ou six jours que je n'avais vu ni la mère ni le fils, quand un matin on m'ap-
porta un billet de madame de Mirau, où elle me mandait qu'elle me viendrait prendre à une heure après midi avec son fils pour me mener dîner chez madame Dorsin ; son billet finissait par ces mots :
« Et surtout rien de négligé dans ton ajustement, entends-tu ? )) je veux que tu te pares. »
Et vous serez obéie, dis-je en moi-même en lisant sa lettre ; aussi avais-je bien intention de me parer, même avant que d'avoir lu l'ordre : mais cet ordre mettait encore ma ' vanité bien plus à son aise ; j'allais avoir de la coquetterie par obéissance.
Quand je dis de la coquetterie, c'est qu'il y en a toujours à s'ajuster avec un peu de soin, c'est tout ce que je veux dire ; car jamais je ne me suis écartée de la décence la plus exacte dans ma parure ; j'y ai toujours cherché l'honnête, et par sagesse naturelle, et par amour-propre ; oui, par amour-propre.
Je soutiens qu'une femme qui choque la pudeur, perd tout le mérite des grâces qu'elle a : on ne les distingue plus à travers la grossièreté des moyens qu'elle emploie pour plaire, elle ne va plus au cœur, elle ne peut plus même se flatter de plaire ; elle débauche, elle n'attire plus comme aimable, mais seulement comme libertine, et par là se met à peu près au niveau de la plus laide qui ne se ménagerait pas. 11 est vrai qu'avec un maintien sage et modeste, moins de gens viendront lui dire, je vous aime ; mais il y en aura peut-être encore plus qui le lui diraient s'ils osaient: ainsi ce ne sera pour elle que des déclarations de moins, et non pas des amants : de façon qu'elle y gagnera du respect, et n'y perdra rien du côté de l'amour.
Cette réflexion a coulé de ma plume sans que j'y prisse garde ; heureusement elle est courte, et j'espère qu'elle ne vous ennuiera pas : continuons.
Onze heures sont sonnées ; il est temps de m'habiller, et je vais me mettre du meilleur air qu'il me sera possible, puisqu'on le veut; et c'est encore bon signe qu'on le veuille: c'est une marque que madame de Miran persiste à m'aban-
donner le cœur de Valville ; si elle hésitait, elle n'exposerait pas ce jeune homme à tous mes appas ; n'est-il pas vrai ?
C'est aussi ce que je pense en m'habillant, et j'ai bien du plaisir à le penser ; mes grâces s'en ressentiront, j'en aura} le tiiint plus clair et les yeux plus vits.
Mais me voilà prête, une heure va sonner, j'attends madame de Miran ; et pour me désennuyer en l'attendant, je vais de temps en temps me regarder dans mon miroir, retoucher à ma coiffure qui va fort bien, et à laquelle pourtant, par une nécessité de geste, je refais toujours quelque chose.
On ouvre ma porte ; madame de Miran vient d'arriver, on m'en avertit, et je pars ; son fils était à la porte du couvent» et il me donna la main jusqu'au carrosse où ma bienfaitrice était restée.
Je ne vous dis pas que quelques sœurs converses que je trouvai sur mon chemin, en descendant de chez moi, me parurent surprises de me voir si jolie. Jésus ! mignonne, que vous êtes belle ! s'écriêrent-elles avec une simplicité naïve à laquelle je pouvais nr.e fier.
Je vis Valville prêt à s'écrier à son tour ; il se retint : la tourière était présente, et il ne s'expliqua que par un ser. rement de main que j'approuvai d'un petit regard qui n'en fut que plus doux pour être timide.
M. de Climal ne se porte pas bien, me dit-il dans le trajet ; il a un peu de fièvre depuis deux jours. Tant pis, ré. pondis-je, je ne lui veux point de mal, et il faut espérer que ce ne sera rien ; là-dessus nous arrivâmes au carrosse.
Allons, monte, Marianne, me dit ma bienfaitrice; hâtonsnous, il se fait tard : et je montai.
Tu es fort bien, ajouta-t-elle en m'examinant ; fort bien. Oui, dit Valville avec un souris ; grâce à sa beauté et à sa figure, elle est on ne peut pas mieux.
Écoute, Marianne, reprit madame de Miran, tu sais que nous allons dîner chez madame Dorsin ; il y aura du monde, et nous sommes convenues toutes deux que je t'y mènerais comme la fille d'une de mes meilleures amies qui est morte.
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qui était en province, et qui en mourant t'a confiée à mes soins ; souviens-toi de cela : ce que je dirai est presque vrai ; j'aurais aimé ta mère si je l'avais connue ; je la regarde comme une amie que j'ai perdue ; ainsi je ne tromperai personne.
Hélas ! madame, répondis-je extrêmement attendrie, vos bontés pour moi vont toujours en augmentant depuis que j'ai le bonheur d'être à vous : toutes les pari)les que vous m'avez dites sont autant d'obligations que je vous ai, autant de bienfaits de votre part.
Il est vrai, dit Valville, qu'il n'y a point de mère qui ressemble à la nôtre ; aussi ne saurait-on dire combien on l'aime. Oui, reprit-elle d'un air badin, je crois que tu m'aimes beaucoup, mais que tu me cajoles un peu.
Au reste, ma fille, je ne connais point de meilleure compagnie que celle oîi je te mène, ni de plus choisie ; ce sont tous gens extrêmement sensés et de beaucoup d'esprit que tu vas voir : je ne te prescris rien ; tu n'as nulle habitude du monde, mais cela ne te fera aucun tort auprès d'eux ; ils n'en jugeront pas moins sainement de ce que tu vaux, et je ne saurais te présenter nulle part oil ton peu de connaissance à cet égard soit plus à l'abri de la critique : ce sont de ces personnes qui ne trouvent ridicule que ce qui l'est réellement ; ainsi ne crains rien ; tu ne leur déplairas pas, je l'espère.
Nous arrivâmes alors, et nous entrâmes chez madame Dorsin ; il y avait trois ou quatre personnes avec elle.
Ah ! la voilà donc enfin ; vous me l'amenez, dit-elle à madame de Miran en me voyant. Venez, mademoiselle, venez, que je vous embrasse, et allons nous mettre à table : on n'attendait que vous.
Nous dînâmes. Quelque novice et quelque ignorante que je fusse en cette occasion-ci, comme l'avait dit madame de Miran, j'étais née pour avoir du goût, et je sentis bien avec quelles gens je dînais.
Ce ne fut point à force de leur trouver de l'esprit que j'appris à les distinguer ; pourtant il est certain qu'ils en
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avaient plus que d'autres, et que je leur entendais dire d'excellentes choses ; mais il les disaient avec si peu d'elfort, ils y cherchaient si peu de façon, c'était d'un ton de conversation si aisé et si uni, qu'il ne tenait qu'à moi de croire qu'ils disaient les choses les plus communes. Ce n'était point eux qui y mettaient de la finesse, c'était de la finesse qui s'y rencontrait; ils ne sentaient pas qu'ils parlaient mieux qu'on ne parle ordinairement ; c'étaient seulement de meilleurs esprits que d'autres, et qui par là tenaient de meilleurs discours qu'on n'a coutume d'en tenir ailleurs, sans qu'ils eussent besoin d'y tâcher, et je dirais volontiers sans qu'il y eût de leur faute ; car on accuse quelquefois les gens d'esprit de vouloir briller ; oh ! il n'était pas question de cela ici ; et comme je l'ai déjà dit, si je n'avais pas eu un peu de goût naturel, un peu de sentiment, j'aurais pu m'y méprendre, et je ne me serais aperçue de rien.
Mais, à la fin, ce ton de conversation si excellent, si exquis, quoique si simple, me frappa.
Ils ne disaient rien que de juste et que de convenable, rien qui ne fût d'un commerce doux, facile et gai ; favais compris le monde tout autrement que je ne Le voyais là ( et je n'avais pas tant de tort ) : je me l'étais figuré plein de petites règles frivoles et de petites finesses polies, plein de bagatelles graves et importantes, difficiles à apprendre, et qu'il fallait savoir sous peine d'être ridicule, toutes ridicules qu'elles sont elles-mêmes.
Et point du tout ; il n'y avait rien ici qui ressemblât à ce que j'avais pensé, rien qui dût embarrasser mon esprit ni ma figure, rien qui me fît craindre de parler, rien au contraire qui n'encourageât ma petite raison à oser se familiariser avec la leur ; j'y sentis même une chose qui m'était fort commode, c'est que leur bon esprit suppléait aux tournures obscures et m.aladroites du mien. Ce que je ne disais qu'imparfaitement, ils achevaient de le penser et de l'exprimer pour moi, sans qu'ils y prissent garde : et puis ils m'en donnaient tout l'honneur.
Enfin ils me mettaient à mon aise ; et moi qui m'imagi-
nais qu'il y avait tant de mystères dans la politesse des gens du monde, et qui l'avais regardée comme une science qui m'était totalement inconnue et dont je n'avais nul principe, j'étais bien surprise de voir qu'il n'y avait rien de si particulier dans la leur, rien qui me fût si étranger ; mais seulement quelque chose de liant, d'obligeant et d'aimable-
Il me semblait que cette politesse était celle que toute âme honnête, que tout esprit bien fait trouve qu'il a en lui, dès qu'on la lui montre.
Mais nous voici chez madame Dorsin, aussi bien qu'aux dernières pages de cette partie de ma vie ; c'est ici oîi jV dit que je ferais le portrait de cette dame : j'ai dit aussi, ce me semble, qu'il serait long, et c'est de quoi je ne réponds plus. Peut-être sera-t-il court; car je suis lasse. Tous ces portraits me coûtent : voyons celui-ci pourtant.
Madame Dorsin était beaucoup plus jeune que ma bienfaitrice : il n'y a guère de physionomie comme la sienne ; et jamais aucun visage de femme n'a tant mérité que le sien qu'on se servît de ce terme de physionomie pour le définir et pour exprimer tout ce qu'on en pensait'en bien.
Ce que je dis là signifie un mélange avantageux de mille choses dont je ne tenterai pas de délail.
Cependant voici en gros ce que j'en puis expliquer. Madame Dorsin était belle, encore n'est-ce pas là dire ce qu'elle était ; ce n'aurait pas été la première idée qu'on eût eue d'elle ; en la voyant on avait quelque chose de plus pressé à sentir: voici un moyen de me faire entendre.
Personnifions la beauté, et supposons qu'elle s'ennuie d'être si sérieusement belle, qu'elle veuille essayer du seul plaisir de plaire, qu'elle tempère sa beauté sans la perdre, et qu'elle se déguise en grâces ; c'est à madame Dorsin qu'elle voudra ressembler : et voilà le portrait que vous devez vous faire de cette dame.
Ce n'est pas là tout ; je ne parle ici que du visage, tel que vous l'auriez pu voir dans un tableau de madame Dorsin.
Ajoutez à présent une âme qui passe à tout moment sur
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cette physionomie ; qui va y peindre tout ce qu'elle sent ; qui y répand l'air de tout ce qu'elle est; qui la rend aussi spirituelle, aussi délicate, aussi vive, aussi fière, aussi sérieuse, aussi badine qu'elle l'est tour à tour elle-même ; et jugez par là des accidents de force, de grâce, de linesse, et de l'inlinitc des expressions rapides qu'on voyait sur ce visage.
Parlons maintenant de cette âme, puisque nous y sommes. Quand quelqu'un a peu d'esprit et de sentiment, on dit d'ordinaire qu'il a les organes épais ; et un de mes amis, à qui je demandai ce que cela signifiait, me dit gravement et en termes savants : C'est que notre âme est plus ou moins bornée, plus ou moins embarrassée, suivant la conformation des organes auxquels elle est unie.
Et, s'il m'a dit vrai, il fallait que la nature eût donné à madame Dorsin des organes bien favorables ; car jamais âme ne fut plus agile que la sienne, et ne souffrit moins de diminution dans sa faculté de penser.
La plupart des femmes qui ont beaucoup d'esprit ont une certaine façon d'en avoir qu'elles n'ont pas naturellement, mais qu'elles se donnent.
Celle-ci s'exprime nonchalamment et d'un air distrait? afin qu'on croie qu'elle n'a presque pas besoin de prendre la peine de penser, ^t que tout ce qu'elle dit lui échappe.
C'est d'un air froid, sérieux et décisif, que celle-là parle , et c'est pour avoir aussi un caractère d'esprit particulier.
Une autre s'adonne à ne dire que des choses fines, mais d'un ton qui est encore plus fin que tout ce qu'elle dit ; une autre se met à être vive et pétillante. Madame Dorsin ne débitait rien de ce qu'elle disait dans aucune de ces petites manières de femme : c'était le caractère de ses pensées qui réglait bien franchement le ton dont elle parlait: elle ne songeait à avoir aucune sorte d'esprit ; mais elle avait l'esprit avec lequel on en a de toutes les sortes, suivant que le ha* sard des matières l'exige ; et je crois que vous m'entendrez, si je vous dis qu'ordinairement son esprit n'avait point de sexe, et qu'en même temps ce devait être de tous les esprits
de femme le plus aimable, quand madame Dorsin voulait.
Il n'y a point de jolie femme qui n'ait un peu trop envie de plaire ; de là naissent ces petites minauderies plus ou moins adroites par lesquelles elle vous dit : Jlegardezmoi. . i
Et toutes ees singeries n'étaient point à l'usage de madame Dorsin ; elle avait une fierté d'amour-propre qui ne lui permettait pas de s'y abaisser, et qui la dégoûtait des avantages qu'on en peut tirer ; ou, si dans la journée elle se reltàchait un instant là-dessus, il n'y avait qu'elle qui le savait : mais, en général, elle aimait mieux qu'on pensât bien de sa raison que de ses charmes; elle ne se confondait pas avec ses grâces ; c'était elle que vous honoriez en la trouvant raisonnable ; vous n'honoriez que sa figure en la trouvant aimable.
Voilà quelle était sa façon de penser; aussi aurait-elle rougi de vous avoir plu, si dans la réflexion vous aviez pu vous dire, elle a tâché de me plaire; de sorte qu'elle vous laissait le soin de sentir ce qu'elle valait, sans se faire l'affront de vous y aider.
A la vérité, ce dégoût qu'elle avait pour tous ces petits moyens de plaire, peut-être était-elle bien aise qu'on le rembarquât ; et c'était le seul reproche qu'on pouvait hasarder contre elle, la seule espèce de coquetterie dont on pouvait la soupçonner en la chicanant.
Et en tout cas, si c'est là une faiblesse, c'est du moins de toutes les faiblesses la plus honnête ; je dis même la plus digne d'une âme raisonnable, et la seule qu'elle pourrait avouer sans conséquence : il est naturel de souhaiter qu'on nous rende justice ; la plus grande de toutes les âmes ne serait pas insensible au plaisir d'être connue pour telle.
Mais je suis trop fatiguée ; je m'endors ; il me reste à parler du meilleur cœur du monde, en môme temps du plus singulier, comme je vous l'ai déjà dit, et c'est une besogne que je ne suis pas en état d'entreprendre à présent : je la remets à une autre fois ; c'est-à-dire, dans ma cinquième partie, oii elle viendra fort à propos, et cette cinquième,
VOUS l'aurez incessamment. J'avais promis dans ma troisième de vous conter quelque chose de mon couvent ; je n'ai pu le faire ici, et c'est encore partie remise. Je vous annonce même l'histoire d'une religieuse qui fera presque tout le sujet de mon cinquième livre.